Climat : agir sur le long terme

Ce fut l’été de tous les excès climatiques : quatre canicules, des records de chaleur et d’hectares de forêts calcinés, des rendements agricoles en forte chute. Et quand la pluie tant espérée survient, c’est souvent brutalement. Sans parler des conséquences tragiques, les dégâts humains avec l’augmentation des décès anticipés et la fragilisation de secteurs économiques comme l’agriculture l’habitat, ou la vulnérabilité de la forêt et des milieux naturels… Face à ces enjeux colossaux et complexes, la réponse des politiques ne semble pas à la hauteur, tentés qu’ils sont d’attendre le retour à des températures normales pour passer à autre chose. A l’adage « gouverner c’est prévoir », attribué à Adolphe Thiers, s’est substitué celui de « gouverner, c’est gérer l’imprévu ». Si cela s’est révélé adapté à la Covid, ça l’est moins pour le changement climatique, tant, depuis des décennies, les climatologues nous avaient alertés. Et l’on constate aujourd’hui qu’ils n’avaient pas surestimé leurs projections, comme on leur en a souvent fait le reproche.

Il faut donc nous préparer à la récurrence de ces événements climatiques extrêmes. Cela nécessite une vision au long cours, bien au-delà des échéances électorales, pour affiner les stratégies de souveraineté alimentaire, comme la propose l’agro-climatologue et photographe des orages, Serge Zaka. Il est l’un des rares à évoquer cette nouvelle géographie agricole et alimentaire issue du changement climatique. En effet, à chaque degré Celsius supplémentaire, les zones climatiques se déplacent de 160 kilomètres vers le pôle. Ainsi, depuis quelques années, on constate le développement voire le déplacement de certaines cultures de l’Europe de l’Ouest vers l’Europe du Nord Est : la Pologne, l’Ukraine, la Russie… Ce n’est pas un hasard si cette dernière a doublé sa production de blé depuis l’an 2000 et est devenue le premier exportateur mondial, damant le pion aux exportations françaises sur certains marchés du Maghreb et de l’Egypte.