Histoire des préjugés

Les 39 historiennes et historiens qui, sous la direction de Jeanne Guérout et Xavier Mauduit (1), analysent une cinquantaine de préjugés, font véritablement œuvre de salubrité culturelle, particulièrement en un temps où complotisme et fake-news prospèrent sur les réseaux sociaux. « Les femmes sont hystériques », « les Tsiganes sont des voleurs de poules et d’enfants », « les porcs sont sales et lubriques », « les Anglais sont excentriques » …, autant de préjugés qui se glissent insidieusement, parfois depuis la nuit des temps, dans le regard de l’opinion sur les autres. Ces préjugés, dont Antonin Artaud écrivait qu’ils sont « les toxines de nos activités mentales », sont disséqués, les contextes sont analysés, la genèse est décortiquée, avec subtilité ; ce qui tranche avec le simplisme de ces opinions préconçues et infondées, qui stigmatisent.

Ces préjugés, qui ne sont pas l’apanage du peuple, sont parfois colportés par les élites. Ainsi ce propos d’Emmanuel Macron, tenu au Danemark, sur ces « Gaulois réfractaires au changement ». Les historiens ont montré que les Gaulois n’étaient pas réfractaires au changement. Au contraire, bien avant la conquête, ils s’inspiraient des modèles romains. De même Nicolas Sarkozy avait évoqué dans un discours à Dakar « l’homme africain, pas assez entré dans l’histoire », oubliant ainsi le pillage massif, lors de la période coloniale, des biens culturels et artistiques, symboles de civilisation, par les Etats colonisateurs.

Le monde paysan, même s’il n’est pas directement traité dans le livre, n’échappe pas aux préjugés. Au cours du siècle passé, le cinéma et la publicité ont propagé cette image stéréotypée du paysan niais, rustre, goujat, lourdaud… (le péquenot). Depuis le mot de paysan, (et c’est heureux !), a pris une connotation nettement plus positive.

 

1/ Histoire des préjugés – Les Arênes – 456 pages – 24 €