Il est rare que des acteurs de la vie politique, sociale et économique osent un regard critique sur l’action publique des trois dernières décennies, auxquelles ils ont été plus ou moins associés. C’est le cas de l’économiste social-démocrate, Jean Pisani-Ferry, 74 ans, et de l’homme politique centriste, Jean-Louis Bourlanges, 79 ans, qui ont dressé à deux jours d’intervalle (et sans se concerter), un constat sévère dans deux discours que le journal Le Monde (20 septembre) a publiés. Jean Pisani-Ferry, avocat de l’économie ouverte, de l’intégration européenne et de la transition écologique, y constate la régression sur ces trois chantiers d’ampleur (d’ailleurs au cœur de la question agricole), que sont le climat, « devenu un gros mot », l’échec de l’Europe comme puissance géopolitique et une mondialisation dont on n’a pas anticipé l’ampleur du choc qu’elle allait induire dans les pays avancés. « La question de l’équité doit être centrale », souligne Jean Pisani-Ferry qui explique cette situation par un manque de courage politique, soulignant aussi la responsabilité des économistes qui ont sous-estimé les conséquences sociales et territoriales de nos choix collectifs.
Même son de cloche de la part de Jean-Louis Bourlanges, ancien président de la commission affaires étrangères de l’Assemblée nationale : « Quand je regarde ce qui n’a pas marché au cours des trente dernières années, je vois au fond des choses une crise de toutes les solidarités…Nous avons laissé creuser toutes les fractures : territoriales, générationnelles, écologiques et de genre. Nous n’avons su ni réunir, ni transmettre, ni investir ». Il considère que les hommes et les femmes de son temps, celui de la fin de la guerre froide et du multilatéralisme, n’ont pas été à la hauteur de l’héritage des reconstructeurs de la France après la Seconde guerre mondiale. Et l’ancien député d’en appeler à la génération de ses petits-enfants à prendre exemple sur la génération qui a précédé la sienne, et de faire mieux, de voir plus loin, de penser plus juste, et d’être plus forts. A bon entendeur !
Commentaires récents