Un coup cœur en ces temps de fêtes, avec la parution du livre L’âne, une histoire culturelle, (1) de l’historien médiéviste, Michel Pastoureau, spécialiste entre autres de l’histoire des couleurs et des animaux. Domestiqué au sixième millénaire en Nubie (entre Egypte et Somalie), l’âne s’est répandu au Proche-Orient et en Asie Mineure. Cette bête de somme qui rend de nombreux services est alors considérée comme un bienfait pour les peuples de l’Antiquité. Il mange peu, est peu exigeant et donc ne coûte pas cher ; il supporte la fatigue, la faim, et parfois l’incurie de ses maîtres. De tous les grands animaux, c’est lui qui approchera Jésus au plus près : de la nativité à l’entrée à Jérusalem en passant par la fuite en Egypte, alors qu’il est méprisé sous la Rome antique, considéré comme laid, lent, paresseux, indocile, têtu, lubrique, sale, infidèle… Il symbolise la paresse. Le bonnet d’ânes à longues oreilles est considéré comme un attribut de la sottise. Dans l’Occident chrétien, il souffre de sa comparaison avec le cheval et ses vices l’emportent sur ses vertus. Il faudra attendre le XVIIIème siècle pour qu’un regard plus compatissant s’impose. Des auteurs trouvent injuste cette sale réputation à l’égard d’un animal qui rend de si grands services.
C’est le cas notamment de Buffon, pour qui « l’âne est un âne… pas un cheval dégénéré ni un cheval au rabais ». Au siècle dernier, il aide la laitière à transporter le lait. Dans les régions de montagne, il se fait facteur, il assure le ravitaillement les poilus sur le front lors de la Première guerre mondiale… Depuis il est la vedette de bon nombre de livres de jeunesse (Cadichon, l’âne de la comtesse de Ségur), et s’impose dans la littérature, accompagnant Victor Hugo à travers la légende des siècles et Robert-Louis Stevenson dans les Cévennes. Il s’incruste aussi en politique, devient l’emblème du Parti démocrate américain, face à l’éléphant républicain. De nos jours, il fait la joie des enfants et symbolise le retour à la campagne. Belle revanche de l’Histoire !
1/ Le Seuil – 22,90 €