Une adhésion périlleuse

Alors que Volodymyr Zelensky exhorte l’Union européenne à fixer une date pour l’adhésion de l’Ukraine, l’issue des élections législatives le 12 avril en Hongrie (Le gouvernement Orban a mis son véto) pourrait accélérer ou non le processus qui s’annonce long, complexe, voire périlleux, notamment vu sous l’aspect agricole. « L’Ukraine est-elle un atout pour renforcer les capacités agricoles de l’UE ou un facteur de vulnérabilité avec le risque d’une « désagricolisation » de certains Etats-Membres ? », s’interrogeaient les participants d’un récent colloque de l’Académie d’agriculture (1). En effet l’agriculture ukrainienne est l’une des plus compétitives au monde grâce à la fertilité de ses terres noires et avec des structures qui n’ont rien à voir avec les exploitations de l’UE. Certes l’Ukraine compte environ 5 millions d’exploitations, mais si l’on retire les très petites exploitations (moins d’un hectare), la superficie moyenne est de 460 hectares. Et surtout les quelques 184 agro-holdings dont beaucoup dépassent les 100 000 hectares, représentent en 2024 28% de la surface agricole.

Ces conglomérats, mêlant oligarques et fonds souverains internationaux, jouent un rôle clé dans les exportations agricoles ukrainiennes (50 % de la production). La plus importante Kernel, leader mondial dans la production de tournesol, exploite 582 000 hectares. De quoi inquiéter certaines filières européennes, notamment l’organisation sucrière française. Participant au colloque, Thimoté Masson, économiste à la CGB (2), a mis l’accent sur ces disparités structurelles : les 23 000 exploitations françaises (cultivant en moyenne 17 ha de betteraves) face aux 15 agro-holdings ukrainiennes qui produisent du sucre. Sa conclusion : « On ne peut pas objectivement être sur le même marché ».

Si l’adhésion de l’Ukraine s’impose comme une urgence géopolitique, le cadre à mettre en place (peut-être une intégration différenciée ?) s’annonce ô combien périlleux…

1/ L’élargissement de l’UE à l’Ukraine, un défi collectif – Académie d’agriculture séance du 18 mars 2026. 2/ Confédération générale des betteraviers