Dans un précédent ouvrage La démocratie dans les champs (2016), la philosophe Joëlle Zask montrait comment l’art de cultiver apprenait la démocratie. Avec son nouveau livre Donner à manger : politique d’un geste ordinaire (1), elle montre combien l’acte de donner à manger est une composante essentielle de la vie sociale : « Tout par de là, ou devrait en partie. De fait, une bonne société, souligne l’auteure, se construit sur les réponses qu’elle apporte à la nourriture. »
Avec plus de la moitié de l’humanité qui se trouve soit en insécurité alimentaire, soit en excès de poids, l’histoire montre que l’on n’a pas su faire. Et l’auteure de s’en prendre à ce contrat social, qui remonte aux origines de la politique, stipulant que le prince doit veiller à la subsistance de ses sujets, – le meilleur moyen de rendre le peuple docile et dépendant -, comme le fameux du « pain et des jeux » sous la Rome antique ! De même, à l’égard des populations en précarité, elle souligne le caractère souvent humiliant de la charité qui maintient le donataire en situation de grande dépendance, contrastant avec l’image de soi valorisante du donateur. Elle préfère le glanage qui reposait sur un droit communautaire du partage et rendait le glaneur acteur. « Autrefois, précise Joëlle Zask, il arrivait que l’usage de la faux soit interdit au profit d’une récolte à la faucille, pour que la part laissée aux pauvres soit plus abondante. »
De la maman qui allaite son bébé à l’auxiliaire de vie qui tente de redonner envie de manger à une personne en perte d’autonomie, l’auteure nous montre que « nourrir, c’est faire grandir et c’est aussi grandir soi-même ». L’enjeu étant de rendre la personne actrice de sa nourriture, à l’image de ces écoliers japonais qui participent à la préparation du repas, mangent dans la salle de classe, en même temps qu’ils étudient l’origine et l’histoire des aliments, la manière de les cultiver et de les cuisiner…
1/ Edition Premier Parallèle – mars 2026 – 205 pages – 17 €