Semaine mémorielle pour François Tanguy Prigent, ce paysan du Trégor nommé à la Libération ministre de l’Agriculture par le général de Gaulle, et dont la salle de presse du ministère de l’Agriculture porte désormais son nom. La veille, un colloque à l’initiative du député de Meurthe-et-Moselle et agriculteur, Dominique Potier, était organisé au Palais Bourbon pour commémorer le 80ème anniversaire de la promulgation de loi sur le statut du fermage, voulue par F. Tanguy Prigent, et votée le 13 avril 1946 à la quasi-unanimité. Loi majeure d’émancipation sociale, qui libéra fermiers et métayers subordonnés aux bons vouloirs de propriétaires, le statut du fermage aussi une loi d’émancipation économique qui sécurise les investissements des fermiers avec des baux d’une durée minimale de neuf ans et renouvelables, un encadrement des montants de fermage et un droit de préemption, dont les effets se traduisent aujourd’hui par un coût du foncier beaucoup plus faible que chez la plupart de nos voisins européens. Elle sera complétée par les lois d’orientation de 1960 et 1962, instaurant les SAFER (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural) et le contrôle des cumuls, formant ainsi un « trépied foncier » qui sera à la base de la modernisation de l’agriculture française.
Pour autant, en huit décennies, le contexte a bien changé, générant un décalage entre la loi et un paysage agricole en mutations (règles agri-environnementales ou nouveaux débouchés comme l’énergie, impuissance dans certains cas des Safer et un contrôle des structures parfois inopérant, formes juridiques nouvelles et montages financiers…) Si personne ne remet en cause la fécondité de la loi, des aménagements s’avèrent nécessaires. A défaut d’une nouvelle loi cadre, au consensus aujourd’hui introuvable, Dominique Potier espère que le débat foncier trouvera toute sa place lors de la prochaine campagne présidentielle.