En quête de laines précieuses

L’on évoque rarement cet autre débouché de l’agriculture qu’est le textile.  Selon FARM (Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde), 25 % des fibres mondiales viennent de l’agriculture. D’ailleurs la France n’est pas mal placée dans ce domaine, car, outre les filières moutonnières et chevrières, elle est le premier producteur mondial de lin. Et sur le marché des fibres exceptionnelles destinées à la haute couture, la France compte une entreprise, créée en 1842, Dormeuil, fabricant de tissus haut de gamme et l’un des leaders mondiaux du secteur.

Son président Dominic Dormeuil parcourt le monde en quête des meilleures fibres. « Il ne faut pas oublier que le splendide cachemire porté par un mannequin dans un défilé de mode parisien existe grâce à un nomade mongol transhumant avec ses chèvres quelque part entre les steppes et le désert de Gobi », écrit Dominic Dormeuil, dans un beau livre A la recherche des laines précieuses (1) écrit avec le photographe Jean-Baptiste Rabouan. Les auteurs nous emmènent dans les coins les plus reculés de la planète : du Groenland avec ces chasseurs de bœufs musqués, animaux qui semblent venir de la Préhistoire, aux Andes péruviennes avec ces éleveurs de vigognes qui vivent entre 4000 et 6000 mètres d’altitude et produisent une fibre six fois plus fine que le cheveu humain, et rare, un animal ne fournissant que 250 grammes de fibres tous les deux ans. Sans oublier ces bergers nomades d’Asie centrale et leurs chèvres cachemire et pashmina, ou encore les sédentaires éleveurs de moutons Shetland des îles écossaises, de mérinos en Australie ou de chèvres Mohair en Afrique du Sud.

Bel hommage à ces « gardiens des fibres rares », mais dont l’avenir est questionné par les menaces qui planent, en cette année du pastoralisme voulue par les Nations Unies, et qui se nomment : changement climatique, paupérisation, exode rural, pression foncière, risques sanitaires…

1/ Editions Glénat. 39,50 € – 170 pages – 2015