Un séjour de deux semaines à Kinshasa, capitale de la RDC (République Démocratique du Congo), ville bouillonnante de monde, de véhicules, de poussière et de pollution, qui concentre 18 millions d’habitants et s’étend d’est en ouest sur plus de 80 kilomètres, donne une image contrastée de ce très riche pays en ressources minérales (1er producteur mondial de cuivre et de cobalt…), forestières (55 % de la forêt africaine), hydrologiques (grâce au fleuve Congo), agricoles, et qui fait quatre fois la superficie de la France.
L’agriculture, qui occupe 70 % de la population active, a stagné depuis l’indépendance en 1960 de cette ancienne colonie belge, propriété du roi Léopold. Seul 10 % du potentiel de terres arables qui pourrait atteindre 80 millions d’hectares, est exploité. Le pays (3ème producteur mondial de manioc et premier pour la banane plantain), qui est considéré comme le deuxième pays au monde derrière le Brésil pour son potentiel agricole, dépend à hauteur de 80 % de l’étranger pour son approvisionnement alimentaire. La RDC est derrière le Yémen, le pays le plus touché par l’insécurité alimentaire, qui concerne plus de 70 % de la population. A l’origine de ce paradoxe, il y a cette guerre récurrente depuis plus de trois décennies menées par des milices soutenus par le Rwanda, qui a fait plus de victimes que la Seconde guerre mondiale et a occasionné d’importants déplacements de population, mais aussi des infrastructures en particulier routières dégradées, un accès au crédit inexistant, des services sociaux insuffisants, à quoi s’ajoutent une mauvaise gouvernance, la corruption, et désormais l’épidémie d’Ebola.
Une situation que les économistes ont qualifié dans les années 1960 de malédiction des matières premières, en constatant que les pays en développement dotés d’abondantes ressources minérales affichent souvent de moins bonnes performances économiques avec une gouvernance qui repose essentiellement sur l’économie de rente. Certains pays ont pu échapper à cette malédiction, mais pas la RDC.