La réforme Mc Sharry va accroître le désamour des agriculteurs envers la construction européenne.
Début 1991, la FA titre en couverture La fin des protections. Dans ce numéro (3/1/1991), Denis Badré, alors directeur de l’APCA, résume l’état d’esprit de l’époque : « Tout est possible et dans tous les sens, nous sommes à l’année-zéro d’une nouvelle mutation de l’agriculture. » L’Europe, sous la pression des Américains lors des négociations du GATT, est acculée à réformer la PAC. Dans son édito (12/7/1991), titré PAC à trac, Jean-François Colomer écrit : « On nous propose tout simplement de changer les règles du jeu. Il y a de quoi avoir le trac. » Un sondage (FA 25/10/1991) estime que neuf agriculteurs sur dix considèrent comme négatif le bilan de la PAC, témoignant ainsi que la construction européenne n’a plus la côte auprès des agriculteurs. Dans son édito (15/4/1991), Edouard de Frotté s’inquiète : « Il y aura des survivants. Mais combien et dans quel état ? ». Tout au long de l’année 1992, La FA multiplie les couvertures : « PAC, champ libre à la réforme », « Jachère : pour ou contre », « La PAC en suspens », « L’Europe verte dérape », « La PAC explose », avec ce sous-titre : « En proposant de remplacer le soutien aux produits par des aides directes, Bruxelles va transformer les agriculteurs en assistés permanents. »
Après l’accord, la FA propose un numéro spécial PAC (10/7/1992) de 42 pages, dans lequel elle analyse les conséquences de la réforme sur les différentes filières et donne la parole à des experts, dont le sociologue Bertrand Hervieu, qui constate que la nouvelle PAC ne suffira pas à combattre les tendances lourdes que le monde agricole subit : concentration et délocalisation de la production, rupture du lien avec les territoires. Il ajoute : « On est resté enfermé dans une problématique de production et de volumes sans greffer des objectifs positifs pour le métier d’agriculteur… Il y a là une véritable révolution intellectuelle à opérer. »
La réforme de la PAC aura des effets sur le vote agricole lors du référendum de Maastricht, prévoit E de Frotté (FA/18/9/1992) : « Bruxelles risque de subir un effet boomerang : « assez de technocrates ! ». Pourtant il faut reconnaître que la réforme de la PAC et Maastricht ne sont pas la même chose. » 62 % des agriculteurs voteront contre le traité qui voit le oui l’emporter avec 51 % des suffrages. Ce qui amène JF Colomer (25/9/1992) à noter que ce « vote d’avertissement (de la part du monde agricole) est aussi une forme d’appel au secours ». Aussi craint-il de voir se creuser un fossé de plus en plus grand entre le monde urbain et celui des campagnes. Trente-trois ans plus tard, les réformes se sont succédé et le fossé semble loin d’être comblé…