Les cartes : un enjeu de puissance

Pendant que Donald Trump publiait une carte des Amériques aux couleurs du drapeau des Etats-Unis, après avoir rebaptisé de manière unilatérale le golfe du Mexique et le lac Ontario, et envisagé de donner son nom au détroit d’Ormuz, l’assemblée générale de l’ONU adoptait une résolution portée par l’Union africaine pour changer notre représentation de la carte du monde et la rendre plus fidèle à la réalité.

Depuis le XVIème siècle, la projection du cartographe flamand, Gerardus Mercator, domine notre façon de représenter le monde. Si elle respecte les angles et les distances, aspects essentiels à l’époque pour la navigation maritime, elle a l’inconvénient de déformer les superficies. En effet, plus on se rapproche des pôles, plus la superficie est surestimée. Ainsi sur les cartes traditionnelles, la Fédération de Russie (17 ,1 millions de km2) apparaît deux fois plus grande que le continent africain, qui s’étend sur 30 millions de km2. De même, le Groenland semble aussi vaste que l’Afrique, alors que sa superficie réelle est 14 fois plus petite. La nouvelle projection Equal Earth, préconisée désormais par les Nations-Unies et adoptée par la France, s’inspire des travaux du géographe allemand Max Eckert qui donne une image des superficies proches de la réalité, au détriment des distances et des angles. En fait il est impossible de représenter avec précision le globe sur une surface plane.

Sur fond d’un retour des ambitions impérialistes, les cartes sont plus que jamais un instrument politique. Elles ne sont pas neutres et façonnent nos perceptions. Depuis des années, l’ONG CCFD Terre solidaire diffuse une carte, celle du géographe Peeters, qui, outre qu’elle projette la superficie exacte des pays, renverse la carte plaçant l’hémisphère Nord au Sud et ne met plus l’Europe au centre. C’est particulièrement déstabilisant pour un Européen, mais cela permet de mieux comprendre pourquoi le Vieux Continent n’est plus le centre du monde.