Tandis que le Haut-Commissariat au Plan propose ces jours-ci un regard prospectif (2035 – 2050, comment vivrons-nous en France demain ?), quant aux choix à faire pour préserver l’avenir, l’historien, Pierre Ronsanvallon, penseur érudit de la démocratie, publie La tyrannie du présent (1). Ouvrage dans lequel il analyse cette préférence pour le court-termisme, qui règne aujourd’hui en maître dans la politique, l’économie ainsi que dans nos têtes. « L’individu moderne est caractérisé par sa focalisation sur les enjeux du court-terme », constate l’auteur, alors que la dette, le changement climatique, mais aussi les enjeux éducatifs et de santé imposent de prendre en compte le long terme. D’autant que le débat entre fin du mois et fin du monde ne date pas des gilets jaunes. Il est récurrent, notamment depuis la Révolution française, avec la montée de l’individualisme, le recul du religieux et l’émergence des démocraties, dont la périodicité rapprochée des élections entrave la vision à long terme.
A ce propos Pierre Ronsavallon cite comme exemple la politique de préservation des forêts de Colbert (les ordonnances de 1669), qui donna lieu à des conflits d’usages de la part du monde paysan. Ce dernier, considérant cette législation comme un régime de restrictions et d’interdictions, entendait privilégier les usages immédiats de la forêt (de la collecte du bois de chauffage au ramassage des glands). Ce que l’on appellera la « guerre des forêts » à laquelle la Révolution française mit fin, en prenant partie pour le monde paysan. Selon Pierre Ronsavallon, les élites, dont Colbert est l’un des plus illustres représentants, n’ont pas su réfléchir à la façon dont on aurait pu associer les paysans à cette législation. « On ne peut espérer conduire une politique du long terme si on ne comprend pas en profondeur les réticences et les résistances qui s’y attachent immédiatement et sensiblement », estime l’historien qui considère que l’on devrait tirer de cette histoire ancienne des leçons pour le présent…
1/ Editions du Seuil – 250 pages – septembre 2026 – 23 €.