Le retour de Méline ?

Sans doute 2025 apparaîtra dans les livres d’histoire comme l’année de la fin du multilatéralisme et du retour en force des intérêts économiques nationaux, après la brutale augmentation des droits de douane imposée par Donald Trump. C’est aussi la fin d’un cycle amorcé dès la fin de la Seconde Guerre mondiale avec comme point d’orgue en 2001 l’adhésion de la Chine à l’OMC, considérée à l’époque (mais à tort au vu du contexte actuel) comme la victoire définitive du libre-échange.

Clin d’œil de l’histoire, la France commémore en ce mois de décembre le 150ème anniversaire de la mort de Jules Méline, symbole du protectionnisme. L’avocat et député des Vosges, qui fut l’un des premiers titulaires du ministère de l’Agriculture, par ailleurs inventeur du Mérite agricole, promoteur des Sociétés locales de crédit agricole et des écoles pratiques d’agriculture, avait proposé en 1892 de rétablir des droits de douane élevés sur les produits agricoles et industriels, puis, comme président du Conseil, il avait mis en place en 1896 la loi du Cadenas, qui imposait en cas de surproduction des droits de douane sur les importations de céréales, de vins et de viande. Ces mesures mettaient fin au libre-échange, amorcé sous le Second Empire. A l’époque, les pays européens subissaient la rude concurrence des produits venus des pays neufs, comme les Etats-Unis. La politique menée par Méline, apôtre du retour à la terre, suscitera bien des controverses. Ses opposants considéraient qu’elle avait retardé la modernisation de l’agriculture française. Ses soutiens pensaient qu’elle l’avait sauvée. Toujours est-il que par la suite la France connaîtra un essor remarquable de son économie.

Aujourd’hui la situation est bien différente. L’économie est mondialisée et totalement intégrée. Et Trump n’est pas Méline. Mais entre les débats du Mercosur, la montée en puissance de l’économie chinoise et de sa brutale force exportatrice face à l’incroyable naïveté des Européens, les thèses « mélinistes » reprennent vigueur.