Au moment où se conclut l’accord du Mercosur, je vous conseille la lecture de Géopolitique du soja (1). L’auteur, Olivier Antoine, nous montre comment cette légumineuse est devenue une plante stratégique pour la sécurité alimentaire. Longtemps cantonné en Chine, le soja voit son destin basculer lorsqu’en 1931, après l’invasion de la Mandchourie par le Japon, les Américains décident de produire le soja dont ils ont besoin. La graine riche en protéines s’intègre fort bien au modèle agricole américain structuré autour du duo mais/soja, que les Etats-Unis exportent à l’Europe, les accords du GATT en 1964 autorisant l’accès au soja américain. Les Etats-Unis deviennent hégémoniques, du moins jusqu’en 1973, lorsqu’à la suite d’une sécheresse, les cours quadruplent et les éleveurs européens découvrent leur dépendance, après l’embargo décidé par Washington. L’Europe doit alors diversifier son approvisionnement auprès du Brésil, puis de l’Argentine et du Paraguay (tous trois membres du Mercosur).
La géopolitique du soja est aujourd’hui très concentrée : Mercosur et Etats-Unis comme exportateurs, Chine et Union européenne comme importateurs. Pékin organisant sa dépendance en l’encadrant par des relations bilatérales fortes et en investissant dans la logistique, tandis que Bruxelles qui, ne contrôlant ni la production, ni les flux, rencontre des difficultés pour imposer ses normes (éthiques, environnementales et sanitaires). Quant à l’Amérique latine, son modèle agricole intensif rencontre ses limites (déforestation, dégradation des sols, biodiversité, inégalités sociales, santé publique…), dans un monde qui a toutefois bien des difficultés à trouver des alternatives au soja… « Le soja, écrit l’auteur, dit quelque chose de notre époque, celle d’un monde globalisé où la guerre n’est plus seulement celle du blé et du pétrole, mais aussi celle des protéines ». D’ailleurs, dès son retour au pouvoir, en 1973, le président argentin, Péron, avait vu juste, déclarant : « La guerre des protéines a commencé ».
1/ Géopolitique du soja – Armand Colin – 217 pages – septembre 2025 – 23,90 €