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Une histoire mondiale de l’agriculture. Volume 1 – publication le 1er mars 2018

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Les Billets d’humeur

Heureux comme Dieu en France

Il y a tant de raisons de désespérer, dans ce monde qui accumule les tristes nouvelles, dans cette société qui s’invente des stars qui n’ont rien à nous dire, qu’il faut de temps en temps savoir s’émerveiller sur l’essentiel. La semaine dernière, à deux reprises, je fus émerveillé pour mon pays. D’abord avec l’entrée au Panthéon de ces quatre figures marquantes de la Résistance : l’ethnologue Germaine Tillion, l’ex-présidente d’ATD Quart-Monde, Geneviève de Gaulle Anthonioz, le journaliste, Pierre Brossolette, et le ministre de l’Education nationale du Front populaire, Jean Zay. Quatre parcours divers qui témoignent de ce qu’il y a de meilleur en l’homme.
Souvent, comme beaucoup de gens qui n’ont pas connu cette tragique période, je m’interroge : « qu’aurais-tu fait alors ? », avant de me demander : « et que fais-tu aujourd’hui ? ». Car ne sommes-nous pas si peu « résistants » lorsque nous affichons une certaine indifférence devant l’accueil des naufragés de Lampedusa, le massacre des chrétiens d’Orient ou l’extrême pauvreté des laissés pour compte de nos sociétés… Le courage de ces résistants nous revient alors en pleine figure comme une salutaire leçon d’humilité.
Le lendemain, France 2 proposait l’émission Des paroles et des actes, pour une fois sans invités politiques. Si les témoignages de ces acteurs de la société civile partaient parfois dans tous les sens, la somme donnait une certaine idée de la France d’aujourd’hui, de ses atouts nombreux qu’on a tendance à négliger. Il y eut notamment cette émouvante déclaration d’amour à notre pays du journaliste britannique vivant en France, Alex Taylor, qui, craignant que la Grande-Bretagne ne quitte l’Union européenne, a demandé la nationalité française. Je repensais alors à cette formule des Juifs ashkénazes d’Europe centrale au 19ème siècle « Heureux comme Dieu en France », comme un salut au pays qui, le premier, avait décrété l’émancipation des Juifs. Bref, ces derniers jours, j’étais fier d’être français !

La folle course aux prix bas

Un an à peine après avoir interpellé le Premier ministre, les industriels de l’agro-alimentaire viennent de publier une tribune à charge contre la guerre des prix au niveau de la grande distribution, risquant d’entraîner des difficultés voire la fermeture de bon nombre de petites et moyennes entreprises. Ce n’est pas nouveau. Depuis les années 1970 de forte inflation, les pouvoirs publics, les yeux rivés sur l’indice des prix, ont encouragé la grande distribution dans un pays aux traditions paysannes et latines fortes et qui, dans son échelle des valeurs, plaçait le producteur loin au-dessus du commerçant. Depuis le rapport de forces a nettement tourné à l’avantage de la grande distribution : une poignée de centrales d’achats contre un peu plus de 15 000 entreprises, pour la plupart des PME !

« Savez-vous quelle est la différence entre un terroriste et un patron de supermarché ? » m’avait un jour demandé un industriel ; il ajoutait : « Vous pouvez négocier avec le terroriste. » En l’an 2000, un expert-comptable, Christian Jacquiau, publiait Les coulisses de la grande distribution, dans lequel il dénonçait des méthodes de mafieux, violant le cadre législatif pourtant fait sur mesure pour eux, lorsque leurs intérêts se trouvaient menacés. On se souvient aussi du témoignage de Michel Charasse mettant à la porte le démarcheur d’une grande enseigne qui voulait s’implanter dans sa ville, une valise de billets à la main pour faciliter la négociation ! D’année en année, la marge de la grande distribution n’a pas cessé de progresser au détriment de celles de l’agriculteur ou de l’industriel, mais pas forcément au bénéfice du consommateur. L’actuelle guerre des prix ne rapporterait que quelques centimes d’euros par semaine aux consommateurs ! Faut-il dès lors s’étonner d’un taux de chômage très élevé et d’une désindustrialisation alarmante du pays ?, doit s’interroger le citoyen.

La bonté, ça se cultive

Comme antidote à la tristesse de l’actualité avec cette succession d’attentats, de crashs, de cyclones… je suis tombé ces derniers jours sur un réconfortant dossier du magazine La Vie (12-18 mars) : « Etre bon, ça fait du bien… ». Il y a deux ans, le moine bouddhiste, Matthieu Ricard, face à ce monde où l’on ne nous demande plus d’être bons, mais d’être efficaces, avait fait l’apologie de l’altruisme, dans un livre de 900 pages. Depuis des années, le botaniste Jean-Marie Pelt nous montre, à contre-courant de la darwiniste « loi de la jungle », la solidarité chez les plantes. Dans ce dossier de La Vie, on découvre le témoignage de Pierre Jouventin, ethnologue, qui a adopté une louve, soucieuse de la protection de sa famille adoptive comme elle le serait avec sa meute. On apprend aussi que les trop rares expériences de pédagogies coopératives dans les écoles favorisent l’apprentissage et augmentent le niveau moyen des élèves. On apprend encore grâce aux neurosciences, que, nous les humains, on peut s’entraîner à développer nos capacités à la compassion, comme on entretient sa mémoire. Bref, la bonté, cela s’apprend et cela se cultive, comme en témoigne ce prêtre, père blanc et anthropologue, Bernard Hugeux, auteur de La Compassion, j’y crois (Bayard), qui a pu expérimenter qu’en se détachant de son ego, on se prédispose à l’amour. « Je crois, précise-t-il, que la capacité d’amour de l’être humain est plus forte que tout, même si elle n’a pas la visibilité dont jouit la violence ». Le pape François, l’une des rares figures rebelles dans ce monde de brutes, n’a-t-il pas montré l’exemple en faisant visiter la semaine dernière la chapelle Sixtine à 150 SDF de Rome ! « Tous ceux que j’ai connus pour être vraiment heureux avaient appris comment servir les autres », avait déclaré, en 1935, Albert Schweitzer. Belle leçon, en ces temps où le printemps des bonnes nouvelles tardent à éclore !

Le député qui marche

Le hasard des lectures m’a amené à lire Voyages en France de l’agronome anglais Arthur Young, périple qu’il a effectué à cheval juste avant la Révolution française, puis A la rencontre des Français de Jean Lassalle, le député qui marche. 224 ans séparent les deux démarches, et pourtant on perçoit un même sentiment de précarité, une même coupure entre les élites et le peuple, la fin de l’Ancien régime avec Arthur Young, l’une des plus grandes mutations de tous les temps avec Jean Lassalle. Ce dernier, ancien berger, fin lettré (adolescent, il a lu les philosophes de la Grèce antique), a été technicien agricole, puis le plus jeune maire de France, et s’est fait connaître par une grève de la faim contre la délocalisation d’une usine de sa vallée. En 2013, pendant huit mois, ce député atypique et courageux, qui considère que sa fonction d’élu est « charge et non privilège », a parcouru à pied 5 000 kilomètres à la rencontre des Français dans un pays « qui a peur et qui n’a plus confiance en rien ni personne ». Un acte citoyen, dit-il. Il a écouté des paysans et des artisans, des maires et des enseignants, des industriels et un évêque, les anciens de Conti et de Florange ainsi que les bonnets rouges. L’un des témoignages les plus surprenants, c’est ce préfet, en fin de carrière, venu à l’abri d’un bosquet exprimer son scénario catastrophe : une hausse des taux d’intérêt, l’impossibilité de payer les fonctionnaires et le RSA, des millions de Français dans les rues, la dissolution de l’Assemblée nationale et 250 députés du Front national élus… On termine le livre d’Arthur Young avec la Révolution française. Celui de Jean Lassalle se clôt par la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen de 1789. La boucle est bouclée. Dans deux semaines, les départementales et une nouvelle secousse en perspective ! Au moins, à la lecture du livre de Jean Lassalle, on saura pourquoi.

Jean Lassalle – A la rencontre des Français – cherche midi – 17,00 €

Arthur Young – Voyages en France – texto – 11,00 €

La tolérance plutôt que la violence…

D’Al Qaida à Daech, en passant par les actes terroristes des dernières semaines dans Paris, l’islamisme radical nous fait oublier que l’Islam a pu être au Moyen-Age (et peut l’être encore) synonyme d’un niveau de civilisation élevé, tandis qu’à la même époque, l’Occident chrétien se lançait dans l’aventure périlleuse et souvent violente des Croisades. Ainsi l’exemple de l’Espagne, en grande partie conquise depuis 711 par les Omeyyades (que Charles Martel stoppera à Poitiers en 732), avec cette civilisation hispano-musulmane plutôt tolérante et brillante, comme en témoigne au XIème siècle la ville de Cordoue, cité du médecin, philosophe et théologien Averroès, avec ses éclairages publics et son tout-à-l’égout, sa première école de médecine où Avicenne mènera ses travaux sur la méningite et la pleurésie, et sa bibliothèque de plus de 400 000 ouvrages (la plus grande à l’époque en Occident). C’est d’ailleurs grâce aux traductions arabes que les universités européennes découvriront la tradition grecque. Dans l’agriculture, la Conquista a apporté l’alambic et la rose de Damas, l’aubergine et la laitue, le melon et l’artichaut, le cheval berbère et le mouton maghrébin, ancêtre du mérinos qui fera au XVIème siècle la richesse du royaume d’Espagne. Aux Xème et XIème siècles, des agronomes musulmans andalous vont développer l’irrigation et l’art des jardins, expérimenter le travail méticuleux du sol et adapter de nouvelles cultures dont le riz, le cotonnier, la canne à sucre et les agrumes. Pionniers de la recherche agronomique, ils seront les promoteurs du développement durable, prônant le respect des équilibres naturels. Parmi ces agronomes, le plus célèbre, Ibn Al-Awwâm, est l’auteur d’un volumineux Livre de l’agriculture qui recense, quatre siècles avant Olivier de Serres, toutes les connaissances agronomiques de l’époque et servira longtemps de référence. Au XIXème siècle, l’administration coloniale française s’inspirera de cet ouvrage pour mettre en valeur l’agriculture algérienne.

Adieu Cabu

Je connaissais un peu Cabu. Je l’avais rencontré, une première fois, en 2010, au siège de Charlie Hebdo, après la traditionnelle conférence de rédaction du mercredi matin. A l’époque j’écrivais Les Combats de l’abbé Pierre et je savais qu’il avait de l’affection et de l’admiration pour l’action et les valeurs que portait ce curé humaniste et anticlérical. Je trouvais intéressant d’aller un peu plus loin, tant les deux hommes semblaient a priori si éloignés l’un de l’autre. Au téléphone, il m’avait dit qu’il n’aimait guère les interviews, qu’il s’exprimait surtout par le dessin, mais que l’on pouvait néanmoins se voir et qu’à l’occasion il me prêterait ses dessins sur l’abbé Pierre. De fait il me confiera l’ensemble de ses dessins, sans demander de droits d’auteur à l’éditeur. Une vingtaine de ses dessins seront publiés dans les Combats de l’abbé Pierre. Lors de cette première rencontre, j’avais la boule au ventre à l’idée de rencontrer ce génie de la caricature, ce monument du journalisme, ce Daumier du XXIème siècle. Très vite, je découvrais un personnage plutôt timide, humble, respectueux, ce qui me rendait moins angoissé. Plus tard je lui avais envoyé mon manuscrit et proposé qu’ensemble nous choisissions les dessins. Mais il était très pris par la publication d’un album. Lorsque le livre est paru, nous nous sommes retrouvés dans un restaurant de Saint Germain des Prés. J’avais récupéré chez l’éditeur quelques exemplaires qui lui étaient destinés. Avant d’entrer dans le restaurant, un passant qui l’avait reconnu sur le trottoir, avait entamé la conversation ; Cabu lui avait donné l’un des exemplaires que je lui avais apporté. Généreux, il était d’une gentillesse rare, et s’il pouvait être féroce dans ses caricatures, il manifestait une disponibilité et un profond respect pour les gens qu’il rencontrait, quels qu’ils soient. Modeste, il avait une vaste culture, était curieux de tout. Très vite, nous nous sommes retrouvés dans une admiration commune à l’égard de René Dumont. Il était administrateur de la Fondation René Dumont et m’avait encouragé à prendre contact avec le délégué de la Fondation pour l’écriture d’un livre sur l’histoire de l’écologie. En juin 2011, nous nous étions retrouvés à l’Agro de Paris, dans l’amphithéâtre Tisserand où la Fondation commémorait le dixième anniversaire de la mort de l’agronome tiers-mondiste et écologiste. A la fin de la réunion, il était resté seul dans l’amphithéâtre où avait enseigné René Dumont, et avait dessiné sur son carnet cet endroit, pour un prochain dessin dans Le Canard enchaîné.

Rosetta, l’enchanteresse

Le couple de l’année 2014, c’est, pour moi, la sonde européenne Rosetta et son atterrisseur Philae. Tous deux nous ont émerveillés ce 12 novembre dernier. Lancée le 2 mars 2004, la sonde a parcouru 6,5 milliards de kilomètres, soit 18 kilomètres par seconde, frôlant trois fois la Terre, pour mieux s’élancer, croisant deux astéroïdes avant de déposer ce robot d’un quintal, bardé d’instruments sophistiqués, sur cette comète, à la forme d’une patate de glace d’environ 4 kilomètres sur 5, qui renferme bien des secrets de notre système solaire. En effet l’eau à l’état de glace et les molécules n’ont pas été transformées durant 4,5 milliards d’années. En ce siècle par bien des aspects désenchanteurs, marqué par des changements brutaux, l’accélération du temps et un regard trop centré sur le court terme, l’éphémère, le rendement immédiat, cet événement aura été l’un des plus enchanteurs de l’année. Il est le fruit de ce que l’homme peut produire de meilleur mêlant patience et passion, ingéniosité et ambition, comme ces bâtisseurs qui, au Moyen Age, ont construit les cathédrales sur parfois plus d’un siècle ou ces navigateurs, tels Magellan ou Christophe Colomb, à la découverte de terres inconnues. Ou encore Champollion qui, au XIXème, a déchiffré les hiéroglyphes, et à qui l’on doit les noms de Rosetta (la pierre de Rosetta) et Philae, nom d’un obélisque. Rosetta nous relie à cette filiation prestigieuse, dans la vision sur le long terme et cette quête de la connaissance. L’Agence spatiale européenne (certes indépendante des institutions européennes) nous montre que le Vieux Continent peut parfois susciter d’ambitieux défis, comme ce projet concocté il y a plus de trois décennies, soit une éternité pour les hommes pressés que nous sommes devenus. Depuis Rosetta poursuit son périple autour de la comète et Philae s’est endormi mais pourrait se réveiller au printemps. Que 2015 nous émerveille !

Annus horribilis : troisième épisode

Comme une étoile filante, mais dans un ciel si peu étoilé, chargé d’humidité comme pour dire sa tristesse, Marie-Luce, voisine et amie, s’en est allée brusquement, une semaine juste avant Noël. Elle aimait cet environnement lumineux et merveilleux, coloré et enguirlandé, entourant Noël qu’elle préparait joyeusement avec les enfants de l’école d’Oulchy où elle était assistante scolaire. Elle avait entamé la cinquantaine avec du dynamisme à revendre, une folle envie de vivre et, il y a encore à peine trois mois, des tas de projets en tête, notamment de voyages. Elle savait sa maladie incurable et masquait ses souffrances par de l’humour, tendance franche rigolade, pour protéger ses proches. Fatiguée, elle semblait infatigable. Grande gueule souvent en révolte, elle avait un caractère sans nuances, du genre déterminé, qui ne laissait pas indifférent ! Elle avait ce côté chef de troupe chez les scouts (qu’elle n’a jamais été). Lorsqu’elle donnait des cours d’équitation, on entendait  ses ordres et ses remarques d’une voix perçante une centaine de mètres alentour. Elle possédait aussi cette force de conviction à vous embringuer dans des aventures que vous n’auriez jamais imaginées. Comme cette randonnée à cheval autour des lacs du Jura en juin dernier, cinq mois à peine avant son décès, avec sa fille Lucie et Marie-Christine, qui n’était pas vraiment prête pour ce genre d’aventures. Elle n’était pas croyante. Plutôt agnostique qu’athée, elle croyait aux forces de l’esprit et avait une foi inébranlable en la vie, que n’ont pas bien des croyants. Quelle belle leçon de courage et de joie de vivre, elle nous a donnée, particulièrement au cours des deux dernières années ! Comme un cadeau de Noël.

La femme est l’avenir de l’homme

Vandana Shiva, l’une des voix de l’altermondialisme, était en France, ces derniers jours, pour présenter son livre d’entretiens avec Lionel Astruc, Vandana Shiva, pour une désobéissance créatrice. Cette philosophe indienne, docteure en physique quantique et adepte de Gandhi, née il y a 62 ans, aux pieds de l’Himalaya, est une militante écologiste de la première heure. Dès les années 1970, elle s’engage dans la lutte pour la préservation des forêts. Son combat prend une autre dimension, lorsqu’elle découvre en 1987 le projet d’industriels semenciers de breveter le vivant. Elle fonde à Dehradun, une ferme biologique, à la fois conservatoire de graines vivantes et centre de formation agro-écologiste, et défend le droit des peuples à définir leurs propres méthodes agricoles et leur système nourricier. Depuis elle n’a cessé de combattre ces multinationales qui la traitent de « dangereuse affabulatrice » et de « démagogue ». Prix Nobel alternatif, elle est aujourd’hui l’une des femmes à la fois les plus adulées et les plus décriées de la planète. Son combat ressemble beaucoup à celui mené, il y a plus de 50 ans, par la biologiste américaine, Rachel Carson, auteur d’un best-seller paru en 1962, Le Printemps silencieux, qui dénonçait les ravages occasionnés par le DDT sur la faune sauvage. Elle fut, elle aussi, attaquée par les industriels de la chimie, qui la traitèrent de « folle, à la solde du KGB ». Malgré tout ce livre aura une influence considérable dans l’émergence du mouvement écologiste et le DDT sera interdit d’utilisation aux Etats-Unis, puis en Europe, mais pas en Afrique. L’Afrique justement, celle de la Kényane Wangari Maathai, première femme africaine à obtenir le Prix Nobel de la paix, pour son action en faveur de la reforestation et son combat pour les droits des femmes, attaquée régulièrement par les autorités de son pays. Rachel Carson, Wangari Maathai, Vandana Shiva, trois femmes, trois destins qui illustrent bien cette maxime d’Aragon : « La femme est l’avenir de l’homme » popularisée par Jean Ferrat.

Annus horribilis : deuxième épisode

Fin septembre, mon curé, un béninois qui effectue actuellement une formation sur la communication et la médiation en entreprise à la Catho de Paris me demande de l’aider pour trouver un stage. Je me propose de contacter Emmaüs France. Au téléphone, mon interlocuteur, que je connais depuis quinze ans, m’annonce qu’Emmaüs recherche un délégué à la communication. Je pense en moi-même : c’est la providence ; en rendant un service à un ami, je découvre cette offre d’emploi qui, je le pense, me correspond totalement, moi qui cherche à donner du sens à ma vie professionnelle. Aussitôt, j’adresse mon CV directement à la déléguée générale d’Emmaüs-France, contournant ainsi l’agence gérant le recrutement, qui, vu mon âge avancé, me retoquera automatiquement. Après coup je lis tout de même l’annonce sur Internet. Une page dense d’un verbiage « marketing »  à vous donner des migraines. La communication, avais-je appris, il y a bien longtemps, c’est éviter de faire compliquer quand on peut faire simple. Heureusement je n’avais pas lu l’annonce avant d’envoyer mon offre de service. Sans doute ne l’aurais-je pas envoyé si je l’avais lue. Malgré tout je suis convoqué et rencontre la déléguée générale et le président d’Emmaüs-France. L’entretien est cordial. J’ai même l’impression de mieux connaître le mouvement que mes interlocuteurs, fort des 300 ou 400 entretiens que j’avais eu au cours de cette année passée au sein des communautés Emmaüs. J’exprime un certain nombre d’idées, mais j’ai l’impression que mes interlocuteurs n’ont qu’une obsession : les réseaux sociaux. La déléguée générale me demande mon avis sur cette trouvaille d’une agence pour les réseaux sociaux le slogan « J’emmaüs », que je ne trouve pas génial du tout. Je me souviens alors  de mes premières rencontres en 1999 avec le responsable de la communication, un bénévole en retraite, Jean-Louis Pouyer, qui faisait plutôt bien son métier. En quinze ans, comme le monde a changé. Là où il est désormais, l’abbé Pierre doit se dire : « Moi je faisais le job tout seul ! », et, dois-je ajouter, avec un immense talent. Un mois et demi plus tard, quelqu’un a été recruté. Mes interlocuteurs m’avaient promis une réponse dans un délai de deux semaines. Je n’ai jamais rien reçu. Amer constat ! Je me dis finalement qu’Emmaüs ne fait pas mieux que Tereos dans le domaine des valeurs !  Annus mirabilis !

Annus horribilis : premier épisode

Il est temps que l’année 2014 se termine. Annus horribilis, pour ce qui me concerne, sur le plan professionnel. Pourtant tout avait bien commencé. A peine, venais-je de remettre un manuscrit qu’un mail d’une agence me proposait d’écrire un livre sur le groupe coopératif sucrier Tereos. C’était fin février et l’on me proposait de rendre le manuscrit fin juin. Je dus freiner les ardeurs des promoteurs de ce projet ; un livre ne se fait pas en trois mois ! Mais quand on est indépendant dans une conjoncture si morose, on ne joue pas les finasseurs. Je rencontre les responsables de l’agence et le directeur de la communication du groupe. Je déclare mon enthousiasme pour le projet. Les premiers contacts sont positifs. On me fournit des tas de documents et on me demande de préparer un synopsis et un échéancier. Je prévois sept à huit mois pour l’enquête, les entretiens et l’écriture. Dans les semaines qui suivent, je travaille ardemment sur ce projet. Au bout des deux mois, sans nouvelles de mes interlocuteurs, j’appelle la personne en charge du dossier au sein de l’agence qui me répond : « Pas de soucis ; allez-y ; j’ai programmé le budget pour le second semestre ; quant au contrat, on verra avec Tereos fin juin, lorsque les assemblées générales locales seront terminées, ils seront plus disponibles ». Fin juin, toujours sans nouvelles, je décide d’appeler le directeur de la communication de Tereos, qui m’annonce sereinement que, depuis deux mois, le projet a été ajourné, faute de temps disponible de sa part. Il ajoute qu’il a prévenu l’agence dès que la décision a été prise. Furieux, j’appelle aussitôt mon interlocutrice à l’agence qui me répond : première nouvelle… Depuis je n’ai reçu aucun appel ni de l’agence, ni de l’entreprise. J’avais demandé que l’on me rémunère les deux mois de travail et les frais de déplacement, mais chacun des deux s’est contenté de rejeter la responsabilité sur l’autre. Pendant des mois, j’allais me retrouver bredouille, sans projets rémunérateurs, sans filet de sécurité, sans syndicat pour me défendre. Il n’y a pas d’indemnités chômage pour les auteurs indépendants. C’est travaille ou crève ! Et l’URSSAF vous attend au tournant, ne vous laissant le choix qu’entre  établir un échéancier (mais quand on n’a aucune perspective !), attendre l’huissier ou demander le RSA… Impitoyable monde de l’entreprise ! Annus mirabilis !

L’agriculture comme art

C’est une belle ballade sensible, érudite et agreste que nous proposent l’agronome Louise Browaeys, fille de maraîchers, et le fondateur de ProNatura  Henri de Pazzis dans leur ouvrage La part de la terre. Les auteurs s’inspirent des mythes antiques mais aussi de textes plus contemporains d’Albert Camus, de Gaston Bachelard ou de Jean Giono, pour nous raconter le plus beau métier du monde, celui de paysan, qui est « une part de la terre ». Pour les auteurs, le geste qui relie l’homme à la terre, et donc la main à l’intelligence, forme la pensée et le paysan est donc beaucoup plus qu’un producteur nourricier. De même l’agriculture ne se réduit pas à sa fonction de production, c’est aussi un « art des commencements ». « L’agriculture ordonnance le monde à mesure humaine », écrivent-ils. Le livre nous transporte dans cette fraternité secrète entre l’homme, la nature, l’outil, parfois source de tensions entre ager et silva, entre pastoralisme et culture végétale, mais fondateur de paysages et de civilisations. D’ailleurs homme, humus et humilité, notent les auteurs, ne dérivent-ils pas de la même origine étymologique ! Certes depuis un siècle, qui a vu disparaître neuf paysans sur dix, la machine a remplacé l’outil, la technique s’est imposée à la science, réduisant l’agriculteur à l’état de producteur. Au moment où je terminais la lecture de ce livre, la chaîne parlementaire proposait un documentaire sur les matières premières et les dérives de la spéculation. Deux mondes aux antipodes l’un de l’autre. Me revenait alors à l’esprit ce propos de Michel Tesseydou, éleveur dans le Cantal et ancien président du CNJA, cité dans le livre : « Ils (les consommateurs et sans doute les spéculateurs –  ndlr) ne se rendent pas compte du peu d’argent que nous gagnons et du temps que nous passons à essayer de nourrir les autres », ajoutant : « Nous sommes des passionnés, donc des vaincus, donc des vainqueurs. » La part de la terre – delachaux et niestlé – octobre 2014 –  157 pages, 19 €.

La revanche des timides

Beaucoup ont salué le couronnement de nos deux lauréats du Nobel 2014, comme un pied de nez à tous ceux qui déplorent souvent avec suspecte délectation le déclin de notre pays. J’y vois aussi une revanche des timides et un éloge de la discrétion. Patrick Modiano, prix Nobel de littérature, et Jean Tirole, prix Nobel d’économie, ne prisent guère l’exposition médiatique. Malgré leurs succès passés, ils sont restés modestes. D’ailleurs le jury Nobel n’a pu les joindre ni l’un ni l’autre pour leur annoncer la bonne nouvelle. Patrick Modiano, à l’expression écrite si limpide et harmonieuse pour décortiquer la complexité des parcours humains en ces temps si troublés de l’Occupation, a bien du mal à terminer ses phrases devant les micros. Sans doute ce souci de la perfection dans l’écriture qu’il voudrait aussi dans l’expression orale ! Jean Tirole s’excusait presque de, sans doute, dire des bêtises devant les caméras de télévision, tant l’émotion qu’il ressentait alors était forte. Je les imagine bien tous deux, enfants, avoir le cœur battant trop vite quand il fallait frapper à la porte de la voisine pour demander un morceau de beurre, ou encore les joues couleur rouge pivoine lorsque leurs instituteurs les interrogeaient. Dans ce monde de l’exubérance médiatique, de l’esbroufe télévisuelle, de la parade permanente des prétentieux radoteurs extravertis qui s’accaparent les écrans, avec la seule envie d’exhiber leur égo… cela fait du bien de voir récompenser au plus haut niveau ces timides dont on apprécie la discrétion et les silences, et dont on découvre les richesses avec le temps. En fait l’histoire regorge de ces timides illustres. On évoque la timidité de ces meneurs d’hommes que furent Napoléon et Che Guevara ou de ces géants de la pensée comme Montesquieu qui confessait : « La timidité a été le fléau de toute ma vie » ou Jean-Jacques Rousseau, qui, dans Les Confessions, écrivait : « S’il faut agir, je ne sais que faire. S’il faut parler, je ne sais que dire. Si on me regarde, je suis décontenancé ».

Controverse !

La controverse autour de l’étable des mille vaches me rappelle celle plus ancienne, du début des années 1990, avec ce projet de construction dans la Marne d’un poulailler géant par l’industriel allemand Pohlmann. Deux projets agricoles de grande ampleur menés par des industriels. Si le poulailler géant avait fait l’unanimité contre lui, – le gouvernement de l’époque avait pris un décret limitant la taille des élevages avicoles faisant capoter le projet -, aujourd’hui, plus de vingt ans après, le contexte paraît bien différent. Bruxelles a démantelé les outils de régulation de la PAC. Les partis de gouvernement, qu’ils soient conservateurs ou sociaux-démocrates, sont acquis aux règles intangibles du libéralisme même pour l’agriculture, ce qui était loin d’être le cas auparavant. L’Allemagne, depuis la réunification, s’est métamorphosée en puissance agricole de premier plan. Le syndicalisme majoritaire très en pointe à l’époque ne s’oppose pas à ce projet. J’ai même entendu des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture reconnaître que ce projet était plus respectueux de l’environnement que les petites étables, et des techniciens laitiers le défendre ardemment devant des producteurs sceptiques. Il y a vingt ans, le poulailler Pohlmann apparaissait comme incongru dans le paysage agricole français. Aujourd’hui l’étable aux mille vaches semble impétueusement s’inscrire dans la logique des politiques économiques des gouvernements, de gauche ou de droite. Hier les opposants au poulailler faisaient l’objet d’un consensus. Aujourd’hui les opposants à l’étable font figure d’invétérés Gaulois, défiant l’ordre public et l’inéluctable « américanisation » de notre agriculture. Pourtant, il y a deux semaines, La France Agricole proposait un passionnant dossier sur le développement des circuits courts et des produits fermiers aux Etats-Unis. Réconfortant qu’au pays des « feed-lots » de parfois plus de 100 000 bovins et des poulets javellisés, il y ait de plus en plus place pour une agriculture de proximité !, au point de me demander si la France ne s’est pas trompé de combat ?

Campagne plurielle

Depuis quelques années la campagne a le vent en poupe. Le nombre de citadins qui aspirent à vivre en milieu rural ne cesse de croître. Cet exode urbain, après des décennies d’exode rural, prend différentes formes, comme le montre une enquête en sept épisodes menée par Le Monde cet été. Il y a ces télétravailleurs ou artistes, enfants des nouvelles technologies et du nomadisme mondialisé, qui n’hésitent pas à s’installer dans des pays « largement peuplés d’arbres et de vieux », ou ces étrangers attirés par la beauté des paysages et un certain art de vivre, comme ces 15 000 Britanniques qui ont choisi la Dordogne comme département de villégiature, ou encore ces retraités qui veulent se réenraciner dans le village de leur enfance. Il y a aussi ces néoruraux qui choisissent de pratiquer un type d’agriculture alliant qualité de vie et éthique du métier et ceux qui font des choix encore plus radicaux comme de vivre dans des yourtes. Il y a enfin ceux qui choisissent la campagne parce qu’elle est moins chère que la ville, mais doivent souvent déchanter, piégés par les charges de transport et de chauffage, et l’éloignement des bassins d’emplois. Quelles que soient les situations, l’insertion n’est pas sans tensions entre ruraux et néoruraux, dans une campagne de plus en plus diversifiée, reflétant les inégalités et la diversité des modes de vie de notre société. Constatons néanmoins que le gros des migrations villes-campagne concerne avant tout les zones périurbaines. Et bien des régions rurales de la fameuse « diagonale du vide » continuent de se désertifier, comme en témoigne Alain Bertrand, sénateur-maire de Mende, qui a remis cet été un rapport au gouvernement sur ces territoires hyper ruraux (26 % de l’Hexagone et 5,4 % de la population française) au seuil de l’effondrement. « A l’heure d’une société française moderne, mobile et connectée, écrit l’élu de la Lozère, il existe une fraction du territoire qui vit à l’écart du « mainstream » (courant dominant), voire à contre-courant, sans que, bien souvent, la majorité du pays ne s’en rende véritablement compte. »

Big bang territorial

Malgré une méthode brouillonne et confuse, il aura fallu moins de trois mois pour faire adopter par l’Assemblée nationale la réforme territoriale. Il avait fallu six mois aux révolutionnaires soucieux d’égalité des territoires et d’unité nationale pour, en 1790, mettre fin aux particularismes provinciaux de l’Ancien Régime et promouvoir le département. Leur tracé s’est fait sans trop se préoccuper de géographie, d’histoire ou de traditions culturelles, de manière arbitraire mais certes moins expéditive que le projet du géographe Robert de Hesseln qui avait proposé en 1780 un découpage purement géométrique de l’Hexagone en 80 carrés de 18 lieux de côté, eux-mêmes divisés en 9 districts, puis 9 cantons. Dans ce pays de tradition jacobine, le département était avant tout conçu comme une fraction d’un territoire unitaire. Pourtant, très vite, il ne semble plus adapté au contexte de l’époque alors que renaît le sentiment régionaliste. En 1864, Frédéric Le Play propose la création de treize provinces pour corriger les déséquilibres liés au développement des villes. Après la Première Guerre mondiale, Etienne Clémentel souhaite réorganiser le territoire en vingt régions autour des chambres de commerce. Puis Pétain prône la renaissance provinciale. Malgré tout le département résiste dans une économie avant tout terrienne, où le comice agricole est souvent l’événement majeur. Il faudra attendre les années 1955-1956 pour voir la création des programmes d’action régionale. La régionalisation est lancée malgré l’échec du référendum du général de Gaulle en 1969. Treize ans plus tard les lois de décentralisation feront de la région une entité politique à part entière. La prochaine étape de cette réorganisation territoriale verra la suppression des conseils généraux alors que la logique des métropoles, moteur des nouvelles régions, pourrait bien cantonner l’action des départements à la seule gestion des zones rurales. Un retour aux sources en quelque sorte !

Il y a un siècle…

Dans quelques semaines nous allons commémorer le début de la Première Guerre mondiale. En effet, un siècle nous sépare de ces premiers jours d’août 1914, où des millions de mobilisés, tous hommes jeunes, partaient au combat, la fleur au fusil, en pleine moisson, patriote comme un seul homme, avec le ferme espoir d’être de retour avant l’hiver. « Tu aurais vu les gars, témoignait Ephraïm Grenadou dans Grenadou, paysan français. C’était quasiment une fête, cette musique-là. C’était la Revanche… » Quatre ans plus tard, plus d’un million-et-demi d’entre eux ne rentreront pas de cette boucherie, monstruosité de l’histoire, qui tuera jusqu’à vingt-huit mille soldats en une seule journée. Parmi eux, beaucoup de paysans, plus de la moitié, pour cette guerre que certains ont appelé une guerre de paysans, comme l’universitaire allemand et francophile, Ernst Robert Curtius qui écrivait en 1930, dans son Essai sur la France : « Pour les Français, la terre cultivée de son pays est sacrée. L’ennemi en la foulant commet une profanation. La haine exaspérée de la France contre l’envahisseur des grandes guerres a été dictée, en grande partie, par le sentiment qui appartient à une zone de l’âme française bien plus profonde que celle de l’honneur national ». J’habite ces zones meurtries proches du front, entre batailles de la Marne, de l’Ourcq et du Chemin des Dames où le souvenir de cette tragédie se lit au quotidien dans les paysages, où l’histoire a rejoint la géographie. Si la nature et l’agriculture ont repris leurs droits, les paysages présentent encore quelques plaies béantes, tel bosquet, lieu d’affrontement, tel monticule qui ne doit rien à la géologie… Mais plus encore que ces immuables cicatrices, nos paysages semblent imprégnés de mélancolie, comme s’il planait depuis un siècle une brume automnale même au cœur des plus beaux jours de l’été. C’est sans doute pour tous ces sacrifiés de la bêtise humaine le moyen de rappeler aux générations futures : n’oubliez pas !

Cri de détresse

Je n’ai pas été surpris par le séisme politique du 25 mai. Et pour cause, je vis dans l’Aisne, le département qui a le plus voté (à plus de 40 %) en faveur du Front national aux élections européennes. Lien de cause à effet ?, l’Aisne est l’image de cette France périphérique, à l’écart des grandes métropoles, cette France des bourgs ruraux et périurbains, des ouvriers et des classes moyennes en voie de paupérisation. Récemment, l’évêque de Soissons, Mgr Hervé Giraud, par ailleurs juré au Festival de Cannes, se disait touché par le film des frères Dardenne, mettant en scène une femme (Marion Cotillard) qui lutte pour garder son travail, car, confiait-il, « la finesse d’analyse sociale du film rejoint la réalité de l’Aisne ». L’ecclésiastique est l’une des rares voix dans ce département à s’exprimer sur le sujet, où l’on n’entend guère les élus ! Et pourtant cette crise qui mine le lien social, se double désormais d’une crise politique majeure. Car si l’on ramène les résultats de chacune des listes au nombre d’inscrits (ce que les analystes ne font jamais, tant les chiffres sont effroyables !) on obtient pour l’Aisne, avec plus de 60% d’abstentionnistes, de votes blancs et nuls, un FN qui recueille 16,7 % des suffrages, suivi par l’UMP (8,6 %), le PS (4,5 %), les centristes (2,8 %), le Front de Gauche (2,4 %) et les Verts (2,2 %)… Au-delà du choc tectonique, surgit un cri de détresse, vite masqué par ces scandales politico-financiers qui minent une démocratie bien malade. Cercle vicieux ! « Nous sommes dans une ère post-démocratique. Il n’est pas seulement question d’europhobie ou d’europhilie. C’est bien pire : les électeurs détestent tous les partis, toutes les élites », écrivait avant le scrutin l’intellectuel belge David Van Reybrouck qui prône, à côté d’une assemblée élue, une chambre composée de membres choisis au hasard parmi la population pour permettre une meilleure représentation de la société. Projet populiste, s’insurgeront nos élites !

L’Europe et le traité atlantique

La campagne des européennes s’annonce terne sur fond d’indifférence d’une opinion désillusionnée par l’imbroglio européen. Pourtant certains enjeux vitaux, comme les négociations transatlantiques visant à constituer la plus vaste zone de libre-échange au monde, ne seront guère abordés. Et pour cause, la négociation se déroule dans le secret le plus total et les politiques, à l’exception d’un Jean-Pierre Chevènement, d’un Xavier Bertrand et d’un José Bové, jugent le dossier trop complexe et trop peu médiatique pour être abordé devant l’opinion publique. L’objectif du traité est de stimuler la croissance de part et d’autre de l’Atlantique en facilitant l’accès aux marchés et en faisant converger règles commerciales et normes en tous genres. Périlleux défi quand on sait combien sont différentes les approches en matière de protections sanitaires, de normes environnementales, de choix alimentaires. Les autorités européennes auront bien du mal à nous faire accepter l’importation de poulets désinfectés à la javel ! On nous dit que l’Europe est en position de force, avec un excédent de 118 milliards de dollars dans ses échanges avec les Etats-Unis, mais c’est oublier que les Américains maîtrisent leur monnaie, ce qui n’est pas le cas de l’Union européenne. Car sans cadre monétaire stable, le traité serait vite dénué de sens. On le constate, les liens d’amitiés ou de conflits entre l’Europe et les Etats-Unis qui ont jalonné l’histoire de la construction européenne perdurent. En 1966,  répondant aux critiques de François Mitterrand, Georges Pompidou déclarait : « Nous sommes aussi européens que vous l’êtes mais nous voulons d’une Europe qui soit européenne et non pas d’une Europe atlantique ». Débat récurrent, sauf qu’aujourd’hui, l’Europe est bien plus atlantiste qu’en 1966. Et Hollande n’est pas De Gaulle, même si la France continue de croire à une Europe à la française tandis que, comme le notait récemment Hubert Védrine, ses partenaires semblent préférer le modèle suisse.

Travers de campagne

Longtemps j’ai cru que la dimension communale était le lieu d’expression idéal de la démocratie et d’une certaine noblesse de la politique telle qu’on peut la lire dans La République de Platon ou la vivre dans ces petits cantons suisses où les citoyens se réunissent encore aujourd’hui périodiquement sur la place du village pour procéder à des votations à main levée. Longtemps j’ai cru que l’exception française, – 36 000 communes et plus de 500 000 conseillers municipaux -, était une richesse pour la démocratie locale. Hélas, à y regarder de plus près, j’ai l’impression que l’on s’éloigne de cette belle utopie. Exemple, dans mon village de moins de trois cent habitants, où une seule liste était en lice, la campagne s’est limitée à la distribution d’un seul bulletin, – quelle que soit la composition de la famille -, déposé négligemment dans les boîtes aux lettres, au milieu de tracts commerciaux vantant la lessive du supermarché voisin. On aurait pu s’attendre à ce que chaque électeur reçoive au moins un bulletin de vote, si possible dans une enveloppe, accompagné d’une lettre présentant même succinctement le bilan passé et exposant quelques projets pour les six années à venir. Cela donnait l’impression que la seule motivation des édiles était d’être élue ou réélue. Pour changer d’horizon, j’ai écouté le débat avant le deuxième tour entre les deux prétendantes à la mairie de Paris, espérant y trouver un peu plus d’élégance. Après tout deux femmes charmantes et intelligentes… mais qui, hélas, ont fait dans l’invective aussi bien que les hommes ! Même vue par le petit bout de la lorgnette, notre démocratie locale est bien malade. A Breny comme à Paris et même à Bordeaux, où le maire victorieux dès le premier tour, avec plus de 60 % des suffrages, n’est en fait élu que par un peu plus d’un tiers des inscrits. L’abstention, c’est la toise du bon fonctionnement, ou plutôt en la circonstance du mal fonctionnement de notre démocratie !

Médias et agriculture

Tout journaliste pourra vous le confirmer. Il est difficile en temps normal de « vendre » des sujets agricoles dans la presse généraliste. L’exception, c’est la semaine du salon de l’agriculture où tous les médias traitent abondamment des choses de l’agriculture, chacun à sa manière. Exemples à travers la radio, le jour de l’ouverture du salon. Ce samedi-là, je suis réveillé par Bernard Poirette, aux commandes de la matinale de RTL, avec les deux journalistes spécialistes de l’agriculture, Virginie Garin et Anne Le Hénaff, qui mettent en valeur les produits, les hommes, les terroirs à travers une cinquantaine de reportages et chroniques. C’est sérieux, bien fait, sans prétention. A l’heure du déjeuner sur Europe 1, l’émission Les grandes voix est elle aussi présentée en direct de la Porte de Versailles. Michèle Cotta, Robert Nahmias, Gérard Carreyrou et Philippe Gildas y polémiquent sur la politique et tout autre sujet, en l’occurrence cette semaine-là d’agriculture. Ils ont un avis sur tout et pas toujours l’humilité de reconnaître qu’ils n’y connaissent pas grand-chose. Leurs façons de traiter l’agriculture illustrent bien la vision souvent caricaturale des élites, entre dédain à la manière de Michèle Cotta, avouant qu’elle aime les animaux mais déteste la campagne, et leçons d’ultralibéralisme comme si l’on produisait de la viande comme des savonnettes. Je zappe à nouveau pour écouter la différence sur France Inter, avec l’émission de Denis Cheissoux, CO2 mon amour, qui défriche chaque semaine les choses de la nature et de l’environnement. Les agronomes présents y traitent avec intelligence d’agricultures familiales, de prairies qui stockent le carbone, de circuits courts, et de reterritorialisation de l’agriculture… Trois émissions, trois radios, trois façons de traiter d’agriculture, le temps d’un salon. A l’an prochain, d’ici là l’agriculture sera réduite à la portion congrue, sauf en cas de crise !

L’adoration du veau d’or

Au Forum de Davos, gotha du capitalisme mondial, le thème des inégalités s’était invité dans les débats. Non que les financiers de la planète se soient convertis au dogme marxiste. Car le fossé entre riches et pauvres les inquiètent non pas pour des raisons de justice sociale mais parce qu’il est un risque pour la stabilité économique. Depuis vingt ans en effet, si les inégalités entre pays ont tendance à se réduire, elles ne cessent de se creuser au sein des nations. 1 % des plus riches américains se sont accaparés, depuis 2009, 95 % des fruits de la croissance, nous dit l’organisation humanitaire Oxfam qui constate que les 85 plus grosses fortunes de la planète possèdent plus de richesses que les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres. Certains patrons du CAC 40 touchent toutes primes confondues l’équivalent de plus de 20 000 SMIC. En son temps, Platon estimait qu’il ne fallait pas dépasser un écart de un à quatre entre riches et pauvres. Jean-Luc Mélenchon, aujourd’hui, se contente de proposer un écart de un à vingt. Certains cathos vont plus loin, comme le jésuite Gaël Giraud et l’assomptionniste Cécile Renouard, tous deux chercheurs (de haut niveau) en économie, qui, dans un livre Facteur 12, demandaient le plafonnement des revenus dans un écart qui ne dépasse pas 1 à 12, estimant que, contrairement aux idées reçues, ce n’est pas parce que l’on gagne beaucoup d’argent que l’on crée plus de valeurs. « Non à l’argent qui gouverne au lieu de servir », martèle de son côté, un autre catho, le pape François, qui écrit dans la récente encyclique Evangelii Gaudium : « L’adoration de l’antique Veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage. » Saura-t-il convaincre les marchands du temple de Davos à plus de partage ?

La longue tradition des almanachs

Pour le Nouvel An, on offre souvent des almanachs. Une tradition ancestrale dans les campagnes tant, depuis Gutenberg, ils ont ordonné la vie rurale. Le premier almanach Compost et Kalendrier des bergiers date de 1491. Puis, très vite, ces publications se multiplient proposant la liste des fêtes chômées, les mouvements de la lune et des planètes, quelques conseils agronomiques et de santé, des prédictions astrologiques, des histoires grivoises et, ce qui est moins marrant, la description des peines de l’Enfer. Plus tard, ils deviendront de petites encyclopédies destinées à une population en majorité analphabète. Vendus par les colporteurs en même temps que les images pieuses ou les recueils de contes, les almanachs seront après la Bible les écrits les plus vendus pendant des siècles. Ils concourent également à l’unité du pays diffusant auprès de tous les Français une mémoire collective qui va de l’intrigante Bête du Gévaudan aux sympathiques aventures du bandit Mandrin. « L’almanach est une chose plus grave que ne le croient les esprits futiles », écrira Jules Michelet, tandis que l’agronome Duhamel de Monceau dénoncera son caractère obscurantiste et fantaisiste, à l’origine du retard de l’agriculture. Avec le développement du commerce des semences, chaque grainetier diffusera son almanach comme Le Bon Jardinier ou La Feuille Vilmorin. Jusqu’à une date récente, l’almanach demeurera l’un des rares écrits rencontré dans les maisons paysannes. Le scénariste Jean-Claude Carrière, né en 1931, raconte dans son livre Le vin bourru, que, dans la maison de son enfance, on ne trouvait, outre le missel, que le catalogue de la Manufacture de Saint-Etienne et l’Almanach Vermot. Alors, pour rester dans la tradition, une bonne année à tous et à chacun, riche de lectures en tous genres, y compris d’almanachs !

Merveilleux herbier !

En ces temps où diverses institutions officielles n’hésitent pas à se délester du patrimoine le plus ancien pour satisfaire à des contraintes budgétaires, saluons la rénovation de la galerie botanique du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Un travail titanesque – pour gagner de la place et changer la structure de classification – qui s’est étalé sur plus de quatre ans, durant lesquels restaurateurs d’herbiers, classificateurs, dessinateurs, déménageurs et artisans ont dû reclassifier et archiver méticuleusement huit millions de spécimens dont 500 000 types de grande valeur, soit le plus grand herbier du monde, dans 48 000 classeurs. Parmi les collections les plus précieuses du Muséum, on compte le plus ancien herbier constitué en 1558 par un étudiant en médecine, Jehan Girault, qui souhaitait réaliser un inventaire des plantes médicinales, mais aussi ceux des frères Jussieu, de Lamarck ou d’Adanson. Cette rénovation est un bel hommage rendu à ces savants qui s’adonnaient passionnément à l’herborisation et n’hésitaient pas à s’aventurer dans les contrées les plus lointaines parfois dans des conditions rocambolesques pour collecter plantes en tous genres, mousses, fougères, lichens ou champignons. Mais l’aspect le plus innovant de cette rénovation, c’est la numérisation de plusieurs millions de planches en accès libre sur Internet. Chacun pourra donc s’offrir d’ici quelques mois un voyage végétal dans le temps et l’espace, s’émerveiller devant des planches qui sont de véritables œuvres d’art et découvrir combien la biodiversité est un enjeu essentiel pour notre avenir, à travers, notamment, les exemples de la Pervenche de Madagascar, connue dès 1655, et dont on extraira trois siècles plus tard des substances pour lutter contre la leucémie et le cancer, ou de ces bananiers sauvages mieux armés que les espèces domestiquées pour résister au réchauffement climatique. L’herbier devient ainsi une assurance pour le futur !

Tous accros, tous fichés !

La semaine passée, une panne a privé d’Internet pendant cinq jours les clients d’un des opérateurs dans mon village.  Au moins cet incident m’a-t-il permis de prendre conscience de mon degré de dépendance technologique. Le constat est d’autant plus redoutable que je ne me considère pas comme un accro de ces technologies. J’ai un portable qui ne fait que téléphone et je ne dépense pas les 2 € de mon forfait mensuel. Je n’ai jamais été capable de programmer l’horloge d’un magnétoscope et je hais au plus haut point ces techniques dégradantes pour les contacts humains, dont les symboles sont le serveur vocal et la touche étoile. Je partageais les emportements de Georges Bernanos écrits après la Seconde Guerre mondiale sur la tyrannie des machines. J’appréciais les analyses du philosophe Jacques Ellul sur le système technicien. En 1984, j’avais relu 1984, le fameux roman de George Orwell, publié en 1949. Avec ce bagage de références à la touche si rebelle, j’avais l’impression d’être complètement immunisé. Et pourtant, devant cette panne, je me suis senti fragile et dépendant. Chaque jour, je tentais de me reconnecter dix fois, espérant la panne réparée. Mais sans succès ! Alors l’énervement se mêlait à l’angoisse (je n’allais tout de même pas envoyer mon billet à la France agricole par courrier !). Et je ne parle pas du caractère déprimant des appels auprès de l’opérateur qui propose de vous dépanner pour 30 €, alors que la panne vient de lui… Cette même semaine, on découvrait l’ampleur des écoutes de l’Agence de Sécurité américaine (la NSA), qui, en 30 jours, avait effectué 70 millions d’enregistrements de données téléphoniques, pour les seuls Français, et espionner les portables de 35 chefs d’Etat. Cette même semaine encore, on apprenait la découverte du corps d’un homme qui s’était suicidé huit ans plus tôt, sans que personne ne se soit soucié de ce malheureux. Deux faces de cette société technicienne, à la fois si simpliste et si sophistiquée, et surtout si inhumaine. Il me faut vite relire 1984 !

La passion du Border Collie

Il est devenu une star mondiale, abondamment utilisée dans la pub, médiatisée par ce film,  Babe le cochon devenu berger. Je veux parler du Border Collie, une race de chiens de troupeau très ancienne sélectionnée entre Ecosse et nord de l’Angleterre et qui restera longtemps confinée dans ces vastes landes dédiées à l’élevage extensif du mouton avant de conquérir à partir des années 1970 le monde et de devenir le numéro un des chiens de troupeau. C’est cette saga que nous raconte le journaliste Jean Piacentino, dans son dernier livre (*), riche de conseils pratiques de tous ordres. Mais l’intérêt de ce livre est aussi dans cette passion trentenaire que nous fait partager cet ancien élève de Sciences Po Paris, par ailleurs grand spécialiste du cheval de trait, pour cette race et pour les éleveurs qui, en France, ont permis sa promotion. Il nous fait découvrir ces débats passionnés, qui ne sont pas sans rappeler l’introduction du mérinos espagnol puis du bœuf Durham anglais en France. Pour l’anecdote, l’on découvre que l’un des pionniers de l’introduction du Border Collie dans l’Hexagone n’est autre que Pierre Juillet, qui fut conseiller de Georges Pompidou à l’Elysée et éleveur de moutons dans la Creuse. L’on découvre encore dans ce livre une sociologie des Etats à travers leur attachement à une race de chiens, qui explique bien des difficultés de la construction européenne. Le Royaume-Uni, avec sa ferveur populaire et ses concours de chiens de troupeau, qui sont retransmis par la BBC, avec la participation de la famille royale, mais aussi les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne, pays cynophiles, face à une France, plus réservée devant cette race venue d’un pays qui n’apprécie guère la PAC, mais qui aujourd’hui compte près de 400 000 Borders Collies. Ce qui signifie que la race est largement implantée hors de l’agriculture. Mais là, c’est un autre problème ! * Le Border Collie – Jean Piacentino – Editions France Agricole, 2013.

A table !

Fouiner dans les kiosques à journaux en attendant un train est un de mes plaisirs « gourmands ». Et puis les couvertures des périodiques expriment bien l’état d’une société. Cet été, la gastronomie était à l’honneur, plus qu’à l’habitude, hors presse spécialisée bien sûr. Le Monde et Géo éditaient deux hors-séries au titre similaire : A Table ! Un régal que ces lectures autour de plusieurs siècles de gastronomie, d’arts de la table, de plats mythiques, – de la blanquette de veau à la sole sauce normande -, de légendes, de génies, – d’Antonin Carême et ses pièces montées qui ressemblent à des monuments historiques à François Vatel qui se suicide de crainte que le poisson de la marée n’arrive à l’heure…, mais aussi de littérature culinaire qui, de l’Almanach gourmand de Grimod de la Reynière au magazine Gault et Millau, a su nous transmettre un savoir-faire, mais aussi faire et défaire des réputations. Dans une approche plus contemporaine, le mensuel Alternatives économiques publiait un supplément Les dessous de l’assiette, et Capital un dossier spécial Vive la France de la bonne bouffe ! scrutant les actuelles pratiques alimentaires qui montrent malgré tout que les Français continuent de cultiver leur singularité (et parfois un sentiment de supériorité !) quant à leur rapport à alimentation, qui demeure en France autre chose que le simple fait de s’alimenter. Les Français passent plus de temps à table que les autres Européens. Fait social, rite culturel, le repas y paraît plus convivial, même s’il est traversé par les tensions de la société où l’individualisme tend à prendre le pas sur les rites collectifs, l’anxiété sur le plaisir, l’artificialisation sur l’authenticité… Seule pointe d’inquiétude dans l’un de ces dossiers, l’interview du sociologue Jean-Pierre Poulain qui nous annonce dans les vingt ans à venir une nutrition plus médicalisée grâce à la nutrigénétique, l’épigénétique et le nutrigénomique… Un peu barbare, tout cela ! Mon repas en a été gâché.

Une espèce en voie de disparition

Traverser les villages en cette période estivale donne l’impression que le monde rural n’a guère changé. Cela tient à la nostalgie d’un monde d’avant mais ne résiste pas à l’enquête. Le sociologue Jean-Pierre Le Goff a analysé ce phénomène, dans La fin du village,  à travers le bourg de Cadenet dans le sud du Lubéron. L’auteur y décrit les bouleversements de ces cinq décennies, notamment le déclin des activités majeures. L’agriculture a perdu 40 % de ses terres et certains prévoient que d’ici 50 ans il n’y aura plus de terres cultivables en PACA. La vannerie a disparu ; ne demeure qu’un musée. A Cadenet, il y a quelques décennies, les gens étaient pauvres, mais joyeux et solidaires. Il fallait travailler dur pour gagner sa vie, mais les rapports humains faisaient le sel de la vie. Puis la télévision et la voiture sont apparues. L’arrivée de nouveaux habitants, des jeunes couples voulant vivre à la campagne tout en travaillant à la ville, des néo-ruraux, et plus tard des gens beaucoup plus fortunés a bouleversé le lien social. La vie associative s’est fortement développée, répondant aux besoins des uns et des autres, sans pour autant faire revivre le lien social. Désormais la mentalité du village n’a plus grand-chose à voir avec celle des agriculteurs et des vanniers. Le rapport au temps, au travail, à l’environnement, aux autres en a été bouleversé. Le soir, les rues sont vides. Le chômage s’est accru en même temps que les divorces et le Parc naturel régional a « bureaucratisé » le lien avec la nature. Microcosme du mal-être social, Cadenet est devenu, pour l’auteur, un village bariolé. Le livre commence au bar des boules, le « refuge du cœur du village » dans une ambiance à la Pagnol, et se termine dans ce même café, avec le patron qui déclare : « Nous sommes une espèce en voie de disparition, seulement nous, on ne nous préserve pas ». La fin du village – Jean-Pierre Le Goff – Gallimard – 2012 – 26 €.

En avant, marche !

Dans un monde où tout s’accélère, la marche a le vent en poupe (du moins dans sa version littéraire !), comme en témoigne le succès du livre de Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée, après celui d’Alix de Saint André, En avant, route !, racontant tous deux leurs pèlerinages vers Compostelle. C’est aussi le cas de Jean-Paul Kauffmann. L’ancien otage au Liban, qui, longeant la Marne de Joinville-le-Pont au Plateau de Langres, nous fait découvrir, dans Remonter la Marne, la France des villages assoupis et des églises fermées mais riche de rencontres et de clins d’œil historiques à travers les personnages de Bossuet, La Fontaine, Dom Pérignon ou des Poilus de la Bataille de la Marne. Autre quête pédestre, celle du généticien Axel Kahn. En rupture avec un agenda surchargé durant toute sa vie professionnelle, il poursuit un périple débuté à Givet le 8 mai et qui se terminera le 1er août à Hendaye. Un projet mûri depuis cette rencontre faite à l’occasion d‘une randonnée, il y a une vingtaine d’années, d’un très vieux monsieur allongé dans une couverture de survie, loin dans la montagne, à qui Axel Kahn demandait : « Qu’est-ce qu’une personne dans votre état peut bien faire en un tel endroit ? ». Le vieux monsieur lui répondait : « parce que, selon vous, je devrais être dans un hospice en attendant qu’on me passe le pistolet et le bassin. Chacun choisit sa vie, je l’ai fait ». Toute autre est la démarche de Jean Lassalle, ce député du Béarn proche de François Bayrou, parti à la rencontre des Français. Depuis plus de deux mois, il a parcouru près de 1 300 kilomètres et rencontré une centaine de personnes par jour. Son constat est alarmant : « Neuf personnes sur dix me disent : ça va péter, a-t-il déclaré récemment sur RTL, les gens n’ont plus d’espoir et, surtout, ils n’ont plus aucun sens commun : le lien social s’est brisé. » Sans doute Jean Lassalle devrait-il conseiller à tous ces gens la marche comme antidote au stress ambiant !

Boue en mai, épis en août

Il était temps que ce mois de mai tourne la page, avec ce temps de Toussaint en cette période de Pentecôte. De quoi nous faire douter du réchauffement climatique ! Ne devrait-on pas plutôt parler de dérèglements climatiques ? Mais l’histoire en est truffée… Pas si contradictoire que cela, nous disent certains experts, ce printemps à la tonalité hivernale (j’ai dû gratter mon parebrise le 27 mai !) et ce réchauffement climatique annoncé (on crève de chaud à Helsinki et Moscou). Explication : du fait de la fonte des glaces dans l’Arctique, l’atmosphère s’humidifie et se réchauffe dans les hautes latitudes facilitant les hautes pressions qui favoriseraient les vents du Nord apportant un flux d’air polaire sur l’Europe… Qu’elle est bien compliquée la climatologie ! Et tout cela ne nous rassure guère. Le moral dans les chaussettes, je me suis demandé si ces premiers jours ensoleillés de juin annonçaient enfin un peu plus de luminosité pour nous sortir de la grisaille ambiante. Réponse des météorologistes : statistiquement, après un hiver qui a perduré et un printemps pluvieux à l’excès, il y a de fortes probabilités pour que l’été le soit également. Mon moral reste désespérément en berne. Je me dis qu’il me faut faire bonne figure, donner des raisons d’espérer à nos lecteurs pour la prochaine moisson. Alors, en dernier ressort, je m’en réfère à la sagesse populaire des Anciens, me plongeant dans les dictons de nos campagnes. « Pluie de mai qui grandit l’herbette est un signe de disette », nous dit ce dicton pas réjouissant du tout, heureusement contredit par cet autre : « Mai pluvieux rend le paysan heureux » ou encore ce troisième : « Boue en mai, épis en août ». Bref, je ne sais plus à quel saint me vouer et doit me rendre à l’évidence de cet autre dicton : « Qui veut mentir prétende donner le temps qu’il fera ».

En attendant la croissance !

Il fut un temps, où le travail était « l’apanage » des seuls esclaves. C’était sous l’Antiquité.  D’ailleurs le mot travail tire son origine étymologique de tripalium qui signifie instrument de torture. Sous l’Ancien Régime, réussir sa vie, c’était ne pas travailler. Avec la révolution industrielle, tout change, le travail devient condition de citoyenneté. Au cours des Trente Glorieuses, le plein emploi semble définitivement acquis. Mais tout change à nouveau brutalement après le premier choc pétrolier de 1973. Georges Pompidou s’inquiète alors auprès d’André Bergeron (à l’époque secrétaire général de FO) d’un seuil de 500 000 chômeurs qui mettrait le pays à feu et à sang. Après la fin de ce que l’on a appelé le compromis fordien qui échangeait la protection sociale des salariés contre leur subordination, les CDI ont de plus en plus laissé la place aux CDD, la sécurité des salariés à la précarité, à l’exclusion des moins qualifiés, à l’émergence des travailleurs pauvres. Depuis quatre décennies, l’emploi demeure la préoccupation majeure, car plus le travail devient difficile d’accès, plus il prend de l’importance dans la vie des gens et le fonctionnement des sociétés. Face à l’ampleur d’un chômage grandissant, de nombreuses mesures étaient prises : préretraites, emplois aidés, temps partiel, petits boulots, allègement des cotisations, 35 heures, RSA…, mais sans vraiment résoudre le problème quant au fond. « Tout a été essayé », avait dit, il y a vingt ans, François Mitterrand. Aujourd’hui le chômage bat des records et le 1er mai est fêté dans la morosité, en attendant la reprise. Mais si le retour de la croissance permet d’améliorer la situation, il ne résout pas pour autant le problème de fond. D’ailleurs les autorités devraient méditer l’exemple de l’agriculture où, malgré des taux de croissance à la chinoise, la population active n’a pas cessé de se réduire considérablement.

Eloge de la durée

« Le temps politique est un temps différent de celui que nous vivons dans le quotidien », constatait déjà en 1992 l’ex-dramaturge et chef d’Etat, Vaclav Havel, dans Méditations d’été. Depuis les rythmes de la vie se sont accélérés, notamment dans la communication. Internet et les chaînes d’information en continue imposent leur diktat de l’immédiateté modifiant la nature même de la pratique politique. Le milieu politique « twitte » à longueur de journées sur des événements qui, dès le lendemain, se révèleront souvent obsolètes. Face à ce bouleversement dans le rapport au temps, Nicolas Sarkozy avait imposé son calendrier par une présence médiatique quotidienne, mais qui allait, au fil des années, exaspérer l’opinion. François Hollande a choisi une posture plus classique. Mais cela ne marche pas mieux. Les sondages sont bas. L’opinion publique, en l’occurrence plus consumériste que citoyenne, estime que l’action gouvernementale est trop lente. Comme s’il suffisait de cliquer sur l’icône d’un logiciel pour programmer le redressement industriel de la France. L’on en oublie le temps de la délibération parlementaire, l’effet différé des mesures prises, la complexité des problèmes et les limites de l’action gouvernementale, entre décentralisation et Europe, mondialisation financière et poids des firmes multinationales. Pas facile de gouverner dans un contexte où le temps médiatique impose son rythme au temps politique. L’audiovisuel a pris le pas sur la presse écrite qui se sent obligé de faire des unes chocs ; les politiques ne pensent plus qu’à la petite phrase qui fera le « buzz » ; l’émotion prend le pas sur la raison, l’immédiateté sur le long terme, la superficialité sur la complexité… Et pourtant, plus que jamais, les problèmes sont colossaux, les enjeux sont vitaux. D’où l’impérieuse nécessité pour nos gouvernants de se projeter bien au-delà de la prochaine échéance électorale et donc de réinscrire le temps politique dans la durée.

Le choc des mots

Dans ce déroutant scandale des lasagnes à la viande chevaline, le fait de nommer cette viande, minerai, nous dit bien des choses sur des façons de faire particulièrement « cavalières ». Par prudence, j’ai consulté le dictionnaire pour vérifier s’il n’y avait pas un autre sens à minerai. Eh bien non ! Le minerai est bien issu du règne minéral, et non du vivant qu’il soit végétal ou animal. Cette transgression sémantique des règles de la nature amena tout naturellement nos usurpateurs à contrevenir tout aussi allègrement à la loi des espèces, en faisant passer les équidés pour des bovins. Pour ces inventeurs de circuits commerciaux complexes à nous donner le tournis, l’agriculture est minière, l’élevage un gisement de protéines, l’agro-alimentaire de la métallurgie, permettant de réaliser quantité d’alliages. Et la minéralisation est le moyen, non de transformer le métal en minerai, mais cette viande en abondantes pièces de métal jaune sonnantes et trébuchantes. Formidable filon donc, non seulement au sens premier du terme – masse de substances minérales dans le sol -, mais surtout dans son sens second, l’occasion de s’enrichir. Car ces nouveaux alchimistes ne s’y trompent pas : le métal est aussi un moyen d’échange. Echanges frauduleux, car, tant pour les pauvres paysans roumains contraints de se débarrasser de leurs chevaux pour une trentaine d’euros, mais aussi pour les consommateurs, que l’on prend pour des nigauds, le terrain est miné. Dérives d’une langue ! Perversités d’un système inique ! L’helléniste Jacqueline de Romilly qui avait fait de la défense de la langue française son dernier combat, parlait des « merveilles d’une langue exacte et limpide ». On en est loin. Puisse ce piteux épisode nous faire comprendre que défendre les consommateurs comme défendre notre langue, c’est combattre pour une certaine idée de la civilisation.

Mal-logement en campagne

Depuis 17 ans, comme chaque 1er février, – date anniversaire du fameux appel du fondateur d’Emmaüs sur les ondes de Radio Luxembourg -, la Fondation Abbé Pierre a remis vendredi dernier son rapport sur l’état du mal-logement en France. Et les nouvelles ne sont pas bonnes du fait de la crise et de la montée de la pauvreté et des précarités. Au total, selon la Fondation, plus de dix millions de personnes sont touchées d’une manière ou d’une autre par la crise du logement, certes dans les grandes villes, où la pression du marché immobilier est forte, mais aussi en milieu rural. On constate d’ailleurs une hausse importante des demandes d’aide auprès des Centres Communaux d’Aide Sociale dans les bourgs ruraux. En effet, comme il est devenu impossible pour des familles modestes de se loger dans des zones urbaines, beaucoup s’éloignent pour louer voire accéder à la propriété d’une maison individuelle dans les petites villes ou à la campagne. Certes les prix y sont beaucoup moins élevés, mais souvent les logements sont vétustes et les occupants n’ont pas toujours les moyens d’investir dans l’amélioration de l’habitat, notamment l’isolation. Dans ce contexte, les dépenses énergétiques et de transport se révèlent souvent plus élevées que prévu et beaucoup de nouveaux ruraux cumulent une situation d’endettement, le manque de confort de l’habitat et la précarité énergétique.

« Quand inégalités sociales et inégalités territoriales se télescopent, la situation devient particulièrement inquiétante », s’alarme la Fondation. Dans ce contexte, les larges attributions accordées au ministère de l’Egalité des territoires et du Logement, avec l’urbanisme, l’hébergement, le logement, les politiques d’aménagement du territoire et de la ville, sont une bonne chose pour les responsables de la Fondation. Mais que Madame Cécile Duflot ne s’enthousiasme pas trop de ce satisfecit, car le plus difficile reste à faire, tant l’ampleur de la tâche est considérable. (8 février 2013)

Penser global, agir local…

Entre grisaille climatique et climat social morose, il n’y a guère de place pour la petite fleur espérance pourtant si propice à cette période de Noël. Parfois de petites choses, comme la lecture d’un livre, peuvent enchanter notre quotidien grisâtre. C’est le cas, pour ce qui me concerne, d’un livre : Un million de révolutions tranquilles. L’auteure, Bénédicte Manière, journaliste spécialisée dans l’économie solidaire et sociale, a sillonné la planète à la rencontre de citoyens ordinaires qui réalisent des choses extraordinaires. Ces femmes et ces hommes, ces ruraux et ces citadins, inventent des solutions locales aux crises globales, génèrent de nouvelles formes de démocratie locale et recréent du lien social. Ainsi ce fonctionnaire indien qui utilise les savoir-faire locaux pour recueillir les eaux de ruissellement et métamorphose ainsi l’économie locale de cette région du Rajasthan en transformant les sols arides en terres fertiles. Ou encore ces anciens salariés de l’industrie automobile de Détroit désormais au chômage, – en moins de dix ans, 90 % des emplois de ce secteur ont disparu aux États-Unis – qui cultivent les parcelles de jardins de la ville pour produire fruits et légumes. « On ne raisonne plus en termes de revenus mais de réponses aux besoins essentiels des habitants », précise l’un des initiateurs de cette agriculture urbaine qui, après le Sud, se développe paradoxalement dans les pays du Nord. Un autre monde est possible, nous dit Bénédicte Manier, pour répondre au fameux « no alternative » de Margaret Thatcher. Réconfortant ce livre qui nous offre autant de raisons d’espérer en l’Homme que d’actions innovantes. Cela nous change de cet indécent feuilleton que nous imposent les médias sur les péripéties de ce pauvre acteur, provocateur impudent, contraint à l’exil fiscal outre-Quiévrain. Que 2013 suscite beaucoup d’innovations pour répondre au mieux aux défis qui nous attendent ! (4 janvier 2013)

Un million de révolutions tranquilles de Bénédicte Manier – Les Liens Qui Libèrent – 320 pages, 22,90 €.

L’Afrique repartie ?

Il y a 50 ans, l’agronome René Dumont publiait L’Afrique noire est mal partie, un livre référence qui fit scandale en Afrique dans l’euphorie des indépendances et que réédite Le Seuil. J’avais lu ce livre, après que René Dumont ait été le premier candidat écologiste aux présidentielles de 1974. M’était surtout restée en mémoire la dénonciation d’élites africaines. Mémoire sélective liée à l’époque aux dénonciations parfois provocatrices de l’écologiste Dumont, même si, sur le fond, il avait raison. Relisant cet ouvrage, je découvre un René Dumont, réformiste et productiviste, aux analyses rigoureuses et aux enquêtes de terrain minutieuses, préconisant la révolution fourragère et l’utilisation de l’énergie animale, le développement du crédit rural et l’éducation des ruraux… pour que les paysans africains retrouvent leur dignité et ne soient plus méprisés par les élites.

50 ans plus tard, force est de constater qu’on n’a guère écouté René Dumont. En 1980, Léopold Senghor, alors président du Sénégal, lui confiait : « Mes ministres étaient très fâchés par votre livre… Je leur ai dit : « si Dumont a tort, prouvez-le ; s’il n’a pas tort, faites ce qu’il dit ». Maintenant, je sais que vous aviez parfaitement raison. » Aujourd’hui les défis demeurent, sur fond d’accaparement des terres et de réchauffement climatique, de faible productivité et d’insécurité alimentaire. Malgré tout, il existe quelques raisons d’espérer, selon Marc Dufumier, l’un de ses successeurs à la chaire d’agriculture comparée de l’Agro. Le président de Fondation René Dumont voit d’un bon œil l’accélération de la croissance économique dans cette zone et le développement des organisations paysannes. Peut-être enfin les élites africaines découvrent-elles le bien-fondé des leçons de Dumont, dont un universitaire africain a écrit qu’il était « un juste et un sage au sens paysan et africain du terme » ?

Destins brisés !

Lance Amstrong, Jérôme Kerviel : tous deux se sont imposés bien malgré eux dans l’actualité de la semaine passée. Deux destins brisés dans une orgueilleuse course à l’argent fou et à la gloire ! L’ex-champion cycliste s’est vu retirer ses sept titres de vainqueur du Tour de France et doit rembourser toutes ses primes. L’ex-trader a écopé de trois ans de prison ferme et doit rendre la somme ubuesque de 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts à la Société générale. Soit 370 000 ans de Smic ! Dans les deux cas, les instances de contrôle n’ont pas vraiment fonctionné. Dans les deux cas, les systèmes mis en place se veulent particulièrement complexes. Côté caravane du Tour, avec des molécules toujours plus sophistiquées pour masquer EPO et autres corticoïdes. Côté salle des marchés, avec des modèles mathématiques dont la complexité défie l’entendement des patrons des banques.

Alors coupables Amstrong et Kerviel ?, certainement. Boucs-émissaires ?, sans doute. Victimes ?, peut-être. Amstrong, victime de sponsors et d’un public qui demandent toujours plus d’exploits. Kerviel, victime de cette addiction aux galipettes électroniques à risque encouragée par un système financier tout aussi cupide qu’irresponsable, et qui, paradoxalement, refuse de partager les profits mais appelle l’aide de l’État dès que s’annoncent les pertes.

Tout cela n’est-il pas avant tout le reflet d’une époque où tous les moyens sont bons pour faire fortune et accéder à la gloire ? Pourtant Émile Zola, – cité par Régis Debray dans son excellente revue Medium, consacré à l’argent -, s’inquiétait déjà dans Le Gaulois du 14 février 1882 que la probité était en train de disparaître : « C’est à peine si on se cache aujourd’hui de n’être point un honnête homme… Voler dix sous est toujours volé mais faire disparaître cent millions n’est point volé ». A en croire Zola, en un peu plus d’un siècle, seul le montant des sommes semble avoir changé !

Indispensable voiture

En cette quinzaine du Mondial, l’automobile est à l’honneur. Mais qu’ils nous fassent rêver à travers ces rutilants et prestigieux mastodontes ou qu’ils traitent de ses effets pervers sur l’environnement, les médias portent avant tout un regard urbain sur la mythique bagnole. Car si l’on peut s’en passer en ville, ce n’est pas le cas en milieu rural. Née en ville à la fin du XIXème siècle, la voiture s’est diffusée plus rapidement à la campagne dont elle a modelé les paysages. Avant 1914, on compte plus de voitures à la campagne que dans les villes, mais elles sont rares : trois voitures pour mille habitants ! C’est pendant les Trente Glorieuses que l’automobile connaît un développement spectaculaire. En 1953, un tiers des ménages paysans en possède une. En 1970, ils sont 75 %. Heureuse époque de la deux-chevaux ou de la 4L, symboles d’évasion et de liberté pour toute une génération née entre les deux guerres ! Dans les décennies qui suivent, la voiture devient un marqueur social, révélateur de la société de consommation et de l’ère des loisirs.

Aujourd’hui, avec la crise, le contexte change même si la part de rêve demeure. La possession d’une voiture coûte cher. Une Clio 3 revient à 5 970 € par an ! Pour les ménages ruraux, le transport s’impose comme le premier poste de dépenses (17 %) devant l’alimentation et le logement. En ville, c’est le logement qui arrive en tête. Avec la crise, de plus en plus d’urbains sont venus à la campagne chercher un logement plus accessible. Le revers de la médaille, c’est qu’en s’éloignant du lieu de travail, le poste transport s’accroît fortement. Alors à quand une politique sociale des transports pour les ruraux, comme il existe une politique du logement social… ? Mais voilà, les caisses sont vides ! Reste le covoiturage ou cette initiative récente de la municipalité de Pélussin de mettre à la disposition de ses habitants une voiture…

La pauvreté prospère !

Loin de moi l’idée d’en rajouter en cette rentrée marquée par la morosité. Mais le constat est là. On fait la queue devant les communautés Emmaüs qui vendent à très bas prix des articles scolaires. Et quiconque fréquente les supermarchés voit bien les effets de la crise : augmentation du temps consacré aux courses, comparaison des prix, utilisation des tickets de réduction et beaucoup moins d’achats d’impulsion, pour le plaisir. « La pauvreté revient en Europe », déclarait, la semaine passée, Jean Zijderneld, le Pdg d’Unilever, le géant anglo-néerlandais de l’alimentaire et des cosmétiques, dans une interview à un journal allemand. Les faits sont là, incontournables. Dans la zone euro, 18 millions de personnes sont au chômage. Un record ! En Europe, 80 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Dans l’Hexagone, un Français sur sept est considéré comme pauvre.

Mieux que les instituts de sondages, la grande distribution connaît instantanément l’état de l’opinion et l’évolution du pouvoir d’achat des consommateurs. Elle tente de s’adapter à cette nouvelle donne. C’est ainsi qu’Auchan vend des yaourts à l’unité, comme le fait Danone au Bangladesh. Unilever s’inspire des méthodes qu’il utilise dans les pays asiatiques en développement en vendant des produits meilleurs marchés dans de petits conditionnements. « Si un Espagnol ne dépense plus en moyenne que 17 € pour faire ses courses, déclarait Jean Zijderneld, je ne vais pas lui proposer un paquet de lessive qui coûte la moitié de son budget ». D’où la vente dans la péninsule ibérique de petits paquets permettant d’effectuer cinq lessives ! Dans le même temps, le patron de la Banque mondiale s’inquiète de l’augmentation des cours des céréales et craint le retour des émeutes de la faim, comme en 2008. Dans les pays du Sud en voie de développement, comme ceux du Nord (en voie de sous-développement ?), le tragique constat s’impose : la pauvreté prospère.

Princesse Érika

Ce week-end, j’ai ressassé en boucle dans ma tête le poème La mort du petit cheval blanc de Paul Fort chanté par Georges Brassens. Et pour cause, ma jument, qui n’était pas blanche mais alezane, s’en est allée. Depuis trois ans, atteinte du syndrome de Cushing, elle avait perdu de sa superbe. Ce 17 juillet, Érika s’est écroulée dans son écurie après un ultime appel au secours d’un hennissement si criant de douleurs. Autour d’elle, pour ses derniers instants, planaient, comme retenus, le chagrin de Marie-Christine et d’Hubert qui l’avaient côtoyé depuis toujours, la tristesse de Cécile, la jeune vétérinaire, la larme à l’œil, n’ayant pas d’autre choix que l’euthanasie, mais aussi l’abattement des deux chiennes, – la troisième avait préféré s’éclipser sans doute pour cacher sa peine -, et des deux vieilles brebis perdant leur compagne de pré. Érika était peureuse et dominatrice, fougueuse et sensible, un peu cossarde et très gourmande, rebelle et joueuse – elle aimait chiper la casquette de mon père qui doit être heureux, là où il est, de la retrouver et de pouvoir à nouveau s’en occuper -. Vingt ans durant, elle avait rythmé mes journées. Elle me connaissait sans doute mieux que personne. Notre relation tout en simplicité était plus proche de l’esprit des peuples cavaliers que de cette culture équestre parfois trop élitiste. Entre deux temps d’écriture, dans une pause apaisante, je m’extasiais longuement à l’observer en train de trier subtilement la bonne herbe de la moins bonne.

Certes ressasser La mort du petit cheval blanc me plongeait un peu plus dans la mélancolie – « Il est mort sans voir le beau temps – qu’il avait donc du courage – Il est mort sans voir le printemps – ni derrière, ni devant » –, mais Érika avait vu vingt printemps, elle était même partie en plein été. Le soir, un reportage au journal télévisé montrait l’afflux de chiens et de chats abandonnés dans les refuges à la veille des vacances. Alors je me console constatant qu’elle a eu finalement une vie de petite princesse.

Euro-foot en zone euro

Hasard des circonstances ? Au moment où l’Italie sortait l’Allemagne de l’Euro de football, les chefs de gouvernement des deux pays finalistes (Espagne et Italie) obtenaient d’Angela Merkel quelques concessions pour mieux se protéger des attaques des marchés financiers. Madrid bénéficiait du soutien du mécanisme européen de stabilité pour recapitaliser ses banques en difficultés et Rome décrochait une intervention du fonds de secours pour racheter sa dette. Les bourses repartaient à la hausse, les marchés s’apaisaient, les taux d’intérêt baissaient et les commentateurs évoquaient « une avancée majeure pour la zone euro ». La détermination de Mario Monti et Mariano Rajoy à Bruxelles croisait celle des nouveaux gladiateurs du stade, les Xavi et Pirlo. Beaucoup dans les pays du Sud de l’Europe, notamment les Grecs, voyaient dans la sortie de l’Allemagne, une forme de revanche, tendant ainsi à prouver que jeux du stade, jeux spéculatifs, enjeux géopolitiques s’entremêlent intimement.

Ce qui n’est pas nouveau. On se souvient de l’enjeu idéologique des Jeux Olympiques de Berlin en 1936, de la rivalité américano-soviétique au moment de la guerre froide pour le plus grand nombre de médailles olympiques ou, plus récemment, de l’émergence de pays comme la Chine. Depuis la mondialisation des grands événements sportifs, les afflux financiers sont de plus en plus colossaux. Désormais l’on gère une équipe de foot comme une entreprise et l’on attire les investisseurs comme les joueurs. Les grands événements sportifs sont pour leurs organisateurs une vitrine de communication.

Sous la Rome antique, les empereurs proposaient du pain et des jeux du cirque pour s’attirer la bienveillance des peuples. Dans l’économie moderne, les jeux du cirque devenus jeux du stade semblent avoir, du moins en terme de communication, nettement supplanté le pain et les produits de l’agriculture, en cet été si riche en événements sportifs.

Banques dans la tourmente

Depuis 2008, les banques européennes sont au cœur des différentes crises financières qui minent le Vieux Continent. D’abord touchées par les subprimes, elles sont aujourd’hui fragilisées par l’endettement des États dont elles détiennent beaucoup de titres de dettes. D’où un manque de confiance des investisseurs, notamment américains, et bien des difficultés pour trouver de quoi financer leurs activités. Ce qui se traduit par moins de prêts alors que la croissance est atone. Si bien qu’à l’automne dernier la Banque Centrale Européenne a dû leur prêter 1 000 milliards d’euros à 1 % pour les aider à se financer… Sans parler d’investissements osés dans des zones à risque !

La crise grecque touche en particulier le Crédit agricole qui est la banque européenne la plus exposée depuis l’acquisition en 2007 d’Emporiki (la 5ème banque grecque). Cet investissement lui a déjà coûté 7 milliards d’euros et pourrait bien lui coûter beaucoup plus au cas où la Grèce devrait sortir de l’euro. L’action de Crédit agricole SA est tombée à moins de 3 € ces derniers jours alors qu’elle cotait 32 € en 2007. Le 22 mai dernier, réunis au Carrousel du Louvre, les actionnaires de Crédit agricole SA ont manifesté leur inquiétude malgré les propos rassurants des dirigeants du groupe ou du gouverneur de la Banque de France qui rappelait qu’aucune société financière française ne courrait de danger si la Grèce devait faire défaut… pas même le Crédit agricole. Quoi qu’il en soit les Caisses régionales qui détiennent 55 % du capital de Crédit agricole SA devront mettre la main à la poche.

Cette crise met en évidence le caractère bicéphale de la banque verte, avec un secteur mutualiste, les caisses régionales, premier partenaire de l’économie française, ancré dans le local, et un secteur libéral, Crédit agricole SA, côté en Bourse, orienté sur les marchés, et éloigné du mutualisme et de la solidarité des origines. Valeurs qui semblent désormais d’un autre temps ?

Campagnes en souffrance

L’une des principales leçons du premier tour de scrutin, c’est l’ancrage du vote Marine Le Pen dans le monde rural. Même en Bretagne, terres traditionnellement démocrates chrétiennes et rempart longtemps puissant contre les valeurs du Front National, les digues ont sauté. Alors que dire de ces régions moins cléricales, comme la Picardie. Dans mon village, Breny, dans l’Aisne, lors des deux derniers scrutins présidentiels, Jean-Marie Le Pen faisait la course en tête avec près de 30 % des votants. Cette fois-ci, sa fille recueille 62 voix sur 145 votants, soit 43 % des suffrages… Et ce n’est pas une exception, dans la plupart des cantons ruraux de l’Aisne, le vote Marine Le Pen représente entre 30 et 40 % des suffrages, alors que la population est peu concernée par la thématique de l’immigration. D’ailleurs, le conseiller municipal le mieux élu de mon village est issu de l’immigration.

Sans doute, faut-il rechercher les causes ailleurs ? Dans une forme de désespérance. Les différents candidats, s’ils se sont montrés au salon de l’agriculture, ont peu abordé la crise de la ruralité. Oubliée des grands médias, la population rurale, disposant souvent d’un faible revenu, ne trouve pas sa place dans les grands débats nationaux. Dans nos sociétés modernes, le global assure sa suprématie sur le local, et les réseaux s’imposent sur les lieux de proximité. Le lien social se délite. On se parle peu et on ne se croise plus guère qu’au supermarché de la ville.

Ce scrutin révèle une fracture territoriale, déjà perçue lors des référendums sur l’Europe. Après les banlieues, qui semblent désormais moins séduites par le vote Front national, ce sont les campagnes qui crient une vraie désespérance. Parmi les multiples et complexes dossiers qu’aura à gérer le prochain chef de l’État, il y a cette fracture territoriale qui est aussi sociale et culturelle. Bon courage, Monsieur le Président !

Le diktat des maths

Il y a plusieurs années, lors d’un colloque de la Société Française d’Économie Rurale, un agro-économiste avait modélisé les conséquences de la mise en place des quotas laitiers sur la structure de la production. Selon les cas, il en arrivait à des conclusions totalement opposées. Depuis je me méfie de ces modèles mathématiques, d’ailleurs incompréhensibles par le commun des mortels. Fait nouveau, des chercheurs osent désormais critiquer cette mathématisation forcée de l’économie, une science pourtant si peu exacte mais qui se targue de l’être. C’est le cas de Paul Krugman, Prix Nobel d’Économie. Récemment, dans le mensuel Alternatives économiques, il expliquait pourquoi les économistes avaient failli ces dernières années. Ils n’ont pas vu venir la crise, ne concevaient pas même la possibilité d’une telle crise et ont été incapables de donner des conseils utiles sur ce qu’il fallait faire après le déclenchement de la crise, dit en substance Paul Krugman qui regrette que ses collègues aient privilégié les mathématiques à l’histoire, la modélisation et la foi inébranlable en la sagesse des marchés à l’expérience des anciens.

La semaine passée, dans Le Monde, Astrid Dick, lauréate 2012 du meilleur article de recherche en finance, portait un regard tout aussi iconoclaste. Cette femme de 39 ans avait choisi de faire de la recherche en économie pour mieux comprendre le monde et l’améliorer. Aujourd’hui, elle en constate les limites : « On utilise, en général, les mathématiques et ses principes académiques sans se rendre compte qu’écrire une équation, c’est déjà adopter un point de vue idéologique, une conception du monde ». Depuis Astrid Dick qui menait une brillante carrière internationale a décidé d’abandonner l’économie pour se consacrer totalement à la peinture. Faute de pouvoir améliorer le monde, elle veut porter un regard différent sur notre environnement. Sans doute l’art ne traduit pas forcément mieux la réalité du monde que l’économie, mais du moins permet-il de trouver quelques raisons d’espérer !

Au cul des vaches

Jusqu’alors les candidats à la présidentielle avaient fait preuve d’une grande discrétion sur les problèmes agricoles. Avec l’ouverture du salon de l’Agriculture, les campagnes s’invitent enfin dans la campagne (électorale). Tout candidat à la présidentielle se doit en effet de visiter le salon. C’est un point de passage obligé, qu’ils aiment ou pas, qu’ils aient un ancrage dans ce milieu, comme François Bayrou, ou pas, ce qui est désormais le cas de la plupart des autres candidats. Il y a ceux qui sont plutôt à l’aise, tel Jacques Chirac. Durant sa longue carrière, en digne héritier d’Henri Queuille, il ne manquera le salon qu’à deux reprises pour des raisons de santé. D’autres y trouvent moins de bonheur. François Mitterrand n’y viendra qu’en tant que candidat en février 1981. On se souvient aussi d’Édouard Balladur, à la caresse ovine aussi retenue que maladroite, de Dominique Voynet accueillie sous une pluie de tomates en 1999 ou de Nicolas Sarkozy lâchant en 2008 à un quidam qui lui refuse la poignée de mains un « casse-toi pauv’ c… ».

Héritage d’une tradition politique inaugurée sous la Troisième République lorsque l’agriculture était majoritaire, le salon demeure plus que jamais un rite incontournable pour le microcosme politique. A tel point qu’on mesure désormais le temps passé par les candidats dans les allées de la Porte de Versailles : quatre heures pour Nicolas Sarkozy, sept heures pour François Bayrou, dix heures pour François Hollande… Un temps consacré par chacun des candidats au salon inversement proportionnel à leur poids électoral dans le milieu agricole ! Il sera néanmoins difficile pour l’élu corrézien de rattraper son retard. Drôle de République tout de même, surtout si la fin du salon, qui permet d’évoquer une fois l’an les questions agricoles dans les médias grand-public, signe la fin des préoccupations ruralistes des candidats à la présidentielle !

Le foncier débridé

Tout près de chez moi, un agriculteur exploitant déjà plus d’un millier d’hectares vient de reprendre une exploitation de 420 hectares. Ce genre de transactions, désormais courant, ne suscite plus guère de réactions, si ce n’est de la part de ceux qui « lorgnaient » aussi sur cette exploitation. Au même moment, à vingt kilomètres de là, agriculteurs et élus de l’arrondissement de Château-Thierry participaient à la restitution d’audits en vue de redynamiser l’agriculture locale. A cette occasion, les élus mettaient en avant la difficulté d’approvisionner les cantines scolaires de la ville en produits bio par les producteurs locaux.

Deux informations simultanées et sur une même zone qui témoignent de l’état d’étiolement de l’agriculture. Après tout, sur une partie de ces 420 hectares, on aurait pu installer une vingtaine de maraîchers pouvant répondre à la demande locale.

Autre temps, autres mœurs. Récemment France 2 consacrait une émission à Jean Gabin, le gentleman farmer. Dans les années 1960, l’acteur avait acquis une propriété de 200 hectares dans l’Orne. Ce qui avait suscité une levée de boucliers bien au-delà du bocage normand ! Jean Gabin qui avait connu toutes les gloires n’avait plus qu’un rêve : être considéré comme un agriculteur à part entière. Un objectif qu’il découvre inaccessible, en particulier, lorsqu’en 1976 Michel Debatisse, alors membre du gouvernement, affirme à la télévision qu’il est hors de question que l’acteur bénéficie des aides sécheresse. Le soir-même, Gabin mettait en vente sa propriété. Entre excès de corporatisme hier et excès de libéralisme aujourd’hui, comme le monde a changé en une génération dans son rapport au foncier ! Les lois d’orientation ont été vidées de leur substance et le libéralisme fait la loi. Prenons garde toutefois, car si l’on prolonge les courbes du nombre d’agriculteurs, il ne restera plus qu’une poignée de fermes en France en 2050…

La démocratie, une idée neuve

Il y a quelques jours, les participants des Semaines Sociales de France, une organisation qui se réclame de la Doctrine Sociale de l’Église, ont planché sur le thème : la Démocratie, une idée neuve. A quelques mois d’échéances électorales importantes pour notre pays, le thème tombait à pic tant nos démocraties européennes semblent bien malades : gouvernements d’experts en Italie et en Grèce, divorce entre les citoyens et leurs représentants, développement des populismes et de l’abstention, émiettement de la société, poids des marchés financiers, déliquescence des corps intermédiaires, emprise de la communication, sans parler de la corruption et du népotisme.

Pour le philosophe Paul Thibaud, cette crise de la démocratie se caractérise par la défaite du citoyen devant l’individu. Il rejoint en cela un autre philosophe Pierre Manent, pour qui la compassion (et non plus le sens de la justice) est devenue l’objectif unique des démocraties. « La gouvernance de la règle, explique Pierre Manent, se substitue au gouvernement des lois, notamment au niveau de l’Europe. Cette machine à produire des règles est une impasse politique. »

Certes nos démocraties ne sont pas au mieux, mais encore convient-il de relativiser les choses, comme l’a fait l’ancienne Présidente de la Lettonie, Mme Vaira Vike-Freiberga pour qui la démocratie est une petite fleur fragile à préserver : « La démocratie est un processus, un point de départ et non un point d’arrivée ». En 1935, dans un contexte difficile comme aujourd’hui, l’homme politique, Marc Sangnier, notait : « On peut se rapprocher chaque jour de la perfection démocratique, mais on ne l’atteindra jamais ». Alors, en 2012, année qu’on nous annonce de tous les dangers au niveau économique, formons le vœu que les valeurs de la démocratie progressent et que les candidats à l’élection présidentielle se montrent dignes de ces enjeux !

Retour au Larzac !

Souvenons-nous, c’était au début des années 1970. Le gouvernement de l’époque souhaite étendre le camp militaire, expulsant 103 agriculteurs. Une décision prise sans concertation qui fera dire à Raymond Lacombe, alors président de la FDSEA de l’Aveyron : « Le symbole de la lutte des régions contre les abus du pouvoir central ». Dix ans durant, ces agriculteurs mèneront une révolte « digne, forte et rieuse », jusqu’à ce que François Mitterrand à peine élu n’enterre le projet. Dans l’histoire de l’humanité, rares sont les révoltes paysannes qui ont réussi. D’autant que ces paysans ne sont pas des révolutionnaires. Bon nombre ont milité à la JAC, votent à droite, se veulent modernistes. Ils rencontrent de jeunes contestataires, venus d’horizons bien différents. La mayonnaise prend. Ensemble ils s’accordent sur ce slogan : « les moutons plutôt que les canons » et jeûnent autour de Lanza del Vasto et des évêques de la région. En décembre 1973, une marche en tracteurs est organisée sur Paris. Mais, à Orléans, les militants de la FDSEA de l’Aveyron, lâchés par la FNSEA, alors présidée par Michel Debatisse, se voient contraints de faire demi-tour. Le syndicalisme agricole s’en trouvera bouleversé. Émerge alors un front de gauche qui donnera naissance aux Paysans-Travailleurs puis à la Confédération paysanne. Par la suite ces militants donneront à cette lutte une dimension internationale, formant ainsi l’embryon de ce que l’on appelle aujourd’hui l’altermondialisme et dont José Bové, qui a fait ses armes au Larzac, en est la figure emblématique.

Avec la sortie, ces derniers jours, du remarquable documentaire de Christophe Rouaud Tous au Larzac, des critiques osent le parallèle entre cette révolte paysanne et l’actuel mouvement des Indignés. A cette différence près que le Larzac se situait dans les Trente glorieuses, mais si la fin était proche, alors que le mouvement des Indignés n’indique pas la fin des « Trente piteuses ». Loin s’en faut !

L’Europe sans cœur

La Communauté européenne des années 1980 avait plus fière allure que l’Union européenne actuelle. Une impression confirmée par le portrait de Jacques Delors que proposait la semaine dernière l’émission Empreintes sur France 5. Pourtant, quand J. Delors accède à la présidence de la Commission en 1984, l’Europe des Dix est (déjà) en panne. D’où l’idée de l’Acte unique, qui va mobiliser des années durant les Européens. A l’époque, l’Europe sait aussi être à l’écoute des plus pauvres. En 1987, après l’appel de Coluche, la Commission décide de puiser dans les stocks européens pour aider les plus démunis. Mais, depuis deux ans, les stocks sont au plus bas, et l’Europe doit acheter la nourriture. En 2010, 480 millions d’euros ont été consacrés à nourrir quotidiennement 13 millions d’Européens. Mais cela ne plaît guère au gouvernement allemand (décidément bien peu solidaire !), qui, soutenu par cinq autres États, porte l’affaire devant la Cour de Justice et obtient gain de cause. Conséquence : la Commission a dû diviser par quatre le montant de son enveloppe, au grand dam des associations caritatives, pour qui cette aide est vitale. L’Allemagne, oubliant que la sécurité alimentaire demeure l’un des objectifs du traité de Rome, considère que la politique sociale est du ressort des États, alors que ces derniers délèguent de plus en plus l’action sociale aux associations. Face à une telle situation, les Pères de l’Europe, attachés, eux, à un certain modèle social européen, auraient sans doute répondu : « Faisons en sorte que l’Europe n’ait plus de nécessiteux et proposons que la politique sociale soit le grand chantier de l’Europe de 2020 ». Mais l’heure n’est plus aux grands défis. Les ministres européens de l’agriculture, réunis le 20 septembre, ont reporté la décision de poursuivre ou non l’aide aux associations. « L’Europe, ça fait battre les cœurs !», s’exclamait Jacques Delors dans le documentaire qui lui était consacré. Nostalgie, quand tu nous tiens…

Mémoire en danger

Le mois de novembre suscite la mélancolie aussi bien de par le temps qu’il fait que par le temps qui passe. Les jours sont courts, le climat est souvent triste alors que l’Église catholique honore ses saints et les morts, tandis que la Patrie rend hommage aux combattants de la Première Guerre mondiale. Novembre concentre une grande partie du tragique de notre mémoire. Mais une mémoire d’autant plus indispensable à entretenir qu’elle est mise à mal en ces temps où seul le présent compte, où l’enseignement de l’histoire n’est plus prioritaire, où tout un pan de notre patrimoine architectural et culturel est dilapidé, où les chaînes de télévision d’informations en continue nous abreuvent d’informations en vrac et sans recul, qui, dès le lendemain, n’ont plus guère d’intérêt.

Il y a un an, invité à plancher devant la commission des agricultrices de la FNSEA pour l’écriture d’un livre sur les femmes en agriculture, je dus batailler ferme pour que ce livre évoque également le passé. Et notamment ces siècles de soumission des femmes dans des sociétés patriarcales, mais aussi l’action héroïque des paysannes sur les fermes durant la Première Guerre mondiale pendant que les maris se battaient sur le front, ou encore l’engagement des militantes de la JACF (Jeunesse agricole catholique féminine) qui ont révolutionné la condition des rurales après la Seconde Guerre mondiale… Car l’évolution de la condition des femmes à la ville comme dans les campagnes ne s’est pas faite en une génération.

Les membres de la commission agricultrices de la FNSEA étaient surtout soucieux d’évoquer avant tout le présent dont elles étaient les acteurs, et le futur, dont elles craignaient le manque de visibilité. En cela, elles se situent pleinement dans l’air du temps. Pourtant c’est le passé qui nous aide à déchiffrer le présent et défricher l’avenir, car comme le dit le proverbe sénégalais : « Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens ».

La finance omnipotente

Secoué par les fluctuations brutales des bourses et les dettes vertigineuses des États européens, le monde de la finance n’a pas connu de trêve estivale. Pourtant derrière ces déficits abyssaux, l’événement économique majeur des dernières années n’est-il pas plutôt la revanche du secteur primaire ? C’est du moins l’opinion du président d’un fonds de pension de Boston qui considère que l’accélération de la demande de matières premières sur l’offre est l’événement le plus important depuis la Révolution industrielle. Depuis 2008, la terre et les produits agricoles aiguisent les appétits voraces des traders, qui y trouvent un moyen de se refaire une santé.

L’agriculture entre ainsi de plain-pied dans l’économie financière. Rien de bien nouveau pourtant. Car le premier krach financier concernait un produit agricole : les bulbes de tulipes qui faisaient l’objet d’un commerce lucratif. C’était au Pays-Bas au 17ème siècle. On s’arrachait certaines variétés à des prix exorbitants, atteignant parfois la valeur d’une maison bourgeoise à Amsterdam. Et puis un jour de février 1637, un acheteur se trouve dans l’incapacité de payer. C’est le krach. Les prix s’effondrent. Les spéculateurs font faillite.

L’agriculture a été aussi le premier secteur à inventer des produits dérivés, avec en 1865, la création par la Bourse des céréales de Chicago du premier marché à terme. A l’époque il s’agissait alors de lutter contre l’instabilité des cours. Désormais c’est la volatilité qui intéresse les nouveaux spéculateurs. Dans la plus totale opacité, un opérateur peut acheter le lundi des milliers de tonnes de maïs, les revendre le vendredi, et empocher 20 ou 30 % de profit, sans qu’aucune transaction de marchandises n’ait été effectuée. Quand on joue au casino l’accès ou non des populations les plus vulnérables aux denrées alimentaires, c’est le signe que cela ne tourne pas bien rond sur notre planète Terre.

Affligés mais impuissants

On pensait en avoir terminé avec ces dramatiques famines, qui ont jalonné les siècles passés. Pourtant, à chaque fois, le scénario se répète presque à l’identique. Deux années de sécheresse dans cette Corne de l’Afrique, et c’est la perte de plus de la moitié des récoltes, le bétail décimé, les denrées qui montent en flèche, et 12 millions de personnes, l’estomac vide, en attente de secours. Ce sont encore ces images insupportables de réfugiés par milliers, le plus souvent des femmes et des enfants en bas âge qui prennent le chemin de l’exil pour rejoindre lentement et péniblement Mogadiscio ou un camp des Nations Unies.

Enfin, c’est la communauté internationale qui se réveille trop tardivement, comme au Soudan, en 1998, comme, déjà en Somalie en 1991, en Éthiopie au milieu des années 1980. Des ministres indignés appellent à l’aide d’urgence mais négocient comme des comptables des sommes insuffisantes. S’ajoutent les difficultés rencontrées sur le terrain par les ONG et l’ONU, pour acheminer l’aide, et aggravées par des milices islamistes peu coopérantes, la guerre civile, l’insécurité, le banditisme. Dans cette même région, en Somalie, l’opération militaro-humanitaire « Restor Hope » en 1993 s’était soldée par un échec, avec des combats entre casques bleus et groupes armés. On a oublié tout cela comme si l’on ne vivait que dans l’urgence du présent.

« Nous réagissons seulement quand il y a une crise », reconnaissait la semaine passée le directeur général de la FAO, Jacques Diouf. Il aurait dû méditer ce constat d’Amarthya Sen, Prix Nobel d’Économie en 1998 : « La prévention des famines met en jeu des mécanismes si faciles que la véritable énigme vient de ce qu’elles continuent à se produire ». Raison de plus pour véritablement placer la question agricole et alimentaire au cœur des enjeux géopolitiques et d’investir sur le long terme pour que pareilles catastrophes ne se reproduisent plus.

Mœurs douces

La crise des subprimes est passée par là. Les critiques à l’égard de la mondialisation n’émanent plus seulement des altermondialistes. Des intellectuels, des économistes, qui défendaient la mondialisation les yeux fermés, considèrent désormais que le bilan de la mondialisation n’est pas aussi positif que voulaient nous le faire croire certains de ses thuriféraires, vantant une mondialisation heureuse.

Thierry Pouch, responsable des études économiques à l’APCA, n’est pas de ceux qui croient que le libre-échange fait le bonheur de tous et considère que les institutions internationales ont échoué dans leur tentative pour établir une prospérité mondiale axée sur la libéralisation des échanges agricoles. Dans son livre La guerre des terres (publié chez Choiseul), il met en perspective le débat récurrent, entre libéraux et partisans de l’exception agricole, lancé par l’économiste David Ricardo en Angleterre, au milieu du XIXème siècle. Ce regard historique lui permet de mieux scruter le présent, notamment à travers l’éclosion de crises de plus en plus fréquentes, conséquence à ses yeux de l’échec du libre-échange dans l’agriculture.

Quant à l’avenir, Thierry Pouch n’est guère optimiste. Les conflits entre les grandes puissances agricoles d’hier (États-Unis et Europe) et les puissances de demain comme le Brésil augurent à ses yeux de lendemains difficiles. Une sorte de guerre économique, qui se traduit notamment par l’accaparement des terres par certains États, signe la réhabilitation de la souveraineté alimentaire et le retour de l’agriculture au premier plan des préoccupations gouvernementales. On est loin du doux commerce tel que l’exprimait Montesquieu dans L’Esprit des lois : « Partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce, et partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces ».

Coup de chaud

Les années 1970 ont marqué la fin des Trente Glorieuses. Pourtant à l’époque, on semble croire encore que la technique va permettre de vaincre les caprices du ciel. Et puis, patatras, survient la sécheresse de 1976. Une sécheresse, disait-on, comme on en connaît une par siècle. Suivirent quelques années particulièrement sèches, notamment la canicule de 2003, nous obligeant à reconsidérer les liens intimes qui unissent agriculture et climat, d’ailleurs depuis la création de l’agriculture, il y a près de dix mille ans, à la suite justement d’un réchauffement de la planète. Nul doute également que les importantes déforestations dans les millénaires qui vont suivre joueront un rôle non négligeable dans l’évolution du climat. Et puis il y a ces hivers terribles et ces étés très chauds avec son lot de disettes et de famines qui jalonnent dramatiquement l’histoire de l’humanité.

Que cet actuel épisode de sécheresse soit lié ou non au réchauffement climatique (car il faut séparer les accidents climatiques de l’évolution du climat moyen), force est de constater qu’il n’y a désormais plus grand monde pour contester ce phénomène qui concerne au premier chef l’agriculture. D’ailleurs pas toujours négativement, car un réchauffement modéré dope la végétation et améliore les rendements. Un peu de chaleur, ça fait du bien, mais gare aux excès, résume Bernard Seguin, le chef de la Mission sur le changement climatique à l’INRA, dans son livre Coup de chaud sur l’agriculture. Car le risque, ce sont ces périodes de sécheresse répétitives qui transformeraient l’effet positif en un résultat négatif. Ne dit-on pas que, d’ici 2030, les étés comme celui de 2003 pourraient être non plus l’exception mais la norme ?, rendant encore plus difficile la résolution de la question alimentaire mondial. Dans ce contexte, l’annonce en début de semaine que les émissions de CO2 ont atteint un record en 2010 n’est pas vraiment une bonne nouvelle.

Sujet tabou

Un tiers des travailleurs européens seraient stressés, nous annonce Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne. Aux États-Unis, le coût du stress est estimé à 202 milliards d’euros et, au niveau planétaire, il représenterait 4 % du PIB mondial. Le monde agricole est particulièrement concerné par ce fléau qui n’est pas récent. Car les grandes mutations qu’a connues l’agriculture au cours des dernières décennies ont eu un coût humain important, souvent jeté aux oubliettes. Le stress et, parfois, l’acte irréparable qui s’en suit, le suicide, étaient systématiquement occultés.

En effet, s’il est un sujet tabou dans les campagnes, c’est bien le suicide. Et pourtant l’on se suicide deux fois plus dans le monde rural qu’en ville, alors que c’était l’inverse du temps d’Émile Durkheim qui mettait en avant la solidarité mécanique du milieu rural. Depuis la solidarité n’est plus ce qu’elle était et le contexte actuel n’améliore pas les choses, avec, pour beaucoup d’agriculteurs, les dettes, les difficultés financières, l’incapacité à dégager un revenu décent, l’impossibilité de se projeter dans l’avenir, l’isolement dans la précarité … Car s’ils sont très encadrés techniquement, les agriculteurs le sont beaucoup moins sur le plan humain. On parle d’un suicide par jour dans le milieu agricole, d’autres évoquent le chiffre de 800 suicides par an. Toujours est-il que taux de suicide est plus important chez les agriculteurs que dans les autres professions. Quel que soit le nombre, c’est autant de drames, dans l’indifférence générale, parce que lieux de vie et de travail se confondent. Et pourtant la souffrance des agriculteurs est aussi grave que celle des agents de France Télécom ! Les choses sont-elles en train de changer ? Des groupements féminins de développement mettent en place des formations pour apprendre à gérer le stress. Et, après des décennies de déni de la part des autorités, le ministre de l’Agriculture vient d’annoncer un plan de lutte, estimant que le suicide ne doit « plus être un sujet tabou ».

Scrutin chagrin

Un taux d’abstention record, un Front national qui réalise des scores de 30 à 40 % là où il est resté en lice au second tour…. jamais de modestes élections cantonales n’auront provoqué un tel séisme politique au point de reléguer au second rang de l’actualité le tragique cataclysme nucléaire au Japon ou la guerre en Libye. Désormais le monde rural n’échappe pas à cette « nationalisation » du scrutin. Il y a encore quelques années, les ruraux cultivaient leur singularité dans ce type d’élections, entretenant une relation particulière avec le conseiller général, homme connu de tous, qui savait frapper aux bonnes portes pour dégotter une subvention.

Depuis le comportement électoral des ruraux s’est banalisé : autant d’abstentionnistes qu’en ville, de plus en plus de candidats parachutés ou totalement inconnus, une campagne de terrain morne où l’on néglige les compétences du Conseil général : l’action sociale, la voirie, les collèges…, pourtant si essentielles pour l’avenir du monde rural. A quoi s’ajoute le vertige du citoyen moyen devant la complexité de ce mille-feuilles institutionnel où se superposent commune, canton, intercommunalité, pays, département, région, Europe…Le canton est mort, commentent les politologues qui avaient déjà enterré le département. Pourtant les élections régionales et européennes ne font guère mieux en matière de participation électorale. N’est-ce pas plutôt une forme de démocratie de proximité qui est en cause, à laquelle échappent pour le moment les élections municipales ?

Désormais les enjeux nationaux déterminent de plus en plus les choix locaux dans une France non plus traversée par le clivage Gauche/Droite, mais par ceux qui sont favorables à la mondialisation et ceux qui la récusent. Car ces élections témoignent avant tout d’un désarroi profond, tel que le diagnostiquait le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, il y a deux semaines, lors de la remise de son ultime rapport. « Les enjeux déterminants pour notre avenir, écrivait-il, ne trouvent pas de réponse politique à la hauteur ». Il faut croire que nos hommes politiques ne lisent pas les rapports du médiateur de la République.

Leçons de choses

Notre ministre de l’Agriculture n’a pas la bosse des maths. Au Grand Journal de Canal Plus, la semaine passée, Bruno Le Maire n’a pas été en mesure d’effectuer la conversion d’un hectare en mètre carré. Pour les littéraires, il y a un côté réconfortant dans cette lacune, car cela signifie que l’on peut faire une carrière honorable dans notre pays malgré un système éducatif qui a tendance à ne considérer que les filières mathématiques. Donc, loin de moi l’idée de moquer cet énarque, germanophile, au cursus universitaire qui en impose, mais « séchant » au cours de cette même émission sur la fonction de l’enjambeur, le glougloute du dindon et confondant limousine et blonde d’Aquitaine. D’autant que le cas n’est pas unique. Le philosophe Michel Serres raconte qu’invité à intervenir dans un colloque organisé par les industriels laitiers, il s’est retrouvé auprès d’un de ses dirigeants, à qui il a dû expliquer que pour donner du lait, une vache devait avoir vêlé. Ces exemples en disent long sur la culture de nos élites capables de manier des concepts complexes mais frappées d’analphabétisme dans le domaine des sciences de la vie. Je ne sais pas si Bruno Le Maire s’est arrêté quelques instants sur le stand du CIRAD (1), l’un des plus pédagogiques qui soit, au salon de l’agriculture. Chaque année, cet organisme propose un document agréable à lire, à la maquette très colorée, et traitant du coton ou du riz, des agricultures familiales ou de l’avenir des forêts tropicales, le thème de cette année. Cela peut intéresser, comme les aventures de Tintin, tous les jeunes de 7 à 77 ans. Sans doute devrait-on diffuser ce document dans toutes les écoles et lycées, pas seulement agricoles. Cela nous éviterait peut-être dans vingt-cinq ans d’avoir des ministres de l’Agriculture séchant sur des questions dont on pensait qu’elles appartenaient au b.a b.a de nos antédiluviennes leçons de choses…

(1) Le CIRAD est un centre de recherche français qui répond, avec les pays du Sud, aux enjeux internationaux de l’agriculture et du développement.

Où est passée la boussole ?

Un sondage (1) réalisé par l’IFOP dans dix pays et publié la semaine dernière par La Croix montre que les Français ne prisent guère la mondialisation. Ils ne sont que 15 % à considérer que l’économie de marché fonctionne plutôt bien, contre 65 % de Chinois et 57 % de Brésiliens. De même, ils ne sont que 34 % à juger que la position de leur pays dans la compétitivité économique mondiale est plutôt bien placée. Un pessimisme qui tranche avec le fait que la France est la championne d’Europe de la natalité, ce qui témoigne d’une certaine confiance en l’avenir. Nos compatriotes, qu’on dit frileux car attachés à une tradition jacobine, auraient-ils du mal à accepter que la France soit devenue une puissance moyenne ?

Il y a quelques années, Philippe Séguin, – décédé l’an passé -, et qui était l’un des rares hommes politiques en France à avoir réfléchi à la mondialisation et à ses conséquences, déclarait que le libre échange « n’a de sens que s’il ne se confond pas avec le chacun pour soi, la fin de tout projet collectif » et prônait face à la globalisation une réhabilitation du politique. Or c’est là sans doute qu’est le problème. Dans la majorité comme dans l’opposition, qui propose un projet pour répondre à ce remodelage complet de la planète ? Un temps, la construction européenne est apparue comme un vrai projet politique. Ce n’est plus le cas désormais. On moque nos amis belges, sans gouvernement depuis plusieurs mois, ou plutôt avec un gouvernement transitoire qui gère le quotidien. Au fond la Belgique n’est-elle pas que la caricature d’une forme de gouvernance très répandue sur le vieux continent et incapable de fixer le cap. « Le système politique et les institutions sont débordés par la complexité qu’ils doivent affronter », semble justifier Klaus Schwab, le fondateur du Forum économique mondial qui vient de se tenir dans la petite station suisse de Davos. « Gouverner c’est prévoir », avait dit un président de la République, mais c’était il y a plus de trois décennies … Une éternité !

(1) Sondage effectué entre le 8 et le 23 décembre 2010 auprès d’un échantillon représentatif de 600 à 607 personnes de plus de 18 ans, dans chacun des dix pays, suivant la méthode des quotas.

Leçons de Noël

Noël sous la neige, ça a du cachet. Et puis, c’est devenu si rare, même dans nos contrées du Nord-Est de la France. Il faut nous plonger dans nos souvenirs d’enfance, remonter quatre ou cinq décennies en arrière pour trouver quelques traces neigeuses. En 2010, de ce point de vue, on a été gâté. Plus de vingt centimètres de neige dans la campagne picarde ! Bloqué pendant trois heures, la veille de Noël à une vingtaine de kilomètres de mon domicile, j’ai eu le temps d’observer l’attitude des gens qui, comme moi, étaient contraints à l’impuissance et de constater combien cette neige illustre bien la signification de Noël, avec ce mélange d’émerveillement, de solidarité et ce constat de la fragilité de nos sociétés. Émerveillement devant ces paysages immaculés donnant un peu plus de magie à Noël, qui est avant tout cet émerveillement dans le regard d’une mère sur son enfant. Solidarité, ensuite. Car il faut donner un coup de chapeau à ces agriculteurs qui n’ont pas hésité le soir du réveillon à dépanner les automobilistes en rade dans les fossés et les congères. Ils palliaient les lacunes des services de l’équipement totalement dépassés par les événements. Enfin force est de constater combien nos sociétés si sophistiquées ne supportent plus le moindre excès de la nature. On avait oublié ces sociétés paysannes anciennes où l’on redoutait l’épreuve de l’hiver, et cette « dictature du milieu physique », – pour reprendre une formule de l’historien Fernand Braudel -, qui imposait aux hommes ses rythmes, et l’enserrait. Fragile société qui voit ces nomades que nous sommes devenus, bloqués dans les aéroports ou sur les routes, qui voit ces consommateurs boulimiques contraints à la frugalité d’un plateau repas. Mais après tout cette fragilité, n’est-elle pas le vrai sens de Noël, avec la naissance d’un bébé dans une crèche pour illustrer la toute-puissance de Dieu !

La neige a fondu, les fêtes de fin d’année sont passées… retour au quotidien parfois morose. Alors je vous souhaite beaucoup de raisons de vous émerveiller en 2011.

Indignez-vous !

Les Restos du Cœur viennent de rouvrir leurs portes. Un premier SDF est mort de froid. Période de l’Avent, période d’un peu plus de compassion à l’égard des plus souffrants. Pourtant l’interpellation n’est plus la même. Sans doute nous manque-t-il un abbé Pierre pour nous empêcher de traverser la vie comme inconscient face aux drames des sans-abri, des sans-papiers, des sans famille, des sans amour, des affamés de pain et de justice… Le fondateur d’Emmaüs était le caillou dans la chaussure du bourgeois, pour lui rappeler sans cesse ses responsabilités.

Un jour, c’était dans les années cinquante, alors qu’il déjeunait à la table d’un ministre belge, il récita le bénédicité version Emmaüs : « Mon Dieu, aidez-nous à donner du pain à ceux qui ont faim, et à donner faim à ceux qui ont du pain ». « Je crois, confiait ensuite l’abbé Pierre, que si le lustre était tombé sur la table, ça n’aurait pas jeté une plus grande consternation dans cette réunion bien-pensante ». Cette anecdote me fait penser à celle vécue vingt ans plus tard par René Dumont, l’agronome spécialiste du tiers-monde, alors qu’il était candidat écologiste aux élections présidentielles de 1974. Invité pour un déjeuner débat, René Dumont voit défiler devant lui les nombreux plats abondants. Excédé par la pléthore de mets, qu’il qualifie « d’agression contre tout ce pour quoi je lutte », il se lève et quitte l’honorable assemblée. Au fond, l’abbé Pierre comme René Dumont étaient deux prophètes, marqués par la boucherie de 14 – 18. L’un était prêtre, l’autre était agnostique… Peu importe, ils avaient vu avant les autres… ce qui nous arrive aujourd’hui. En ces temps si troublés, comme ils nous manquent. Heureusement, de cette génération, il nous reste Stéphane Hessel, l’ancien résistant et diplomate qui vient de publier un petit livre : Indignez-vous ! Une leçon de sagesse, à lire absolument…

Indignez-vous ! Indigène Editions, 32 pages, 3 €. Diffusion Harmonia Mundi.

Redécouvrir l’essentiel…

Le marché de l’emploi des cadres retrouve des couleurs, nous apprend l’APEC, l’agence de placement des cadres. En fait, il s’agit d’un rattrapage lié à l’inertie des deux dernières années. Mais là n’est pas l’essentiel. A regarder les chiffres, on se rend compte que les postes en pleine expansion dans l’industrie sont l’informatique, le marketing et, à un degré moindre, la communication. Ce sont donc les services qui se greffent autour des produits qui génèrent de l’emploi. D’ailleurs, même dans un secteur comme l’agro-alimentaire, les investissements immatériels comme le marketing, la publicité… sont supérieurs aux investissements matériels, depuis le début des années 90. Ce qui explique que seulement 10 % du prix final des produits alimentaires revienne aux agriculteurs et que le pilotage de la filière alimentaire soit de plus en plus réalisé en aval de la production.

Loin de moi, l’idée d’en revenir aux thèses de physiocrates qui considéraient que l’agriculture comme la seule activité source de richesses. Mais n’est-on pas aller trop loin dans la tertiarisation et l’immatérialité de l’économie ? D’ailleurs une économie peut-elle reposer uniquement sur les services ? Et puis, on ne semble plus faire la part des choses entre les besoins essentiels et ceux qui le sont moins. Il n’y a plus que les personnes en situation de grande précarité pour se rendre compte que se nourrir correctement, disposer d’un toit, avoir accès aux soins médicaux… est – oh combien – vital. Cela pose également le problème du partage du revenu. Est-il normal que, dans nos sociétés si sophistiquées, les producteurs des biens les plus essentiels soient si peu rémunérés et si mal considérés ? Pour prendre un exemple hors de l’agriculture, ce sont les cadres administratifs et financiers qui ont désormais le pouvoir dans les hôpitaux et non plus les médecins. Alors nous faudra-t-il un peu de frugalité pour redécouvrir l’essentiel !

Tapez 3 !

Pour la première fois, une autorité de l’État, en l’occurrence le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye – mais, après tout, c’est son job ! – a récemment tapé du poing sur la table à propos des serveurs vocaux. Pour des raisons de baisse des charges, de compétitivité et de concurrence, la plupart des organismes publics, des sociétés de services ont remplacé leur standard par ces « robocops ». C’est la modernité, dit-on ! Mais si ces sociétés ont gagné en compétitivité, la Société a perdu en humanité… Car qui ne s’est pas pris la tête en tentant de joindre un interlocuteur, à vous rendre particulièrement désagréable une belle journée d’été. Il y a quelques semaines, j’ai passé plus de 45 minutes à tenter de joindre un interlocuteur, (un vrai), de ma caisse locale de Crédit agricole, qui puisse répondre à ma question. Je ne me retrouvais pas dans les choix proposés par la voix féminine sur le serveur : « tapez 1 pour tel service, tapez 2 pour tel autre… » J’étais prêt à balancer mon téléphone par la fenêtre, lorsqu’enfin, miraculeusement, j’ai eu un interlocuteur. Sur le ton de la confidentialité, il m’a donné ce tuyau : « tapez 3 pour être sûr d’avoir quelqu’un ». Mais il faut prendre son mal en patience et attendre parfois un quart d’heure. Il fût un temps – il y a une quinzaine d’années ! -, où le courtier du Crédit agricole ou des assurances rendaient régulièrement visite aux clients.

Tenez, en parlant de lien social, le week-end dernier, c’était la fête patronale dans mon village. Là aussi, le lien social se délite à grande vitesse. Très peu de familles récemment installées participent vraiment aux activités du village. Peu de liens se nouent entre anciens et nouveaux. En regardant la liste des abonnés au téléphone de mon village sur le bottin, je me suis rendu compte que j’étais incapable de mettre un visage sur une moitié des noms des habitants du village. Et pourtant, il n’y a pas trois cents habitants… Décidément, tout fout le camp !

Le retour de la question agricole

C’était, il y a à peine trois ans. La flambée des cours des matières premières puis les « émeutes de la faim » replaçaient l’agriculture et la question de sécurité alimentaire au cœur des priorités internationales. G8, FMI, Banque mondiale prônaient l’accroissement de la part des investissements agricoles dans l’aide publique au développement. Quelques mois, plus tard, patatras ! La crise financière chassait la crise agricole, comme dans la loi de Gresham, la mauvaise monnaie chasse la bonne. Les engagements pris restaient lettre morte. Aucun chef d’État à l’exception du chef du gouvernement italien (pays d’accueil) ne daignait participer au Sommet Mondial de l’Alimentation en 2009.

En cet été 2010, l’agriculture se rappelle à notre bon souvenir. Une canicule en Russie, le tiers de la production céréalière perdu pour le 3ème exportateur mondial de céréales. Et le blé qui bondit de 70 % en un mois. Des inondations au Pakistan, 14 % des surfaces agricoles ravagées pour le 4ème producteur mondial de coton. Et le coton qui voit ses cours flamber. L’instabilité devient la règle dans un secteur qui, contrairement à l’industrie et aux services, prend du temps pour répondre aux signes du marché, alors que la PAC s’est délestée de ses principaux outils de régulation…

Sans doute va-t-on reparler de priorités agricoles lors des prochaines réunions internationales, avant qu’une autre crise n’apparaisse ! Ainsi va notre monde comme le bateau ivre de Rimbaud. Pourtant il est temps de reconsidérer la question agricole, aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres, tant pour les producteurs que pour les consommateurs. D’ailleurs la dernière parution de la série Les Mondes agricoles en politique qui a pour sous-titre : « De la fin des paysans au retour de la question agricole » met en évidence ce paradoxe pour la France : la chute de la population agricole n’entrave en rien sa puissance et, plus que jamais, l’agriculture est au cœur des grands enjeux du futur.

Les Mondes agricoles en politique. De la fin des paysans au retour de la question agricole. Ouvrage collectif codirigé par Bertrand Hervieu, Nonna Mayer, Pierre Muller, François Purseigle, Jacques Rémy. Presses de Sciences Po. 456 pages, 25 €.

Secrets de fabrication

Ces derniers jours, Le Monde publiait une annonce de l’ENA, (École Nationale d’Administration) proposant un cycle de formation destiné aux décideurs, pour leur permettre « un accès aux secrets de fabrication de l’Europe ». Y aurait-il donc des « secrets de fabrication » de l’Europe, qui plus est, réservés à une élite ? Aveu oh combien révélateur, qui explique sans doute l’indifférence de plus en plus ouvertement affichée d’une majorité de l’opinion publique à l’égard de la construction européenne ! Voici donc ce défi, que l’on pouvait considérer comme la dernière grande utopie de la fin du Xxème siècle, réduit à des secrets de fabrication, laissant supposer un part de mystérieux, d’inintelligible et d’impénétrable dans cette aventure, à ne surtout pas mettre dans toutes les mains. Il y a vingt ans, l’historien Jean-Baptiste Duroselle avait bien senti la dérive, constatant en conclusion de sa remarquable synthèse L’Europe, histoire de ses peuples, ouvrage paru chez Perrin : « Ce que l’on peut reprocher à l’Europe actuelle est que, attirant de remarquables élites intellectuelles, sociales et politiques, elle n’a jamais suscité la passion des peuples ».

Le jour, où je lisais l’annonce, je rencontrais à Palladuc, Thérèse Debatisse, – la veuve de Michel Debatisse, figure marquante du syndicalisme agricole de la deuxième moitié du Xxème siècle -, qui m’expliquait l’engagement européen profond de son mari qui a été parlementaire européen et d’elle-même. Un engagement toujours aussi inébranlable pour Thérèse Debatisse, depuis 70 ans, lorsque la ferme de ses parents à Bailleul dans le Nord était en partie occupée par les Allemands, et que son père lui avait dit : « Un jour, il faudra faire la paix et construire l’Europe, alors ce soldat, il faudra le regarder différemment ».

Au fond, le véritable fondement de l’Europe n’est-il dans ce propos du père de Thérèse Debatisse, plutôt que dans les stupéfiants et non moins inquiétants secrets de fabrication…

Le fabuleux destin de Quesnay

C’est un fabuleux destin que nous conte Hélène Vergonjeanne, dans son roman historique consacré à François Quesnay, Un laboureur de Versailles. L’auteure qui vit à Méré dans les Yvelines, là où est né Quesnay, nous montre comment ce fils de laboureur, destiné à cultiver la ferme familiale, deviendra l’un des pères de l’économie politique. A treize ans, il ne sait ni lire ni écrire. Il se rattrapera par la suite. Passionné par les livres, il part comme apprenti graveur à Paris. Puis il étudie la chirurgie et y excelle. A la mort de son épouse et de deux de ses enfants, il décide d’apprendre la médecine pour lutter contre l’ignorance du milieu médical d’alors. Il entre à Versailles au service de la favorite de Louis XV, Madame de Pompadour, et du Roi, qui l’appelle « mon penseur », fréquente les salons, participe à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et devient l’un des pères de l’économie politique. Il est le premier à considérer l’économie en termes de flux. François Quesnay est la figure centrale du mouvement des physiocrates qui considère que la terre est l’unique source de richesses. S’inspirant du modèle agricole anglais, il prône l’innovation et demandent la libre circulation des grains à l’intérieur du Royaume. Mais les mesures de libéralisation que prendra Turgot, lui aussi physiocrate, se solderont par « la guerre des farines ». Certes les physiocrates se trompent en assurant que la richesse de l’État ne peut provenir que de l’agriculture, au moment où émergent les prémices de la révolution industrielle. Mais la lecture d’Un Laboureur à Versailles nous amène à penser qu’avec l’actuelle financiarisation d’une économie de plus en plus virtuelle, il est peut-être temps de revenir à des bases plus concrètes. Voltaire qualifiait les physiocrates de « secte d’illuminés », ne pourrait-on renvoyer le compliment à certains acteurs économiques, qui, comme l’a montré la crise des subprimes, ont créé des outils tellement complexes qu’ils sont incapables de les comprendre et de les maîtriser.

Un laboureur à Versailles, Hélène Vergonjeanne, L’Harmattan, 298 pages, 28,50 €.

Éloge de la biodiversité

Vingt-ans après la « Grande Moisson », l’agriculture a de nouveau squatté les Champs-Elysées, avec « Nature Capitale ». Mais que de différences entre ces deux initiatives ! Au jaune uniforme du blé, moissonné par de rutilantes moissonneuses batteuses, symbole d’un productivisme de hautes technologies, avait succédé toute une palette de verts provenant de 150 espèces végétales… comme un éloge de la biodiversité et de la nature.

Mais la biodiversité en agriculture, c’est beaucoup plus compliqué que veulent bien nous le dire les initiateurs de « Nature Capitale ». Car l’histoire de l’agriculture, c’est presque celle de la lutte contre la diversité. La vocation de l’agriculture ne consiste-elle pas en effet à favoriser quelques variétés dominantes en limitant les autres organismes vivants qui peuvent concurrencer la plante pour son accès à l’eau, à la lumière et à la nourriture du sol. Et puis, au fil des siècles, l’agriculture a été un redoutable facteur d’uniformité. Au moment de la Révolution néolithique, nos lointains ancêtres connaissaient l’usage de 5 000 plantes alimentaires. Aujourd’hui sur 150 espèces végétales inscrites au registre du commerce international, une quinzaine ont une réelle importance. La biodiversité, c’est sans doute l’enjeu majeur des prochaines décennies, plus important que le réchauffement climatique, du moins pour l’agriculture. Mais cela signifie de revoir nos schémas de pensée en refusant la simplification à l’extrême de nos manières de produire et en apprenant à gérer la complexité des écosystèmes. Et puis, la biodiversité, ce sont aussi les hommes et cette grande diversité de paysans, de par le monde et dans l’Hexagone, pas toujours respectueux les uns pour les autres. Récemment, j’entendais un voisin, céréalier ayant d’importantes responsabilités, affirmer qu’on devrait réserver les primes européennes aux producteurs du Nord de la Loire. En matière de biodiversité, il reste bien du chemin à faire !

La solidarité européenne en berne

Un accord vient enfin d’être conclu entre l’Union européenne, le FMI et la Grèce, afin de sauver celle-ci d’une possible faillite. Mais il a fallu des semaines de tergiversations, à cause notamment de l’attitude de la chancelière allemande, confrontée à une opinion publique largement opposée à une aide aux Grecs, à l’approche d’une élection régionale difficile. Et pourtant la Grèce est la destination privilégiée des touristes allemands !

Ajoutons encore une Belgique où la guerre entre Flamands et Wallons pourrait bien se conclure par la disparition du Royaume, une Italie au sein de laquelle les partisans de la Ligue du Nord peu propices à aider une Italie du Sud moins riche sortent grands vainqueurs du dernier scrutin, et des scores des partis d’extrême droite importants aux Pays-Bas et en France… bref, la solidarité n’est plus vraiment une valeur en hausse parmi les pays fondateurs de l’Europe.

Et pourtant, le socle sur lequel s’est fondée l’Europe était la paix et la solidarité entre des nations qui s’étaient combattues pendant des siècles. « Plus jamais ça ! », se sont dits les Schuman, de Gaspari, Adenauer… Et lors des réunions préparatoires, le belge Paul Henry Spaak, chargé de présider la négociation, avait interdit aux ministres des Finances de participer aux discussions. « Non, leur avait-il dit, restez en dehors de ces discussions, parce que si vous intégrez la négociation, tout va casser ! ». Cela a donné une construction politique unique en son genre, un exemple pour les autres continents. « Le commencement de l’Europe, c’était une vue politique, mais c’était plus encore une vue morale », notait Jean Monnet dans ses Mémoires.

Depuis, on sait le poids pris dans l’Union européenne par les préoccupations financières. Les temps ont bien changé. Et la mondialisation a imposé à l’Europe d’autres valeurs moins solidaires. On aurait dû commencer par l’Europe de la culture, semblait dire Jean Monnet, à la fin de sa vie.

Bonjour, bonjour les hirondelles…

Messagères du printemps après un si long et rude hiver, les hirondelles sont de retour. De quoi mettre du baume au cœur des hommes tant nous partageons avec elles une très vieille histoire ! L’hirondelle a cohabité avec l’homme des cavernes, puis a suivi le paysan pour nicher dans les granges. Précieux auxiliaire du paysan, se nourrissant d’insectes volants, l’hirondelle est aussi un indicateur de la qualité de notre environnement et du temps qu’il va faire. « Hirondelle volant haut, le temps sera beau, hirondelle volant bas, bientôt il pleuvra », prédit le dicton. Et comment ne pas s’émerveiller de son élégance, de ce « corps top model habillé de vent » que chantait Claude Nougaro, de sa fidélité avec ce retour chaque année au même nid, de son courage (1 100 allers et retours pour construire le nid), de son sens de la famille (200 navettes quotidiennes pour procurer de la nourriture à sa progéniture) ? Et puis cette migration parfois périlleuse, chaque automne, pour se refaire une santé entre Sahara et Sahel. Migrations qu’on ne découvrira qu’à la fin du XVIIIème siècle. Jusqu’alors les hommes pensaient que les hirondelles hibernaient sous l’eau, enfouies dans la vase. Et puis comment ne pas s’enthousiasmer de cette solidarité, dont témoigne l’entomologiste Jean Henri Fabre, lorsqu’une hirondelle enlacée dans quelques fils, appela au secours ses congénères qui la délivrèrent tout en concluant cette belle action par de chaleureux gazouillements ?

Nos sociétés humaines ont beaucoup à apprendre de la société des hirondelles. Récemment le médiateur de la République déplorait une société française « fatiguée psychiquement », où le « chacun pour soi » l’emportait sur « les espérances collectives ». Tableau sombre que confirmait l’important taux d’abstention lors des Régionales. « Bonjour, bonjour les hirondelles, y a d’la joie », chantait Charles Trénet… Peut-être juste un peu de baume au cœur ! C’est déjà pas mal.

Le lait, baromètre de l’agriculture

Samedi, Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture, était l’invité du Journal inattendu de RTL. Il a raconté qu’au moment de sa nomination, il a vu quelques-uns de ses prédécesseurs qui, tous, lui ont dit : « Le lait, c’est l’indicateur de santé du monde agricole ; quand le lait va mal, alerte rouge, cela veut dire qu’il y a de fortes raisons que cela aille mal ailleurs ». Comme Renault qui, dans les années soixante, était le baromètre de l’économie et du social.

Le ministre est servi. La conjoncture ne s’améliore pas. Un producteur, lors de la même émission, exprimait le mal-être de toute une profession, craignant le chômage ou pire le suicide.

Le lait a toujours eu une place particulière dans l’agriculture, il représentait un salaire pour beaucoup de petits producteurs. Il a été prémonitoire de toutes les évolutions de l’agriculture. Au début des années 60, le rendement ne dépassait pas les 2 000 litres par lactation, dix ans plus tard, l’on parlait de fleuves de lait et de montagnes de beurre. Il a été le premier secteur à tenter de maîtriser la surproduction avec le prélèvement coresponsabilité puis les quotas. Il a vu au cours des dernières décennies le nombre de producteurs diminué considérablement passant de 240 000 en 1985 à 88 000 en 2005. Et c’est loin d’être terminée, si l’on en croit l’Institut de l’Élevage qui prévoit entre 20 000 et 30 000 producteurs en 2037 dont 8 000 exploitations dans les zones de montagne avec un quota moyen de 300 000 litres et 22 000 dans les zones de plaine avec un quota de 900 000 litres.

Certes les prévisionnistes ont l’art de se tromper (dans un sens comme dans un autre !). Mais si la crise perdure, ils pourraient être au-dessous de la réalité. De toute évidence, c’est une véritable industrialisation du secteur qui s’amorce, avec la fin de ces exploitations moyennes, qui étaient la cible des politiques agricoles depuis les années 60. Une évolution majeure !

Commémorations et mémoire

La France (et les Français) adorent les commémorations. Après avoir rendu hommage à Albert Camus mort accidentellement, il y a 50 ans, cette année 2010 va nous voir fêter le millième anniversaire de la naissance de l’abbaye de Cluny, le 500ème anniversaire de la naissance de Bernard de Palissy, le 450ème anniversaire de la mort de Joachim Du Bellay et de la naissance de Sully, le 400ème anniversaire de l’assassinat d’Henri IV, le bicentenaire de la création de l’École des Ponts-et-Chaussées et de la naissance de Chopin, le 50ème anniversaire de la création des Parcs nationaux, de l’URSSAF et du PSU… pour ne citer que quelques événements parmi beaucoup d’autres. Après tout, pourquoi pas ! Ces événements appartiennent à notre histoire collective.

Pourtant, dans le même temps, on laisse tomber des pans de notre patrimoine. Ainsi cet exemple récent : celui de Développement et Civilisation Lebret-Irfed, nom actuel de l’IRFED (Institut de Recherche et de Formation au Développement) créé à la fin des années cinquante par le Père Lebret, un dominicain économiste, spécialiste du tiers monde. Le Centre Lebret-Irfed doit, pour cause de déménagement, se séparer d’une grande partie de sa documentation, soixante ans de documents sur l’évolution de l’agriculture et des campagnes dans le monde. Sa directrice, Isabelle Duquesne, a proposé ces archives à différents organismes et à des écoles supérieures d’agriculture. Refus de la plupart d’entre eux. Cela n’intéresse pas grand monde ! Il y a quelques années, la direction d’Europe 1 avait décidé de détruire les 4 000 enregistrements de la fameuse émission Bonjour Monsieur le Maire de Pierre Bonte, alors que ce formidable patrimoine sonore d’ethnologie rurale témoignant d’une période charnière de l’histoire de nos campagnes intéressait beaucoup la Phonothèque nationale. Curieuse société qui aime commémorer mais ne rechigne pas à détruire certains pans entiers de notre mémoire collective !

Moins d’égoïsme pour 2010 !

Sans doute les experts ont-ils péché par excès d’optimisme à la veille de la négociation de Copenhague sur le réchauffement climatique ? L’échec n’en a été que plus flagrant. Ils auraient dû méditer la manière dont la gouvernance mondiale a été incapable de résoudre, au cours des cinq dernières décennies, le scandale de la faim dans le monde, malgré les appels incessants de bien des autorités. Dans les années 1950, Josué de Castro dans Géopolitique de la Faim tirait la sonnette d’alarme en déclarant qu’un être humain sur trois ne mange pas à sa faim. En 1962, René Dumont publiait L’Afrique noire est mal partie. En 1969, le pape Paul VI prônait dans l’encyclique Populorum Progressio un meilleur partage des richesses entre le Nord et le Sud. En 1974, Henry Kissinger, chef de la diplomatie américaine, déclarait : « En 1984, aucun homme, femme ou enfant dans le monde ne s’endormira en ayant faim ». En l’an 2000, dans le cadre des Objectifs du Millénaire, les autorités onusiennes prévoyaient de diminuer de moitié la population souffrant de faim d’ici 2015.

L’objectif ne semblait pas démesuré d’autant qu’un rapport des Nations Unies estimait la dépense à 40 milliards de dollars par an (soit 10 % des dépenses de publicité ou l’équivalent de la consommation de cigarettes en Europe) pour non seulement éradiquer la faim, mais aussi permettre l’accès de tous à l’eau potable, assurer un logement décent et combattre les grandes épidémies… On connaît la suite. Aujourd’hui, c’est plus d’un milliard de personnes qui ne mangent pas à leur faim. Et au Sommet de la FAO, en 2009, aucun chef d’État (à l’exception de Berlusconi mais c’était à Rome et de Kadhafi !) n’a daigné se déplacer. Alors, à l’aune dont on a abordé le problème de la faim, la banquise pourrait bien disparaître et notre climat se réchauffer considérablement, avant que les chefs d’États ne daignent se mettre d’accord. Il ne nous reste plus qu’à leur souhaiter moins d’égoïsme pour 2010…

Nouvelles solidarités

Le temps de l’Avent est souvent celui de la solidarité. En ces temps de crise, celle-ci est plus que jamais d’actualité. Au cours des six premiers mois de 2009, le Secours catholique a enregistré autant de demandes d’assistance que pendant toute l’année 2008. Il y a quelques semaines, à l’occasion des 60 ans d’Emmaüs, une responsable du logement social déclarait que la situation était pire qu’en 1954, lorsque l’abbé Pierre avait lancé son premier appel, tandis que le président d’Emmaüs International, Jean Rousseau faisait ce constat : « Tout a changé, rien n’a changé ».

Certes, en quelques décennies, le contexte est bien différent, mais les problèmes demeurent (mal-logement, sans abri, émiettement du corps social…) et de nouvelles solidarités émergent : entreprises d’insertion, commerce équitable, réseaux d’échange de savoirs, responsabilité sociale des entreprises, économie solidaire… C’est justement sur ce thème des nouvelles solidarités (annonciatrices d’un projet de société qui rassemble plutôt qu’il n’écrème ?) qu’ont planché récemment les 3 000 participants des Semaines Sociales de France, une organisation de chrétiens sociaux plus que centenaire, autour d’experts, d’acteurs sociaux et de politiques, mais aussi des femmes en situation vulnérable, membres d’ATD Quart Monde.

L’une de ces femmes dénonçait : « le regard des autres qui jugent » ; une autre ajoutait que « Pour être aidé, on est obligé de raconter notre vie tout le temps ». Pour le P. Étienne Grieu, jésuite, « Réinventer le vivre ensemble signifie s’engager sans conditions préalables, car, dit-il, on a tous une dette, notamment ceux qui ont beaucoup reçu, d’autant que les pauvres ont aussi quelque chose à donner ». Ce que formulait d’une autre manière le philosophe Emmanuel Levinas : « Je suis responsable d’autrui, sans attendre la réciproque, dût-il m’en coûter la vie. La réciproque, c’est son affaire ».

Désillusions européennes

Tony Blair ne sera pas peut-être pas le futur président de l’Europe, mais d’ores et déjà il a gagné idéologiquement. Lorsqu’il était premier ministre, il déplorait qu’une vache reçoive 14 fois plus de subventions européennes qu’un chercheur. Dans un document récent, la Commission dévoile sa réflexion budgétaire pour l’après 2013, et rejoint les thèses de Tony Blair : priorité aux « politiques à haute valeur ajoutée » au détriment de l’agriculture, dont la part dans le budget aura été réduite de 61 à 32 % entre 1988 et 2013.

Pilier de la construction européenne, pendant des décennies, l’agriculture est désormais ramenée à hauteur de sa contribution à l’économie européenne, négligeant cet aspect que « l’agriculture est plus que l’agriculture », comme l’écrit Edgard Pisani dans Le Vieil Homme et la Terre.

Au début des années 1960, l’Europe, alors déficitaire, offrait de vastes perspectives à ses agriculteurs qui furent les premiers et, à ce jour, demeurent les seuls à accepter que leurs revenus soient décidés à Bruxelles. Mais la lune de miel entre les agriculteurs et l’Europe sera de courte durée. Dès la fin des années 1960, excédents et désordres monétaires grippent la machine. Suivront la mise en place des quotas laitiers en 1984, et la réforme de la PAC sur fond de négociations commerciales en 1992.

Désorientés, les agriculteurs, d’abord promoteurs enthousiastes de la construction européenne, se montreront parmi les plus réticents tant à l’égard du traité de Maastricht en 1992 que du traité constitutionnel en 2005. Aujourd’hui bien des chefs de gouvernement européens, prêts à sacrifier l’agriculture à l’autel d’un libéralisme débridé, le leur rendent bien. Alors l’alternative à cette dérive libérale serait une renationalisation même partielle de la PAC. Au-delà du démantèlement de la seule politique véritablement intégrée, cela signifierait l’échec flagrant d’une Europe, qui semble renier ses origines.

Jaurès, le paysan

Marx voyait le paysan comme un rempart de l’ancienne société. Quant aux paysans, ils considéraient les partis socialistes comme des sectes de « partageux ». Opposition frontale qui fait que si les idées socialistes se sont rapidement répandues dans les ateliers et les usines, elles n’ont jamais vraiment conquis le monde paysan. D’ailleurs peu de dirigeants socialistes s’intéresseront à la paysannerie. A l’exception notable de Jean Jaurès, fils de bourgeois appauvris, mais qui a passé une grande partie de sa jeunesse dans la petite ferme de six hectares exploitée par son père. Il y découvre la précarité des conditions d’existence à la campagne. Ce qui marquera sa façon d’appréhender les grands problèmes.

L’historien Rémi Pech, dans son livre Jaurès paysan, publié chez Privat, à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Jean Jaurès, se démarque des nombreuses biographies qui, pour la plupart, occultent sa filiation au monde paysan. Pourtant Jaurès revendiquait cet héritage. Un jour, alors qu’il venait donner une conférence sur Tolstoï à Toulouse, Vincent Auriol lui faisait remarquer qu’il portait un veston usager qu’on peut porter à la campagne, mais pas à la ville. Jaurès lui répondait : « Mais, Auriol, je suis un paysan. Un paysan cultivé. » Au Parlement, Jaurès, élu d’une circonscription (Carmaux dans le Tarn) composée de paysans et d’ouvriers, interviendra fréquemment dans les débats agricoles. Face aux partisans de Jules Guesde qui souhaitaient l’appropriation collective des terres, Jaurès faisait la différence entre la grande propriété, forme de capital, et la petite propriété, forme de travail et défendait les coopératives. A l’heure où la crise frappe durement les campagnes françaises, il n’est pas inutile de lire certains textes de Jaurès en annexe du livre de Rémi Pech. Son souci de transformer les campagnes sans les détruire pour maintenir un équilibre vital dans la société n’est-il d’actualité ?

Demain, la pénurie de lait ?

Après le choc des quotas au milieu des années 80, le paysage laitier français pourrait bien être encore plus bouleversé dès la fin de cette année. En effet le programme de maîtrise des pollutions d’origine agricole arrive en fin de processus le 31 décembre prochain. A cette date, les éleveurs devront avoir réalisé et réceptionné tous les travaux de mise aux normes de leurs installations d’élevage concernant la maîtrise des effluents, le stockage et l’épandage.

Si louables soient les objectifs au départ, – il s’agit de limiter les pollutions de l’eau générées par les activités d’élevage -, ce processus risque bien de générer des effets contraires aux prétentions affichées. Car ces mesures vont inéluctablement entraîner une industrialisation du secteur et une concentration de la production dans certaines exploitations et régions. Processus déjà bien entamé, me dira-t-on, car il est bien loin le temps où l’on produisait de tout partout.

Dans ma région, le sud de l’Aisne, c’est entre le quart et le tiers du cheptel laitier qui va disparaître. Dans le canton de Neuilly-Saint-Front ne subsistera qu’une seule exploitation laitière. La coopérative locale se pose la question de la pérennité de son outil de production et prospecte en Belgique. Dans bien des régions, ce sera donc moins de richesses créées, moins d’emplois. Il faudra faire venir le lait d’ailleurs, voire de l’étranger, avec tous les effets négatifs en terme d’environnement. Qui plus est, ce sont souvent les exploitations les plus soucieuses de l’environnement qui vont disparaître.

Quant à ceux qui ont investi dans la mise aux normes, ils s’inquiètent à juste titre, avec un prix du lait si misérable qu’il ne permet pas de faire face aux investissements. A moins que, dès l’an prochain, les cours ne s’enflamment du fait de la pénurie !

Métiers de la terre, métiers à la mode

Cette période estivale est l’occasion pour bien des jeunes citadins de s’émerveiller des charmes de la campagne et, peut-être, de se découvrir une vocation pour ces métiers de la terre. Car, au cours des prochaines années, le risque de pénurie de main d’œuvre pourrait bien poser de sérieux problèmes à la filière agricole. L’agriculture qui a longtemps vécu en milieu clos, ne recrutant qu’en son sein, doit donc désormais se tourner vers l’extérieur. Après deux siècles d’exode rural, c’est une vraie révolution ! D’autant que la tâche n’est pas aisée car la profession pâtit d’une image de marque très défavorable tant pour les agriculteurs que pour les salariés des exploitations : faibles revenus, pénibilité des tâches… C’est pourtant oublier que ces métiers, qui demandent désormais de grandes compétences, ont bien changé. Plus rien à voir avec les pousse-brouettes d’antan !

La profession a pris conscience de l’enjeu. Lors du dernier salon de l’Agriculture, la FNSEA a lancé une campagne publicitaire « fun et branchée » avec vache râpeuse et mouton punk affichés sur les abribus parisiens et dans le métro, pour attirer les jeunes citadins. Pour autant ce n’est pas une campagne, – si décalée et imaginative soit-elle -, qui renversera la tendance. La pente est longue à remonter tant, pendant des décennies, le milieu agricole a donné une image si pleurnicharde et si peu attrayante de lui-même. Souvenons-nous du sketch de Fernand Raynaud : « ça eut payé » !

C’est en parlant positivement de leurs métiers, en développant toutes les formes de partenariat avec la société, en s’ouvrant sur le monde extérieur que le monde agricole inversera la tendance. Et la saison estivale est le moment propice pour mettre en avant les atouts des métiers de la terre et dire combien l’agriculture peut être demain un gisement d’emplois, en phase avec certaines des valeurs dominantes de notre époque.

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