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Une histoire mondiale de l’agriculture. Volume 1 – publication le 1er mars 2018

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Moins d’égoïsme pour 2010 !

Sans doute les experts ont-ils péché par excès d’optimisme à la veille de la négociation de Copenhague sur le réchauffement climatique ? L’échec n’en a été que plus flagrant. Ils auraient dû méditer la manière dont la gouvernance mondiale a été incapable de résoudre, au cours des cinq dernières décennies, le scandale de la faim dans le monde, malgré les appels incessants de bien des autorités. Dans les années 1950, Josué de Castro dans Géopolitique de la Faim tirait la sonnette d’alarme en déclarant qu’un être humain sur trois ne mange pas à sa faim. En 1962, René Dumont publiait L’Afrique noire est mal partie. En 1969, le pape Paul VI prônait dans l’encyclique Populorum Progressio un meilleur partage des richesses entre le Nord et le Sud. En 1974, Henry Kissinger, chef de la diplomatie américaine, déclarait : « En 1984, aucun homme, femme ou enfant dans le monde ne s’endormira en ayant faim ». En l’an 2000, dans le cadre des Objectifs du Millénaire, les autorités onusiennes prévoyaient de diminuer de moitié la population souffrant de faim d’ici 2015.

L’objectif ne semblait pas démesuré d’autant qu’un rapport des Nations Unies estimait la dépense à 40 milliards de dollars par an (soit 10 % des dépenses de publicité ou l’équivalent de la consommation de cigarettes en Europe) pour non seulement éradiquer la faim, mais aussi permettre l’accès de tous à l’eau potable, assurer un logement décent et combattre les grandes épidémies… On connaît la suite. Aujourd’hui, c’est plus d’un milliard de personnes qui ne mangent pas à leur faim. Et au Sommet de la FAO, en 2009, aucun chef d’État (à l’exception de Berlusconi mais c’était à Rome et de Kadhafi !) n’a daigné se déplacer. Alors, à l’aune dont on a abordé le problème de la faim, la banquise pourrait bien disparaître et notre climat se réchauffer considérablement, avant que les chefs d’États ne daignent se mettre d’accord. Il ne nous reste plus qu’à leur souhaiter moins d’égoïsme pour 2010…

Nouvelles solidarités

Le temps de l’Avent est souvent celui de la solidarité. En ces temps de crise, celle-ci est plus que jamais d’actualité. Au cours des six premiers mois de 2009, le Secours catholique a enregistré autant de demandes d’assistance que pendant toute l’année 2008. Il y a quelques semaines, à l’occasion des 60 ans d’Emmaüs, une responsable du logement social déclarait que la situation était pire qu’en 1954, lorsque l’abbé Pierre avait lancé son premier appel, tandis que le président d’Emmaüs International, Jean Rousseau faisait ce constat : « Tout a changé, rien n’a changé ».

Certes, en quelques décennies, le contexte est bien différent, mais les problèmes demeurent (mal-logement, sans abri, émiettement du corps social…) et de nouvelles solidarités émergent : entreprises d’insertion, commerce équitable, réseaux d’échange de savoirs, responsabilité sociale des entreprises, économie solidaire… C’est justement sur ce thème des nouvelles solidarités (annonciatrices d’un projet de société qui rassemble plutôt qu’il n’écrème ?) qu’ont planché récemment les 3 000 participants des Semaines Sociales de France, une organisation de chrétiens sociaux plus que centenaire, autour d’experts, d’acteurs sociaux et de politiques, mais aussi des femmes en situation vulnérable, membres d’ATD Quart Monde.

L’une de ces femmes dénonçait : « le regard des autres qui jugent » ; une autre ajoutait que « Pour être aidé, on est obligé de raconter notre vie tout le temps ». Pour le P. Étienne Grieu, jésuite, « Réinventer le vivre ensemble signifie s’engager sans conditions préalables, car, dit-il, on a tous une dette, notamment ceux qui ont beaucoup reçu, d’autant que les pauvres ont aussi quelque chose à donner ». Ce que formulait d’une autre manière le philosophe Emmanuel Levinas : « Je suis responsable d’autrui, sans attendre la réciproque, dût-il m’en coûter la vie. La réciproque, c’est son affaire ».

Désillusions européennes

Tony Blair ne sera pas peut-être pas le futur président de l’Europe, mais d’ores et déjà il a gagné idéologiquement. Lorsqu’il était premier ministre, il déplorait qu’une vache reçoive 14 fois plus de subventions européennes qu’un chercheur. Dans un document récent, la Commission dévoile sa réflexion budgétaire pour l’après 2013, et rejoint les thèses de Tony Blair : priorité aux « politiques à haute valeur ajoutée » au détriment de l’agriculture, dont la part dans le budget aura été réduite de 61 à 32 % entre 1988 et 2013.

Pilier de la construction européenne, pendant des décennies, l’agriculture est désormais ramenée à hauteur de sa contribution à l’économie européenne, négligeant cet aspect que « l’agriculture est plus que l’agriculture », comme l’écrit Edgard Pisani dans Le Vieil Homme et la Terre.

Au début des années 1960, l’Europe, alors déficitaire, offrait de vastes perspectives à ses agriculteurs qui furent les premiers et, à ce jour, demeurent les seuls à accepter que leurs revenus soient décidés à Bruxelles. Mais la lune de miel entre les agriculteurs et l’Europe sera de courte durée. Dès la fin des années 1960, excédents et désordres monétaires grippent la machine. Suivront la mise en place des quotas laitiers en 1984, et la réforme de la PAC sur fond de négociations commerciales en 1992.

Désorientés, les agriculteurs, d’abord promoteurs enthousiastes de la construction européenne, se montreront parmi les plus réticents tant à l’égard du traité de Maastricht en 1992 que du traité constitutionnel en 2005. Aujourd’hui bien des chefs de gouvernement européens, prêts à sacrifier l’agriculture à l’autel d’un libéralisme débridé, le leur rendent bien. Alors l’alternative à cette dérive libérale serait une renationalisation même partielle de la PAC. Au-delà du démantèlement de la seule politique véritablement intégrée, cela signifierait l’échec flagrant d’une Europe, qui semble renier ses origines.

Jaurès, le paysan

Marx voyait le paysan comme un rempart de l’ancienne société. Quant aux paysans, ils considéraient les partis socialistes comme des sectes de « partageux ». Opposition frontale qui fait que si les idées socialistes se sont rapidement répandues dans les ateliers et les usines, elles n’ont jamais vraiment conquis le monde paysan. D’ailleurs peu de dirigeants socialistes s’intéresseront à la paysannerie. A l’exception notable de Jean Jaurès, fils de bourgeois appauvris, mais qui a passé une grande partie de sa jeunesse dans la petite ferme de six hectares exploitée par son père. Il y découvre la précarité des conditions d’existence à la campagne. Ce qui marquera sa façon d’appréhender les grands problèmes.

L’historien Rémi Pech, dans son livre Jaurès paysan, publié chez Privat, à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de Jean Jaurès, se démarque des nombreuses biographies qui, pour la plupart, occultent sa filiation au monde paysan. Pourtant Jaurès revendiquait cet héritage. Un jour, alors qu’il venait donner une conférence sur Tolstoï à Toulouse, Vincent Auriol lui faisait remarquer qu’il portait un veston usager qu’on peut porter à la campagne, mais pas à la ville. Jaurès lui répondait : « Mais, Auriol, je suis un paysan. Un paysan cultivé. » Au Parlement, Jaurès, élu d’une circonscription (Carmaux dans le Tarn) composée de paysans et d’ouvriers, interviendra fréquemment dans les débats agricoles. Face aux partisans de Jules Guesde qui souhaitaient l’appropriation collective des terres, Jaurès faisait la différence entre la grande propriété, forme de capital, et la petite propriété, forme de travail et défendait les coopératives. A l’heure où la crise frappe durement les campagnes françaises, il n’est pas inutile de lire certains textes de Jaurès en annexe du livre de Rémi Pech. Son souci de transformer les campagnes sans les détruire pour maintenir un équilibre vital dans la société n’est-il d’actualité ?

Demain, la pénurie de lait ?

Après le choc des quotas au milieu des années 80, le paysage laitier français pourrait bien être encore plus bouleversé dès la fin de cette année. En effet le programme de maîtrise des pollutions d’origine agricole arrive en fin de processus le 31 décembre prochain. A cette date, les éleveurs devront avoir réalisé et réceptionné tous les travaux de mise aux normes de leurs installations d’élevage concernant la maîtrise des effluents, le stockage et l’épandage.

Si louables soient les objectifs au départ, – il s’agit de limiter les pollutions de l’eau générées par les activités d’élevage -, ce processus risque bien de générer des effets contraires aux prétentions affichées. Car ces mesures vont inéluctablement entraîner une industrialisation du secteur et une concentration de la production dans certaines exploitations et régions. Processus déjà bien entamé, me dira-t-on, car il est bien loin le temps où l’on produisait de tout partout.

Dans ma région, le sud de l’Aisne, c’est entre le quart et le tiers du cheptel laitier qui va disparaître. Dans le canton de Neuilly-Saint-Front ne subsistera qu’une seule exploitation laitière. La coopérative locale se pose la question de la pérennité de son outil de production et prospecte en Belgique. Dans bien des régions, ce sera donc moins de richesses créées, moins d’emplois. Il faudra faire venir le lait d’ailleurs, voire de l’étranger, avec tous les effets négatifs en terme d’environnement. Qui plus est, ce sont souvent les exploitations les plus soucieuses de l’environnement qui vont disparaître.

Quant à ceux qui ont investi dans la mise aux normes, ils s’inquiètent à juste titre, avec un prix du lait si misérable qu’il ne permet pas de faire face aux investissements. A moins que, dès l’an prochain, les cours ne s’enflamment du fait de la pénurie !

Métiers de la terre, métiers à la mode

Cette période estivale est l’occasion pour bien des jeunes citadins de s’émerveiller des charmes de la campagne et, peut-être, de se découvrir une vocation pour ces métiers de la terre. Car, au cours des prochaines années, le risque de pénurie de main d’œuvre pourrait bien poser de sérieux problèmes à la filière agricole. L’agriculture qui a longtemps vécu en milieu clos, ne recrutant qu’en son sein, doit donc désormais se tourner vers l’extérieur. Après deux siècles d’exode rural, c’est une vraie révolution ! D’autant que la tâche n’est pas aisée car la profession pâtit d’une image de marque très défavorable tant pour les agriculteurs que pour les salariés des exploitations : faibles revenus, pénibilité des tâches… C’est pourtant oublier que ces métiers, qui demandent désormais de grandes compétences, ont bien changé. Plus rien à voir avec les pousse-brouettes d’antan !

La profession a pris conscience de l’enjeu. Lors du dernier salon de l’Agriculture, la FNSEA a lancé une campagne publicitaire « fun et branchée » avec vache râpeuse et mouton punk affichés sur les abribus parisiens et dans le métro, pour attirer les jeunes citadins. Pour autant ce n’est pas une campagne, – si décalée et imaginative soit-elle -, qui renversera la tendance. La pente est longue à remonter tant, pendant des décennies, le milieu agricole a donné une image si pleurnicharde et si peu attrayante de lui-même. Souvenons-nous du sketch de Fernand Raynaud : « ça eut payé » !

C’est en parlant positivement de leurs métiers, en développant toutes les formes de partenariat avec la société, en s’ouvrant sur le monde extérieur que le monde agricole inversera la tendance. Et la saison estivale est le moment propice pour mettre en avant les atouts des métiers de la terre et dire combien l’agriculture peut être demain un gisement d’emplois, en phase avec certaines des valeurs dominantes de notre époque.

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