C’était il y a 50 ans : on suffoquait déjà avec cette sécheresse mémorable par sa durée (neuf mois) doublée de deux épisodes caniculaires. Dès décembre 1975, malgré des vagues de froid intense, le déficit pluviométrique se creuse au fil des mois pour atteindre 60 % au cœur de l’été au nord d’une ligne Bordeaux-Metz. La cause : les anticyclones des Açores et de Sibérie qui font barrage aux précipitations.
Dès le mois de mai le mercure s’envole, avec La Rochelle qui bat un record de chaleur (28°). En juin, il fait 34° à Paris et à Londres. En juillet le thermomètre atteint les 38° à Arcachon. La Loire est quasiment à sec à Tours, et plus de 100 000 hectares de forêts vont brûler durant l’été. Les récoltes sont compromises. Les prix des fruits et des légumes s’enflamment. Le fourrage manque. L’armée et la SNCF sont mobilisées pour transférer des fourrages du Sud (dans les régions méditerranéennes, l’été 1976 est plus humide que d’habitude) vers la moitié Nord de la France. Malgré tout, des éleveurs laitiers sont contraints de faire abattre des vaches. Des prêtres organisent des processions pour implorer le Ciel. En août, le gouvernement décide d’un déblocage de 2,2 milliards de francs, financé par un impôt sécheresse. Une décision qui ne contentera personne : ni les agriculteurs qui considèrent l’aide dérisoire par rapport aux dégâts subis, ni les contribuables qui ont vu leur taux d’imposition croître…
A l’automne, avec le retour des pluies, les experts évoquent la sécheresse du siècle, le précédent épisode datait de 1893. On connaît la suite avec ce nouvel acteur qui entre en jeu : le changement climatique, et cette succession de sécheresses et de canicules, qui n’ont plus rien d’exceptionnelles. Curieusement en juin 1976, s’inspirant d’avis de climatologues et d’un rapport de la CIA, l’hebdomadaire Paris-Match publie une enquête : « La sécheresse ? vers une nouvelle période glaciaire ».