Marc Bloch, un ruraliste au Panthéon

Premier historien à faire son entrée au Panthéon, Marc Bloch, né en 1886, est surtout connu pour son livre L’Etrange défaite, dans lequel il analysait les causes de la débâcle de 1940. Le valeureux combattant de la Première guerre mondiale qui s’était engagé en 1943 dans la Résistance, sera arrêté par la Gestapo, torturé par Barbie à la prison de Montluc, puis fusillé le 16 juin 1944. Mais ce n’est pas seulement le héros des deux guerres qui sera honoré 82 ans plus tard ; c’est aussi l’historien qui a révolutionné sa discipline. En 1929, ce médiéviste avait créé les Annales d’histoire économique et sociale avec son collègue et ami Lucien Febvre. Revue qui fera école. Rompant avec l’histoire événementielle, elle prône l’histoire longue, qui ne se contente pas des aspects politiques, militaires ou diplomatiques, entendant restituer dans leur globalité les sociétés passées, ouvrant l’histoire à d’autres sciences sociales, et l’interrogeant à partir des questionnements du présent.

C’est dans cet esprit que l’auteur des Rois thaumaturges et de La Société féodale lance en 1929 une vaste enquête collective sur les cadastres. Deux ans plus tard, il publie Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, ouvrage pionnier et majeur, qui mêle, du néolithique à la Révolution française, l’étude des techniques agraires, l’observation des différentes formes d’occupation des sols et l’analyse des rapports sociaux. Il avait scruté les différentes formes de paysages agraires : champs ouverts au nord de la Loire, marqué par une forte mentalité collective, bocage dans l’Ouest, avec longtemps la survivance de la propriété nobiliaire, et campagnes méditerranéennes ouvertes mais aux champs irréguliers. Jusqu’en 1943, il publiera de nombreuses études sur l’histoire agraire. A la fin de son livre, il avait souligné combien le passé commande le présent : « Car, écrit-il, il n’est pas un trait de la physionomie rurale de la France d’aujourd’hui dont l’exploitation ne doive pas être recherchée dans une évolution dont les racines plongent dans la nuit des temps. »