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	<title>Denis Lefevre &#187; Billets personnels | Denis Lefevre</title>
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	<description>Écrivain Journaliste</description>
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		<title>Opposition au parc éolien du Ru Garnier &#8211;  ma contribution</title>
		<link>http://www.denislefevre.fr/opposition-au-parc-eolien-du-ru-garnier-ma-contribution/</link>
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		<pubDate>Wed, 06 Jul 2022 07:56:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>

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		<description><![CDATA[Madame la Commissaire enquêtrice, J’habite Breny, villa [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Madame la Commissaire enquêtrice,</p>
<p style="text-align: justify;">J’habite Breny, village situé à moins de 5 kilomètres du projet éolien de Rocourt-Saint-Martin, Armentières, déjà concerné par le parc de Montelut situé à moins de 2 kilomètres. Je ne suis pas opposé fondamentalement aux diverses formes d’énergies renouvelables et je suis sensible aux questions environnementales que j’ai beaucoup traitées dans ma vie professionnelle. En tant que citoyen, la question des éoliennes m’interpelle, et d’abord au niveau des conséquences sur les paysages.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Trop c’est trop ! et c’est moche. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je partage l’avis du président de la République que rapporte un article du Monde du 28 juin 2022 et notamment cette confidence qu’il a faite à Stéphane Bern, animateur télé et défenseur du patrimoine : « <em>C’est vrai que c’est moche, tu as bien raison, il y en a trop</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Trop c’est trop, dans cette région des Hauts de France qui s’étend sur 6 % du territoire hexagonal mais accueille plus de 30 % des éoliennes. Notre zone n’est pas épargnée. Lorsque l’on vient de Soissons sur la départementale 1 en direction de Château Thierry, à hauteur du Plessier Huleu, on peut voir la différence entre un paysage défiguré par les éoliennes sur la droite, avec la vue de plusieurs dizaines d’éoliennes auxquelles doivent s’ajouter celles du parc de Chouy, et sur la gauche une zone encore vierge (pour le moment !) d’éoliennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors je n’ai pas envie en tant qu’habitant de cette zone, et randonneur soucieux de la qualité de vie et d’un environnement agréable, de voir cette catastrophe paysagère de la rive droite de la Départementale 1 s’étendre vers la rive gauche.</p>
<p style="text-align: justify;">Rive gauche, qui plus est riche d’un patrimoine historique, architectural et naturel.</p>
<p style="text-align: justify;">En premier lieu, le monument les fantômes de Landowski, qui commémore une bataille qui allait être à l’origine du repli allemand en 1918. Les fantômes de Landowski perchés sur cette petite colline dominant une vaste plaine, lieu de combats intenses à l’origine de la mort de plusieurs milliers de combattants, c’est un peu notre colline inspirée, notre colline sacrée. A l’occasion du cinquantième anniversaire de la bataille de la Marne, le 18 juillet 1968, le général de Gaulle était accompagné de Maurice Genevoix. Ce dernier déclara : « Vous étiez là mes camarades. C’est pour vous, pour vous tous que je parle. Vous êtes là comme au premier jour. Et vous voyez votre pays se souvenir de vous. Il sait qu’il faut vous respecter, vous entourer, vous remercier. L’histoire de France a besoin de vous ».</p>
<p style="text-align: justify;">Nous habitons ces zones meurtries où le souvenir de cette tragédie se lit au quotidien dans les paysages, où l’histoire rejoint la géographie. Si la nature et l’agriculture ont repris leurs droits, les paysages présentent encore quelques plaies béantes, tel bosquet lieu d’affrontement, tel monticule qui ne doit rien à la géographie… Mais plus que ces immuables cicatrices, nos paysages semblent imprégnés de mélancolie, comme s’il planait depuis un siècle une brume automnale même au cours des plus beaux jours de l’été. C’est sans doute pour tous ces sacrifiés de la bêtise humaine le moyen de rappeler aux générations futures : n’oubliez pas ! Alors ne sacrifions pas ces paysages mémoriels à ces squelettiques moulins à vent…</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la rive gauche de la D1, d’autres richesses de notre patrimoine historique : l’abbaye de Coincy, le château d’Armentières, quelques églises, tous situés dans un rayon de un à deux kilomètres du parc éolien, un peu plus loin l’abbaye du Val Secret.</p>
<p style="text-align: justify;">Et n’oublions pas le patrimoine naturel avec la Hottée du diable, site naturel le plus visité de Picardie. Ses sculptures étonnantes d’une nature créatrice inspireront Camille Claudel. Quant à Paul Claudel, il écrit dans son Journal : « <em>Le coucher du soleil derrière le geyn, sur la vallée de l’Ourcq. C’est là que j’ai conçu Tête d’Or et que j’ai eu conscience de la vocation de l’univers </em>».</p>
<p style="text-align: justify;">La biodiversité, enjeu essentiel de notre futur, devrait être étudiée avec plus de discernement. Le parc voisin de Montelut ne fonctionne que la nuit du fait de la nidification de milan. Je veux bien croire que les études naturalistes aient été menées scrupuleusement, mais enfin !!! Je me souviens d’une réunion organisée à l’initiative de la communauté de communes du canton d’Oulchy-le-Château à Hartennes, il y a plus de quinze ans. Au cours de cette réunion publique un intervenant spécialiste des migrations d’oiseaux avait attiré l’attention des participants sur le fait que la Départementale 1 était une voie de migrations, tout comme la vallée de l’Ourcq. Or la zone concernée par le projet Rocourt Armentières se trouve au croisement de ces deux voies.</p>
<p style="text-align: justify;">Biodiversité, paysages ne semblent guère préoccupés les promoteurs de projet éoliens qui ont toujours tendance à minimiser l’impact des éoliennes sur le paysage, voire à imposer leurs normes. Je considère que ces études d’impact notamment paysager devraient être réalisées par des structures indépendantes. Comment faire confiance à la filiale d’une société allemande RWE, numéro 2 outre-Rhin dans le secteur de l’énergie, dont l’investissement dans l’éolien a pour but essentiellement de faire du profit et de se donner bonne conscience. Ce groupe est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre en Europe et le premier exploitant européen de centrales à charbon. Il montre si peu d’enthousiasme pour abandonner la filière charbon que l’assureur français AXA a décidé de cesser d’assurer les activités de RWE, y compris dans les énergies renouvelables !!!</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours l’argent !</p>
<p style="text-align: justify;">Que l’on prenne l’éolien par n’importe quel angle, tout nous ramène à l’argent. Des sommes considérables sont investies, financées par notre contribution sur les factures d’électricité. Le contrat oblige EDF à acheter leur électricité au promoteur à deux fois le prix du KWh pendant quinze ans. Pour le parc éolien en question, c’est entre 10 et 15 millions d’euros de coût d’installation (2 à 3 millions d’euros par éolienne). Un investissement important mais qui rapporte gros pour le promoteur : 350 000 € par éolienne par an, soit près de 8 millions sur 20 ans. Ce qui nous donne pour un parc de cinq éoliennes : 56 millions d’euros. Qui plus est est-on assuré de la pérennité de ces sociétés lorsque la rentabilité sera moindre ? Le coût du démontage est à la charge du promoteur qui doit verser une réserve obligatoire de 50 000 € par éolienne. Ce qui est très peu par rapport au coût réel du démantèlement. En 2014, le coût du démantèlement d’une éolienne de 150 mètres revenait à 414 000 €. Compte tenu de l’accroissement de la taille des éoliennes et de l’évolution des coûts, on peut estimer que d’ici 20 ans, le coût dépassera les 500 000 €. En cas de défaillance du promoteur, du fait par exemple d’une mise en faillite, la charge du démantèlement reviendra au propriétaire. Certes ce dernier aura reçu sur la durée de vie d’une éolienne soit 20 à 25 ans, environ 150 000 € par éolienne. Le coût du démontage engendrera un déficit de l’ordre de 350 000 € par éolienne. S’il n’est pas en mesure d’assumer le coût, ce sont les collectivités locales qui devront suppléer, donc le contribuable. Ce genre de dysfonctionnement explique le fait qu’en Californie, 14 000 éoliennes rouillent en plein air… Des cimetières d’éoliennes, ce pourraient être nos paysages dans 20 ans…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Déstructuration du lien social</strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’attire aussi votre attention sur un point souvent négligé. Les éoliennes contribuent à la déstructuration du lien social dans les villages. Je me souviens d’un reportage réalisé, il y a quelques années, pour l’émission C’est dans l’air de France 5 consacré ce jour là aux éoliennes. L’équipe de France 5 avait filmé des opposants d’Armentières sur Ourcq et notamment cet épisode inique lorsqu’ils avaient tenté de joindre le maire de la commune par téléphone… Echanges rudes notamment de la part de l’édile, témoignant de l’impossibilité de se parler.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes dans une région relativement pauvre économiquement, avec très peu d’emplois dans l’industrie et le tertiaire, avec aussi un faible niveau de revenu moyen par habitant et de gros problèmes de précarité énergétique. Alors il faut comprendre les populations. On ne leur propose comme avenir heureux que des éoliennes alors qu’ils constatent au quotidien la fermeture des services publics, la disparition de bon nombre d’entreprises artisanales ou de petits commerces, la difficulté de trouver un médecin&#8230; A Oulchy-le-Château (un peu plus de 800 habitants), au cours des vingt dernières années, une douzaine de commerces et d’artisans ont fermé boutique ou n’ont pas trouvé de successeurs. Ce n’est pas d’éoliennes dont ont besoin ces habitants qui ne profiteront guère de la manne financière, réservée à quelques propriétaires exploitants, mais d’emplois (en l’occurrence les parcs éoliens ne créent pas d’emplois locaux ou si peu !), et de services publics.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes dans une région avec beaucoup de précarité énergétique. Bénévole sur la zone pour Secours catholique, je puis en témoigner… Mieux vaudrait utiliser cet argent en mettant en place un sérieux programme d’économie d’énergie, comme l’isolation des logements existants. Certes les habitants des villages concernés peuvent bénéficier indirectement des recettes fiscales que touchera la commune. Mais force est de constater que la perte de la valeur immobilière de toutes les maisons du village concerné sera supérieure à cette dotation. L’on rétorquera que l’ADEME a réalisé une étude sur la perte de la valeur immobilière liée à la présence d’éoliennes. Elle estime une perte de l’ordre de 1,5 % pour les biens situés à moins de 5 kilomètres d’un parc éolien. Or des études menées au Royaume Uni montrent que la valorisation des biens situés dans un rayon d’environ 2 kilomètres était dégradée d’environ 11 %. Au-delà de ces chiffres, posons ce constat de bon sens : qui accepterait d’acheter au prix normal du marché un bien immobilier à Rocourt, Armentières ou Coincy, situé entre 500 et 1 000 mètres d’un parc éolien composé de cinq machines industrielles de 200 mètres de haut et parfaitement visibles, avec toutes les nuisances visuelles et sonores qu’elles engendrent ?</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, dernier point. Comment ne pas s’indigner du mode de fonctionnement si peu démocratique de la procédure ? Admettons que vous émettiez un avis négatif sur le projet, que les collectivités territoriales (Département, Région, Communes, Communautés d’agglomération…) fassent de même, la décision finale serait dans les mains du seul préfet, seul décisionnaire, qui peut ne pas tenir compte des avis des uns et des autres. Restent les recours juridiques, mais enfin…</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà, Madame, les raisons pour lesquelles je suis opposé au projet de parc éolien de Rocourt, Armentières et Coincy.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous prie de croire, Madame, en l’assurance de ma considération distinguée.</p>
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		<title>Hommage à Pierre Rabhi : Poète de la terre et de la Terre</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Dec 2021 16:58:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>

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		<description><![CDATA[Pierre Rabhi était le symbole de notre époque si pleine [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Pierre Rabhi était le symbole de notre époque si pleine de contradictions. « <em>J’ai grandi dans le chaudron de la contradiction, constamment tiraillé entre islam et christianisme, entre tradition et modernité, et entre Nord et Sud</em> », raconte Pierre Rabhi, dans <em>Graines de vies</em>. Né dans l’oasis de Kenadsa dans le Sud algérien, il est confié à un couple de Français après le décès de sa mère. Au moment de la guerre d’Algérie, il débarque en France et travaille comme ouvrier spécialisé. Première déconvenue. Il pense trouver dans cette usine et dans ce pays qui a inventé les Droits de l’Homme et du Citoyen, un lieu d’émancipation. « <em>Quand j’ai vu que ce microcosme trahissait tout ce qu’on m’avait enseigné, ça a été le début de ma toute première insurrection.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;">Il dévore alors quantité de livres pour mieux comprendre ce monde dans lequel il vit, et tenter de rompre avec cet environnement aliénant. En 1960, il quitte Paris et s’installe dans l’Ardèche, se forme dans une maison familiale rurale et devient ouvrier agricole. « <em>L’agriculture</em>, écrit-il, <em>nous paraissait être l’activité la mieux à même de mettre en cohérence nos idées avec notre mode de vie, et de réaliser cette utopie.</em> » Nouvelle désillusion : il travaille dans une exploitation arboricole et passe ses journées à pulvériser les arbres fruitiers de substances chimiques. Il envisage de quitter l’agriculture quand il découvre le livre, <em>La Fécondité de la terre</em> d’Ehrenfried Pfeiffer, l’un des précurseurs de la biodynamie en agriculture. Il choisit alors de rester dans le métier mais de le pratiquer différemment.</p>
<p style="text-align: justify;">Il reprend une terre aride et caillouteuse d’une vingtaine d’hectares autour d’une maison qui menace de s’écrouler. Pendant treize ans, avec sa femme et ses cinq enfants, alors que la banque lui a refusé un prêt de 15 000 francs, il vivra sans électricité, sans téléphone, avec très peu d’eau. Ce déraciné fait néanmoins de ce hameau de Montchamp le lieu de son enracinement. C’est sur cette terre difficile qu’il découvre l’écologie. « <em>L’écologie est arrivée comme ça. En soignant et en respectant un petit morceau de terre pour faire vivre ma famille, j’avais l’impression d’être relié à la terre entière et à tous mes semblables sur cette terre. </em>» Il devient un expert de l’agro-écologie, mondialement reconnu, écrit de nombreux livres, est sollicité de partout, du Maroc au Bénin, de l’Ukraine à la Mauritanie. Juste avant d’être assassiné, Thomas Sankara, le président du Burkina Faso lui demande d’expérimenter ses conceptions agro-écologiques à Gorom Gorom. Les rendements augmentent, la biodiversité est sauvegardée et les sols sont protégés de l’érosion. La princesse Constance de Polignac, qui appartient à l’une des plus nobles lignées de l’aristocratie française, a fait appel au fils de forgeron du Sahara pour transformer sa propriété de Kerbastic en un modèle d’agro-écologie.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>De ses propres mains</em>, écrivait son ami, le violoniste Yehudi Menuhin, dans la préface du livre <em>Parole de terre</em>, <em>Pierre Rabhi a transmis la vie au sable du désert, car la vie est UNE, et la féconde transformation bactérienne rend au sable lui-même le don de pouvoir renouveler les espèces. Cet homme très simplement saint, d’un esprit net et clair, dont la beauté poétique du langage révèle une ardente passion, cet homme a fécondé des terres poussiéreuses avec sa sueur, par un travail qui rétablit la chaîne de vie que nous interrompons continuellement.</em> »</p>
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		<title>Comment les villes ont vaincu la famine ? (Revue belge Dérivations pour le débat urbain N°7  Effondrement ou limites ?- mars 2021)</title>
		<link>http://www.denislefevre.fr/villes-campagnes-et-famines-un-regard-historique/</link>
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		<pubDate>Mon, 08 Mar 2021 16:55:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>

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		<description><![CDATA[La sécurité alimentaire des villes européennes amorcée  [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>La sécurité alimentaire des villes européennes amorcée au 19ème siècle ne sera véritablement acquise qu&rsquo;au milieu du 20ème siècle, 12 000 ans après l&rsquo;établissement des premières sociétés agraires. Auparavant les villes (comme les campagnes) devaient composer avec des périodes fréquentes de disette, voire parfois d&rsquo;épouvantables famines.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En inventant l’agriculture, les premières communautés de chasseurs cueilleurs sédentarisés du Croissant fertile au Proche-Orient n’ont pas choisi, il y a 12 000 ans, la solution de facilité ni la sécurité alimentaire. D’ailleurs les études archéologiques ont montré que ces premiers agriculteurs étaient plus carencés et bien plus chétifs et fragiles que les chasseurs cueilleurs vivants à la même époque. La révolution néolithique avec la sédentarité et la domestication des plantes et des animaux a certes permis d’accroître la ressource alimentaire, mais elle a aussi eu pour conséquence un accroissement de la population, avec un taux de fécondité nettement plus élevé pour les femmes sédentarisées que les femmes nomades. Si bien que, pendant des millénaires, l’équilibre entre ressources alimentaires et population, ce fameux « ciseau malthusien », va demeurer fragile et instable.</p>
<p style="text-align: justify;">Quasiment jusqu’au XIXème siècle, les Européens devront s’adapter à ces pénuries chroniques et accepter comme impuissants cette précarité alimentaire, qui perdure aujourd’hui encore en bien d’autres régions du monde. « Des siècles durant, écrit l’historien Fernand Braudel dans <em>Civilisation matérielle, Economie et Capitalisme – Les structures du quotidien</em>, la famine revient avec une telle insistance qu’elle s’incorpore au régime biologique des hommes, elle est une structure de leur vie quotidienne. Chertés et pénuries sont, en fait, continuelles, familières même en Europe, cependant privilégiée ». Une étude réalisée au XVIIIème estimait le nombre de famines générales en France à 10 au Xème siècle, 26 au XIe, 2 au XIIe, 4 au XIVe, 7 au XVe, 13 au XVIe, 11 au XVIIe et 16 au XVIIIe. Sans compter la multitude de disettes et de famines locales. Fernand Braudel cite une étude réalisée sur la région de Florence qui, de 1371 à 1791, a connu 111 années de disettes contre seulement 16 années de très bonnes récoltes.</p>
<p style="text-align: justify;">La famine rôde dès le VIème siècle, après la désagrégation de l’empire romain sur fond de déclin de l’agriculture, de dépeuplement des campagnes, de guerres et troubles diverses, d’accidents climatiques, d’épizooties et de maladies. Grégoire de Tours raconte qu’en 584 les paysans sont contraints de fabriquer leur pain avec des pépins de raisin, des fleurs de noisetier ou des racines de fougères, réduites en poudre et mélangées à un peu de farine. Un peu plus de quatre siècles plus tard, un autre chroniqueur, Raoul Glaber écrit à propos de la famine de 1032 : « Quand on eut mangé les bêtes sauvages et les oiseaux, les hommes se mirent, sous l’emprise d’une faim dévorante, à ramasser pour les manger toutes sortes de charognes et de choses horribles à dire… »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Tensions entre villes et campagnes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il faudra attendre la révolution agricole du Moyen Age, avec l’invention de la charrue lourde, le développement, quoi que limité à certaines régions, du cheval de trait et de l’assolement triennal, la généralisation des moulins, et un outillage de plus en plus en fer. Ce développement agricole va permettre l’essor urbain. A la fin du Moyen-Age, la ville, qui ne représente que 10 % de la population, donne le la dans tous les domaines, impose normes et culture, devient un lieu de pouvoir grandissant. S’affirme aussi l’opposition entre deux modèles alimentaires qui perdurera pendant des siècles dans la culture européenne. « L’opposition ville-campagne, écrit l’historien Massimo Montanari dans <em>La faim et l’abondance – Histoire de l’alimentation en Europe</em>, reste de toute manière – et elle le restera longtemps – l’une des clés fondamentales de la distribution sociale de la nourriture. » L’émergence des bonnes manières, la folie des épices et une nourriture raffinée pour les catégories aisées des villes. Des aliments communs et grossiers, à base de bouillies et de céréales secondaires pour les paysans. Malgré tout, les trois siècles de prospérité qui vont suivre permettront d’améliorer le quotidien du peuple.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au début du XIVème siècle, l’Europe est surpeuplée. La mise en valeur de nouvelles terres moins fertiles n’a pas permis de répondre à la croissance démographique. La moisson de 1315 est catastrophique, celle de 1316 l’est aussi, du fait du climat. En Angleterre, le prix du blé est multiplié par 4 en 1315 puis par 8 en 1316. A Ypres, de mai à octobre 1316, on recense près de 3 000 morts pour une population de 30 000 habitants. A Bruges, 5 % de la population décède. Des émeutes de subsistance éclatent à Verdun, Metz, Provins, Magdebourg, puis dix ans plus tard dans les Flandres.</p>
<p style="text-align: justify;">L’assistance se limite à l’action des ordres religieux, les Etats royaux n’ont pas encore instaurer de politique d’assistance face aux disettes et famines. La nouveauté, c’est la mobilisation des villes. Certaines municipalités achètent (voire importent) et stockent du blé, dès que s’annonce une mauvaise récolte. Stocks qu’elles revendront à un prix accessible en cas de pénurie. Dans certaines villes, on distribue du blé aux boulangers ou aux particuliers qui produisent eux-mêmes leurs pains. Ce qui aggrave les tensions entre citadins et paysans.</p>
<p style="text-align: justify;">Si, dans les temps plus anciens, le monde paysan a pu éviter les famines en laissant les cochons se nourrir de glands dans les forêts et en utilisant les terres incultes pour faire paître les moutons, l’appropriation par les seigneurs des droits d’usage des forêts et des landes limite l’accès à ces ressources, vitales en temps de pénurie. Si bien qu’en situation de crise, les citadins bénéficient grâce aux politiques annonaires des villes d’une meilleure protection, d’autant plus que la cité est riche et puissante politiquement. Quant aux paysans, qui vivent le plus souvent sous la dépendance des seigneurs, des marchands et des villes, ils ne disposent pas de réserves et, paradoxalement, vont souffrir beaucoup plus que les citadins des disettes et famines. D’où la tendance, en situation de pénurie, à refluer vers les villes pour y mendier avec les plus pauvres des citadins. Ce que n’apprécie guère la bourgeoisie et les autorités qui craignent émeutes et révoltes. Les pauvres seront mis hors d’état de nuire, rejetés, plus tard dirigés vers les maisons pour pauvres ou les hôpitaux…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La servitude du blé</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la Genèse, Pharaon rêve de sept vaches grasses et des sept vaches maigres, symbolisant sept années d’abondance et sept années de famine. Cette référence à l’animal paradoxale, alors que les céréales seront largement dominantes dans l’alimentation des Européens jusqu’à la seconde moitié du 20<sup>ème</sup> siècle, à l’exception de certaines périodes entre 1350 et 1550 fortement carnivore. Le blé est une plante de civilisation, comme ses sœurs le riz et le maïs. Souvent tyrannique le blé peut générer l’abondance ou la pénurie, le bonheur ou la misère, la prospérité ou la famine, la vie ou la mort. « Le bled qui nourrit l’homme a été en même temps son bourreau », écrit Louis-Sébastien Mercier, écrivain des Lumières. Pendant des siècles, le blé va représenter les trois quarts des calories consommées par les Européens. Le blé est la moins onéreuse des nourritures (au milieu du XVIIIème siècle, il est encore onze fois moins cher que la viande de boucherie, 6,5 fois que le poisson de mer et 6 fois moins que les œufs). Mais le blé est source de nombreuses contraintes et servitudes : il suppose une fumure riche qui manque et l’on ne peut cultiver le blé deux années de suite sur un même champ. Il est très sensible aux excès du climat. Ses rendements sont modestes : de l’ordre de 5 grains récoltés pendant des siècles pour un grain mis en terre. Et si l’on tient compte des pertes et de la semence, le rapport passe de 3 à 1. Si bien que le moindre accident climatique entraîne un déséquilibre et ce cercle vicieux : chute de la production, spéculation, cherté, disettes, famines et épidémies. Car la famine, affaiblissant la résistance des individus, favorise le développement des épidémies. C’est ainsi que la grande famine de 1315 offre un terrain favorable à l’épidémie de peste de 1348, qui sera à l’origine de le mort de plus du tiers de la population européenne. Plus tard, typhus, dysenteries, fièvres diverses vont proliférer du fait de la sous-alimentation.</p>
<p style="text-align: justify;">L’une des premières mesures étatiques prises en France sera le fait de Louis XI qui interdit en 1482 la constitution de stocks de céréales et d’exporter le blé hors du Royaume. Il organise la libre circulation des grains entre zones excédentaires et régions déficitaires. Les grandes mesures étatiques viendront plus tard, à partir du règne d’Henri IV. Dès lors, ce n’est plus la revanche de Dieu ou les excès du climat mais le roi qui sera tenu pour responsable, en cas de famines. Plus tard le blé s’incrustera au cœur de l’économie politique naissante : de De Boisguillebert, qui, dans son <em>Traité des grains</em> (1707) met en évidence les deux faces du blé que sont la valeur d’usage et la valeur d’échange, à Jean Fourastié, qui, dans <em>Les Trente Glorieuses</em> (1979) constate qu’il est l’élément majeur de la grande métamorphose de l’humanité occidentale. En toile de fond, il y a cette opposition récurrente dans l’histoire qui va opposer les libéraux, dont le contrôleur général des finances de Louis XVI, Turgot qui sera l’un des premiers à mettre en place ces théories du « laissez-faire, laisser-aller » et cette politique libérale qui débouchera sur la guerre des farines, aux « colbertistes » dont Jacques Necker, qui succédera à Turgot au poste de contrôleur général des finances et, pour qui, il faut avant tout sécuriser les approvisionnements à des prix raisonnables pour éviter les révoltes populaires, est l’un des contempteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout au long des siècles, cette opposition va perdurer. D’un côté, celle qui des Gracques sous l’empire romain aux défenseurs contemporains de la souveraineté alimentaire, en passant par les artisans du New-deal de Roosevelt et les fondateurs de la PAC, considèrent que le blé est un bien de subsistance, privilégient l’approvisionnement à bon marché et la protection du marché intérieur. L’autre conception est celle des tenants du libéralisme, qui des physiocrates aux dirigeants actuels de l’Europe, considèrent que seul le marché est à même de résoudre les problèmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Au-delà de la céréale, c’est le triptyque blé, farine, pain qui structure l’organisation sociale et politique, comme l’écrit Steven L. Kaplan, historien américain et grand spécialiste du pain français, dans <em>Pour le pain</em> : « « Le pain, le peuple, le pouvoir, c’est le triangle éternel, site du vrai mystère de la vie publique, disait Napoléon. Le pain, c’est l’ordre quotidien, c’est la stabilité sociale, c’est la légitimité politique, c’est le paradigme pour des relations entre Etat et Société ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vers un changement de régime alimentaire</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A partir du XVIIIème siècle, les famines vont se raréfier puis disparaître en Europe. La révolution agricole amorcée dès la fin du XVIIIème siècle, avec l’arrivée de nouvelles productions comme la pomme de terre et le maïs, longtemps confinées dans les jardins, même si, jusqu’à la fin du XIXème siècle, les céréales vont demeurer prépondérantes dans le régime alimentaire des Européens. L’invention et la spécialisation des races notamment bovines, l’émergence de la zootechnie, les débuts de la médecine vétérinaire bouleversent l’élevage. Les progrès dans les méthodes de conservation (l’appertisation), et la fabrication du froid favorisent le développement du commerce international, qui profite de la baisse du coût du transport maritime et du développement du chemin de fer. Par ailleurs l’agriculture devient de plus en plus un fournisseur de matières premières pour l’industrie alimentaire. Tant et si bien qu’au XIXème siècle, s’amorce une modification du régime alimentaire avec le remplacement progressif d’un régime fondé essentiellement sur les céréales à une nourriture de plus en plus portée sur les protéines et les graisses animales qui connaîtra son apogée au cours de la deuxième moitié du XXème siècle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ne plus se soucier de la nourriture du lendemain !</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il n’y a plus que les guerres pour rappeler que la sécurité alimentaire n’est jamais acquise. Au cours de la Première guerre mondiale, l’Allemagne a connu une famine liée au blocus des Britanniques en 1916-1917. Lors de la Seconde guerre mondiale, une chute de la production agricole et les réquisitions allemandes, (20 à 30 % de la production agricole française part outre-Rhin), imposent une gestion de la pénurie avec l’instauration de tickets de rationnement. Ceux-ci ne fournissent que 1 300 à 1 500 calories par jour, alors qu’il en faudrait 2 000 à 3 000, alimentant ainsi un marché noir qui fait dire à Jean-Paul Sartre : « Les paysans tenaient la dragée haute aux habitants des villes ; ceux-ci en retour les accusant d’alimenter le marché noir et d’affamer les populations urbaines. » Il faut attendre l’année 1949 pour voir disparaître complètement les tickets de rationnement sur le pain et se procurer des produits laitiers en vente libre. Entre temps, en 1947, les récoltes furent très mauvaises et la France dut importer d’Amérique la moitié de sa production annuelle, grâce au Plan Marshall.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Sicco Mansholt, ministre de l’Agriculture chargé du ravitaillement en 1945 aux Pays-Bas, la situation était terrible : « Pendant l’occupation des nazis, après la guerre et un hiver très, très froid, il y avait la famine, surtout dans les grandes villes. Ces gens mangeaient des betteraves à sucre, des oignons de fleurs et de tout… Chaque jour des dizaines de personnes venaient demander de la nourriture, ma femme n’en avait plus, même pour les enfants ». Ce qui expliquera la priorité donnée à une agriculture productiviste, dans le cadre de la PAC (Politique agricole commune), dont il fut le principal artisan en tant que commissaire européen. Il s’agit alors de fournir aux consommateurs du Marché commun une nourriture abondante et pas chère.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir des années 1950, les progrès dans l’agriculture sont faramineux. Les rendements céréaliers passent de 25 à 75 quintaux par hectare en moyenne, et atteignent parfois 100 quintaux dans les années 1990. Mais, très vite, apparaissent les excédents. Du trop peu, on passe en quelques décennies au trop plein, ce qui posait d’autres problèmes comme la gestion des excédents, casse-tête d’une génération de fonctionnaires de la Commission européenne, nous faisant presque oublier l’essentiel, à savoir le fait que, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des populations n’ont plus à se soucier de la nourriture du lendemain.</p>
<p style="text-align: justify;">Les modèles alimentaires s’uniformisent, se déconnectent des territoires et se moquent des saisons. Le modèle urbain d’alimentation impose ses normes. Au cours des trente glorieuses, on ne gagnera plus son pain, mais son bifteck. Depuis la consommation de viande rouge ne cesse de baisser avec un renversement total du rapport à la nourriture. Désormais le danger de l’excès de nourriture (maladies cardio-vasculaires, obésité…) a remplacé la peur de la faim. Malbouffe au Nord, malnutrition au Sud… ainsi se résume la géopolitique alimentaire du monde…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Des famines plus politiques</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour autant durant ces « trente glorieuses », si les Européens gouttent aux joies de la consommation de masse, le problème de la faim dans le monde prédomine. Un habitant de la Terre sur trois ne mangent pas à sa faim. « Il y a actuellement plus d’hommes qui ont faim qu’il n’y en a eu dans toute l’histoire de l’humanité », déclare à l’époque le directeur général de la FAO. Dans les années 1960, au conflit Ouest/Est, marqué par la guerre froide s’ajoute l’opposition Nord/Sud, notamment autour de l’échange inégal. Paul VI publie une encyclique marquante sur les problèmes de développement <em>Populorum Progressio</em>. L’agronome René Dumont dénonce le manque d’intérêt des élites africaines pour l’agriculture dans son best-seller <em>L’Afrique noire est mal partie</em>, tandis que Paul Ehrlich publie <em>La bombe</em> P (P comme population). Les perspectives démographiques au niveau mondial suscitent en effet bien des inquiétudes.</p>
<p style="text-align: justify;">La réponse à ce défi, certains agronomes pensent la trouver dans cette révolution verte, initiée notamment par Norman Borlaug, un spécialiste de la pathologie des plantes, et soutenue par les grandes fondations américaines, qui propose aux économies rurales des pays en développement, des technologies sophistiquées (semences sélectionnées à haut rendement), mais très coûteuses car elles supposent le développement du machinisme, de la chimie (engrais, produits phytosanitaires…), de l’irrigation. Ce qui, finalement, ne profitera qu’à une minorité d’agriculteurs, les plus aisés.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le même temps, un regard nouveau s’impose sur les famines. Josué de Castro, médecin brésilien qui sera le premier président de la FAO, met en avant les responsabilités de l’homme et des sociétés humaines : « La vérité, écrit-il dans <em>Géographie de la faim</em>, est que la faim n’est pas un phénomène naturel, mais un phénomène social, un produit de l’action des hommes qui se reflète dans les institutions. » Les analyses de l’économiste Amartya Sen, qui a vécu en 1943 la famine au Bengale, alors qu’il avait dix ans, vont dans le même sens. Le prix Nobel d’Economie de 1998 estime que le déclenchement des famines n’est pas forcément la conséquence directe d’un manque d’aliments à la suite d’une mauvaise récolte, mais dépend davantage des conditions politiques de la spéculation. « Les famines sont le produit de la géopolitique, la malnutrition du sous-développement », estime la géographe Sylvie Brunel dans <em>Nourrir le monde</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">De la famine en Ukraine en 1932 qui fera 5 millions de morts au Grand bond en avant de Mao, en 1962 qui fera plus de 15 millions de victimes…, les famines sont en grande partie politiques. Du Biafra, en 1968, au Yémen aujourd’hui, en passant par le Soudan, la Somalie, la Corée du Nord, l’Ethiopie, le Darfour… les conflits sont sous-jacents. Ce qui ne facilite guère l’aide alimentaire d’urgence, qui s’est institutionnalisée, les agences d’aide et les ONG n’ayant pas toujours accès aux populations. L’aide est souvent un outil de contrôle, et la famine, une instrumentalisation politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Les émeutes de la faim de 2008 dans une trentaine de pays ont montré l’actualité de la faim, et témoignent de bien des points communs avec les famines du passé : la démographie, le manque de stocks, la spéculation sur les prix, la rumeur, hier la part des terres arables en jachère, aujourd’hui la concurrence des agrocarburants, et le développement d’une alimentation carnée (70 % des céréales sont aujourd’hui destinées à l’alimentation animale), la récurrence des accidents météorologiques, aggravée aujourd’hui par le changement climatique, la corruption des élites politiques et administratives.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant les famines ne devraient plus exister. Le monde produit suffisamment pour nourrir la planète. « Il faut 200 kilos de céréales par habitant et par an, or on en produit 330 », estime Marc Dufumier, ancien professeur d’agriculture comparée à AgroParisTech. Mais le problème n’est pas résolu pour autant. Il faut en assurer la distribution, la repartir le plus équitablement possible et permettre aux plus pauvres d’accéder à la nourriture en leur assurant un pouvoir d’achat. Et ce n’est pas le plus simple.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis des décennies, le même nombre de victimes de la faim, chiffré entre 850 000 et un milliard, ne bouge pas même si en proportion, il baisse du fait de l’augmentation de la population. Paradoxalement, ces victimes de la faim sont pour les trois quarts des hommes de la terre, paysans pauvres, paysans sans terre, ouvriers agricoles, parfois forcés pour survivre à l’exode vers les villes ou les ports, là où arrivent l’aide humanitaire ou les excédents bradés des pays riches. Souvent, ils s’adonnent à l’agriculture urbaine pour sortir de la misère.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’agriculture urbaine, au Sud et au Nord</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La FAO estimait qu’environ 800 millions de personnes dans le monde s’adonnaient à l’agriculture urbaine. Souvent une nécessité vitale car source de revenus directs pour des populations parmi les plus précaires. La production des villes a même représenté 20 % de la production agricole mondiale dans les années 1990. Aujourd’hui certains estiment qu’elle ne dépasse pas 3 %. Si l’agriculture urbaine a tendance à perdre de son importance dans les pays du Sud, elle est désormais à la mode dans les pays du Nord, dont les habitants se préoccupent désormais plus d’environnement, de qualité de vie, de sécurité des aliments&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Alphonse Allais voulait amener les villes à la campagne. C’est désormais la campagne qui s’invite à la ville. Phénomène de société ? Rêve de bobos ? Toujours est-il que le maraîchage urbain est dans l’air du temps.  Les projets se multiplient dans les grandes métropoles occidentales, (fermes verticales à très hautes technologies, potagers dans les parcs publics, aquaponie…) Le phénomène n’est pas nouveau, à l’exemple du quartier du Marais à Paris. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, 8 500 maraîchers produisaient sur 1 400 hectares (le sixième de la superficie de Paris), 100 000 tonnes de légumes destinés aux 2 millions de Parisiens, l’excédent étant exporté vers l’Angleterre. Quant aux jardins ouvriers, &#8211; lancés par l’abbé Lemire, à la fois pionnier du catholicisme social, député-maire d’Hazebrouck, et initiateur de nombreuses réformes sociales à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, pour notamment éloigner les ouvriers des cafés -, ils ont donné un air de campagne aux villes.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui dans Paris intramuros, sur une centaine d’hectares de toits ou de murs végétalisés, trente sont consacrés à l’agriculture. Paris possède la plus grande ferme urbaine hydroponique au monde sur les 14 000 m2 de toits du Parc des expositions. Elle produit une vingtaine de variétés de fruits et de légumes : des tomates noires de Crimée aux fraises charlotte…</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les grandes métropoles occidentales, l’agriculture urbaine, marginale en termes d’approvisionnement, &#8211; elle ne peut être qu’un complément alimentaire, car orientée essentiellement vers le maraîchage -, est avant tout un enjeu éducatif, notamment pour les jeunes générations et un créateur de lien social voire de convivialité. L’agriculture urbaine ne pourra contribuer qu’à la marge à cette insécurité alimentaire qui caractérise des grandes métropoles aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’autonomie alimentaire des villes, aujourd’hui</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie au fond, à d’autres, est une folie », déclarait le 12 mars 2020 Emmanuel Macron. Même si, en la circonstance, la chaîne alimentaire a plutôt bien fonctionné, la pandémie du Covid-19 nous interroge quant à nos modes de production agricole et de consommation alimentaire et notre souveraineté alimentaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Une étude, publiée en 2017 par le cabinet de conseil <em>Utopies</em>, constate que l’autonomie alimentaire des 100 plus grandes aires urbaines françaises s’élèverait à 2,1 % en moyenne. Ce qui signifie que, dans un périmètre allant jusqu’à 50 voire 100 kilomètres autour de ces agglomérations, seule 2 % de la production locale est consommée dans ce périmètre, ce qui signifie que chaque habitant de ces villes ne dépense qu’environ 15 € par an en production locale. Le reste, 98 %, est exporté. Ce qui, a contrario, veut dire que 98 % de la consommation alimentaire locale est importée de l’extérieur (hors périmètre), alors qu’une reconquête même partielle (de l’ordre de 10 à 15 % de la production locale (il serait inconcevable d’être totalement autonome !) permettrait de limiter les flux de transports, et donc l’empreinte carbone, de créer des emplois et de sécuriser la chaîne d’approvisionnement.</p>
<p style="text-align: justify;">D’autres études montrent que Paris et Londres ne disposent que de trois à quatre jours de réserves avec des produits alimentaires qui ont parcouru en moyenne 600 kilomètres, mais souvent beaucoup plus si l’on y intègre tous les composants. Une situation plus que problématique en cas de crises, qu’elles soient pandémiques, climatiques, énergétiques ou sociales, comme une grève des transports !</p>
<p>Denis Lefèvre</p>
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		<title>Robert Hossein, l’abbé Pierre et le night-club de Genève</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Jan 2021 15:15:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>

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		<description><![CDATA[Robert Hossein s’en est allé en même temps que cette sa [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Robert Hossein s’en est allé en même temps que cette satanée année 2020. Je l’avais rencontré, il y a dix ans, pour l’écriture du livre <em>Les Combats de l’abbé Pierre</em>. Ce croyant m’avait dit toute son admiration pour le fondateur d’Emmaüs. « J’ai une immense estime pour l’abbé Pierre. A chaque fois que j’allais le rencontrer, j’étais fou de joie. Il m’a toujours ému avec sa générosité instinctive, son sens du partage, son regard porté sur les autres, sur ceux qui souffrent, qui appellent, qui espèrent. La souffrance des hommes, c’était la sienne. Il m’a appris l’importance du regard que l’on porte sur les autres. Il n’était pas moralisateur ni moralisant ; il ne portait pas de jugements sur les gens. Il a assumé sa vie. D’ailleurs il est resté durant toute sa vie très jeune d’esprit. J’ai la conviction que si l’on veut donner sens à sa vie, on n’a pas d’autre choix que de s’inspirer de la démarche de l’abbé Pierre. Il a indiqué une voie qui me paraît la seule qui soit. »</p>
<p style="text-align: justify;">Il ajouta cette anecdote : « A Genève, un jour, alors que nous sortions d’un spectacle, il me dit :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>J’ai faim.</li>
<li>Mais à cette heure, à Genève, tout est fermé, lui répondis-je.</li>
<li>Ah, tant pis, nous nous en passerons !</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Et puis, nous sommes passés devant un night-club. Je m’adresse au portier pour savoir si l’on peut dîner. On est entré, on s’est installé et on a dîné. Plusieurs jeunes filles l’entouraient pleines d’admiration. Il ne s’est pas posé de questions. Il était naturel. Je peux dire que je suis l’un des seuls à avoir emmener l’abbé Pierre dans un night-club ».</p>
<p style="text-align: justify;">Robert Hossein a rejoint l’abbé Pierre et son ami Frédéric Dard. Tous trois doivent passer leurs soirées à jouer aux cartes, avec, sans doute, d’autres hommes de cœur…</p>
]]></content:encoded>
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		<title>La faim, la Covid-19 et nous</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Oct 2020 20:56:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>

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		<description><![CDATA[Compte rendu de l&#8217;intervention commune de Valenti [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<header class="header">
<h2 style="text-align: center;">Compte rendu de l&rsquo;intervention commune de</h2>
<h2 style="text-align: center;">Valentin Brochard, Martin Willaume et Denis Lefèvre,</h2>
<h2 style="text-align: center;">lors de l&rsquo;assemblée régionale Hauts de France le 3-10-2020 Trois parties: état des lieux /impact Covid/ et ici?</h2>
</header>
<div class="content">
<p align="center"><strong>Assemblée Régionale du CCFD-Terre Solidaire des « Hauts de France »</strong></p>
<p align="center"><strong>Samedi 3 octobre 2020</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<ol>
<li value="NaN">
<h2><u><strong>La faim dans le monde : un état des lieux</strong></u></h2>
</li>
</ol>
<p>Intervention à deux voix :</p>
<p>Valentin Brochard, chargé de plaidoyer <em>souveraineté alimentaire</em> au CCFD-TS</p>
<p>Martin Willaume, chargé de mission <em>Pays And</em>ins pour le CCFD-TS</p>
<p>(Animation : Michel Bardoz)</p>
<p><strong>Valentin  Brochard : aspects et causes d’une situation dégradée  </strong></p>
<p>La faim repart <em>à la hausse</em> depuis  cinq ans : 700 millions de personnes dans le monde  (soit 9 % de la population) souffrent de <em>sous-alimentation chronique. </em><sup>note 1</sup></p>
<p>L&rsquo;Asie reste la région où l&rsquo;on trouve le plus grand <em>nombre</em> de personnes sous-alimentées, devant l’Afrique, l’Amérique Latine et les Caraïbes. Mais en pourcentage, c’est l’Afrique qui est la région la plus touchée (19% de sa population), et la situation continue de s’y aggraver, surtout en Afrique de l’Est.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le récent rapport  annuel des agences onusiennes sur « <em>L’état de la sécurité alimentaire dans le monde</em> »<sup>note2</sup> introduit un nouvel indicateur, qui élargit la perspective et saisit plus finement les évolutions en cours. Il permet de mesurer <em><u>l’insécurité alimentaire</u>, </em> à différents niveaux de gravité.<sup>note3</sup> Une insécurité alimentaire modérée est déjà préoccupante : pour ceux qui en pâtissent, l’accès à la nourriture est incertain ; quand ils peuvent manger, ils consomment souvent les aliments les plus facilement disponibles  ou les moins chers, qui ne sont pas forcément les plus nutritifs et les plus sains.</p>
<p>Deux milliards de personnes (un quart de la population mondiale) souffrent d’insécurité alimentaire, modérée ou grave, principalement  dans les pays à faible revenu. Toutefois ce problème d’accès régulier à une nourriture suffisante, saine et nutritive existe aussi dans les pays du Nord à revenu moyen élevé, y compris 9% de la population en Europe et en Amérique du Nord.</p>
<p>Cette situation a des causes multiples: la multiplication des conflits, l’impact des dérèglements climatiques, mais aussi l’incapacité de nos systèmes agro-alimentaires mondiaux à nourrir convenablement la planète. Ces systèmes contribueraient plutôt à aggraver la situation par leurs impacts économiques, sociaux, écologiques,  et la piètre qualité nutritionnelle des produits obtenus.</p>
<p>A vrai dire, la faim est aujourd’hui moins un problème de production –elle pourrait  suffire à la tâche- qu’un problème de répartition, de pauvreté et de justice sociale. On sait bien que les victimes de la faim sont d’abord des ruraux, particulièrement de petits agriculteurs, des femmes et des enfants.</p>
<p>On observe aussi dans les pays latino-américains une relation entre : la dépendance des marchés internationaux  et  l’insécurité alimentaire…Au moins 3 milliards de personnes en ce monde  ne peuvent pas se permettre une alimentation saine de façon durable ; c’est le cas de plus de la moitié de la population africaine. Or, le rapport onusien  indique qu&rsquo;une  telle alimentation  coûte bien plus de 1,90 dollar américain  par jour (seuil de pauvreté international) ; le prix d&rsquo;une alimentation saine, même la moins chère, est cinq fois plus élevé que celui à payer pour se remplir l&rsquo;estomac de seuls féculents.</p>
<p>C’est d’un  véritable changement de paradigme que nous avons besoin. La promotion de l’agro-écologie en est l’une des facettes.</p>
<p><strong>Echos  des pays andins,  par Martin Willaume</strong></p>
<p>La situation latino américaine n’est pas la pire qui soit – si l’on considère son insertion correcte dans les circuits internationaux et ses statistiques globales- Mais on y relève des tendances inquiétantes, notamment en Bolivie  (15% de population sous-alimentée, contre 7% au Pérou), ou au Venezuela qui connaît une crise très forte qui rejaillit sur les pays voisins (un million et demi de Vénézuéliens sont réfugiés en Colombie, vulnérables  face à la faim).</p>
<p>En outre, les inégalités sont parfois  très fortes au sein d’un même pays. Ainsi, le « miracle minier »<sup>note4</sup> et les indicateurs économiques globaux positifs du Pérou cachent de grandes disparités entre le littoral, la zone andine et le versant amazonien. Les régions rurales reculées sont  plus exposées aux risques. La moitié des péruviens vivent sous le seuil de pauvreté.</p>
<p>L’insertion du Pérou dans le commerce international menace la sécurité et la souveraineté alimentaires du pays en modifiant les rapports au marché et les habitudes alimentaires. Le boom international du quinoa conduit les communautés paysannes  à exporter une partie de leur production, au détriment de la consommation locale. Les pâtes et le riz importés progressent aux dépens des produits locaux traditionnels. La production des pommes de terre se concentre sur quelques espèces, les plus rentables à l’export, aux dépens d’autres espèces natives, nutritives mais délaissées. Le Pérou importe les surgelés nécessaires à ses <em>fast-foods…</em></p>
<p>Le soutien au modèle d’agriculture familiale et paysanne s’impose. C’est l’une des tâches majeures des partenaires andins du CCFD-TS, tels que CIPCA (Bolivie), ou l’IMCA (Instituto Mayor Campesino, Colombie), et des partenaires engagés dans le programme de « Transition pour une Agro écologie  Paysanne au service de la Souveraineté Alimentaire » (TAPSA).<sup>note5</sup></p>
<p>C’est une tâche multiforme, qui au-delà des aspects  proprement agricoles (diversification  des cultures et des techniques, agroforesterie, …) intègre des aspects culturels et sociaux (reconnaissance du droit des femmes, droits des indigènes) et des actions de  plaidoyers  (obtenir des politiques publiques favorables).</p>
<p>*****</p>
<p><strong>Note  1</strong> : La <em>sous-alimentation chronique</em>  désigne l’insuffisance durable  de la ration calorique quotidienne. On retrouve le chiffre plus connu de 820 millions personnes « souffrant de la faim » si l’on prend aussi en compte les formes de malnutrition (mauvais état nutritionnel et carences dues à une alimentation mal adaptée ou mal équilibrée).</p>
<p>Le pourcentage global de personnes sous-alimentées  (la <em>prévalence</em>  mondiale de la sous-nutrition)  évolue peu : il se situe  plus ou moins autour de 9 pour cent. Ce sont  les chiffres en valeurs absolus  (les effectifs) qui augmentent depuis 2014 ; ce qui veut dire que la faim a augmenté au même rythme que la population mondiale.</p>
<p><strong>Note 2</strong> : le rapport dit « SOFI » est co-rédigé par cinq organismes spécialisés de l’ONU : la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture), le FID (Fonds international de développement agricole), le PAM (Programme alimentaire mondial, prix Nobel de la Paix 2020), l’UNICEF (Fonds pour l’enfance) et l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Le rapport souligne chaque année davantage la probable perspective  d’un échec de la communauté internationale  dans la poursuite de l’objectif « faim zéro » en 2030. La course contre la malnutrition est aussi mal engagée : entre un quart et un tiers des enfants de moins de cinq ans souffrent d&rsquo;un retard de croissance ou d&rsquo;émaciation. Les organismes onusiens invitent  donc à des « actions plus audacieuses » et plus globales (tout au long de la filière alimentaire, et dans l’économie politique qui façonne le la dépense publique, l’investissement, et l’activité commerciale)</p>
<p><strong>Note 3</strong> : Une personne est en situation <em>d’insécurité alimentaire «</em>lorsqu’elle n’a pas un  accès régulier à suffisamment d’aliments sains et nutritifs pour une vie saine et active ou une croissance ou un développement normal » (définition de la FAO). L’insécurité peut être due à l’indisponibilité de la nourriture ou au manque de ressources pour se la procurer.</p>
<p>Elle peut être ressentie à divers niveaux de gravité que la FAO mesure à l’aide d’une échelle de « l’insécurité alimentaire vécue » (FIES, <em>Food Insecurity Experience Scale</em>) :</p>
<p>-insécurité légère : apparition d’une incertitude sur la capacité de se procurer la nourriture) ;</p>
<p>-insécurité modérée (1): la qualité  et la diversité de l’alimentation sont compromises ;</p>
<p>-insécurité (2) : réduction des quantités  et repas sautés ;</p>
<p>-insécurité grave : privation d’alimentation pour un jour ou plus</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Note 4</strong>: Cette thématique de l’exploitation minière, des conflits et dégâts qu’elle provoque est bien documentée :</p>
<p><strong><a href="https://ccfd-terresolidaire.org/nos-publications/fdm/2015/290-novembre-decembre/perou-la-mine-5290">https://ccfd-terresolidaire.org/nos-publications/fdm/2015/290-novembre-decembre/perou-la-mine-5290</a></strong></p>
<p><strong>Note 5:</strong> on en saura plus sur les <strong><em>partenaires andins</em></strong> du CCFD-TS en se reportant au site internet national :</p>
<p><strong><a href="https://ccfd-terresolidaire.org/projets/ameriques/bolivie/en-bolivie-l-5300">https://ccfd-terresolidaire.org/projets/ameriques/bolivie/en-bolivie-l-5300</a></strong></p>
<p>présentation de CIPCA, partenaire bolivien,  janvier 2016</p>
<p><strong><a href="https://ccfd-terresolidaire.org/nos-combats/6-histoires-6-combats/l-histoire-de-seferino-6713">https://ccfd-terresolidaire.org/nos-combats/6-histoires-6-combats/l-histoire-de-seferino-6713</a></strong></p>
<p>l’histoire de Seferino, paysan bolivien passé à l’agroforesterie » septembre 2020</p>
<p><strong><a href="https://ccfd-terresolidaire.org/projets/projets-transnationaux/un-programme-mondial-de/colombie-agroecologie-paix-6521">https://ccfd-terresolidaire.org/projets/projets-transnationaux/un-programme-mondial-de/colombie-agroecologie-paix-6521</a></strong></p>
<p>interview de E.I.D. Pabon, directeur de l’IMCA (Instituto Mayor Campesino)         mis en ligne en janvier-février 2020</p>
<p>Le programme <strong>TAPSA</strong>, déployé sur quatre ans (2018-2022) a pris la suite du programme Paies ; il implique des partenaires de cinq régions du monde, dont des pays andins ; voir :</p>
<p><strong><a href="https://blog.ccfd-terresolidaire.org/centre/post/2020/05/05/Tapsa-Le-programme-de-Souverainet%C3%A9-Alimentaire-du-CCFD-Terre-Solidaire">https://blog.ccfd-terresolidaire.org/centre/post/2020/05/05/Tapsa-Le-programme-de-Souverainet%C3%A9-Alimentaire-du-CCFD-Terre-Solidaire</a>.</strong></p>
<h2><strong>                   2.<u> Les impacts de la pandémie de COVID-19</u></strong></h2>
<p>Intervention à deux voix: Valentin Brochard, chargé de plaidoyer <em>souveraineté alimentaire</em> au CCFD-TS  et Martin Willaume, chargé de mission <em>Pays Andins</em> pour le CCFD-TS</p>
<p>(Animation : Michel Bardoz).</p>
<p><strong>                                   Une crise alimentaire durable (Valentin Brochard)</strong></p>
<p>La pandémie de covid-19 a déclenché une crise alimentaire dont l’impact ne s’arrêtera pas avec la fin de la crise sanitaire, ne serait-ce qu’en raison de la profonde déstructuration de certaines  filières.  Elle agit comme un accélérateur : d’après les estimations de l’ONU, 132 millions de personnes  <em>supplémentaires</em> souffriront de sous- alimentation  d’ici la fin 2020, et  900 millions <em>de plu</em>s connaitrons l’insécurité alimentaire (y compris des européens)<sup>note 6</sup>.</p>
<p>Le confinement général, la fermeture des frontières et des marchés (à diverses échelles) ont écorné les chaînes d’approvisionnement et de  valeur (production non-alimentaire comprise d’ailleurs, comme le dit l’exemple des fleurs au Kenya),  et singulièrement  compliqué l’accès à une  alimentation saine et diversifiée.</p>
<p>La crise est une crise <em>de l’accès  à l’alimentation</em>. Accès  physique en premier lieu, en raison d’atteintes aux circuits (production-consommation), des récoltes laissées sur pied et   difficultés d’écoulement  (les producteurs de pommes de terre du Fouta Djalon , en Guinée, en ont fait l’amère expérience)  jusqu’à la fermeture de toute sorte de centres de distribution (par exemple la fermeture des cantines)</p>
<p>Crise de l’accès monétaire, aussi, en raison des pertes de revenus des travailleurs du secteur agricole ou du secteur informel. Les plus vulnérables sont comme toujours les populations les plus  pauvres ou  celles qui survivent grâce à un travail précaire.</p>
<p>Suivent dans un second temps, un certain nombre d’«impacts différés ». Notamment  la volatilité des prix sur les marchés internationaux (flambée des céréales) et nationaux (au Mexique le prix du maïs est multiplié par trois), qui creuse les différences entre villes et campagnes. Conjuguée avec la baisse  générale du pouvoir d’achat (donc la diminution des moyens consacrés à l’alimentation des ménages), elle installe durablement les populations modestes dans l’incertitude. Le repli sur quelques aliments bon marché qui s’ensuit pèse sur la qualité et la diversité de l’alimentation.</p>
<p>Beaucoup dépend et dépendra de la réponse des états  et de l’attention qu’ils portent aux plus vulnérables : les pauvres des villes et des campagnes, les travailleurs du secteur informel, les femmes et  les migrants. Cette attention  est comme on sait très variable d’un pays à l’autre.</p>
<p>La crise révèle en les intensifiant les vulnérabilités et les insuffisances des systèmes alimentaires mondiaux, finalement peu résilients face à des chocs inattendus, et peu durables. Les pays les plus touchés sont souvent les plus dépendants des marchés internationaux pour leurs exportations et importations alimentaires. La pandémie devrait donc conduire à repenser  nos systèmes internationalisés.</p>
<p>La crise suppose encore une  réponse internationale à la hauteur de la situation, qui tarde à venir et que plusieurs ONG appellent de leurs vœux. Réaction internationale cohérente  et coordonnée, qui implique notamment  que le Comité de Sécurité Alimentaire mondiale (CSA) joue pleinement son rôle.</p>
<p><strong>Des pays andins fortement touchés (Martin Willaume)</strong></p>
<p>Les pays andins sont très touchés par l’épidémie et la crise qui s’ensuit. Le Pérou  par exemple enregistre une mortalité due au covid élevée, la plus forte au sein de ce groupe de pays.<sup>note 6b</sup></p>
<p>La tension entre deux nécessités -se protéger, et travailler – est  très forte dans un pays où  la majorité des emplois relève du  secteur informel (sans couverture sociale, ni conditions de travail normalisées): les travailleurs, contraints de travailler, sortent en toutes circonstances. Les mesures prises par les autorités sont en partie inadaptées, en porte-à-faux par rapport aux réalités vécues par la population. Une partie d’entre elle ne comprend pas l’importance de la distance sociale, du lavage répété des mains, et du port du masque. Les mesures fortes (couvre-feu et état d’urgence), n’ont pas été totalement respectées ni efficaces.</p>
<p>Dès le printemps sont apparues des situations d’insécurité alimentaire, qui touchaient  par exemple les enfants qui n’étaient plus scolarisés ou certains quartiers confinés (Pérou, Colombie…) Les associations partenaires du CCFD-TS se sont donc consacrées  à la  distribution de repas, pour secourir des familles qui ne pouvaient plus travailler et ne recevaient aucune aide financière.</p>
<p>Travail d’urgence, pour ces partenaires qui en temps normal travaillent sur la durée longue  et accompagnent patiemment la transformation sociale et le cheminement vers l’autonomie. Mais aussi confirmation  pour ces associations travaillant déjà sur la coopération et les logiques solidaires des solutions agro-écologiques, qui pour le coup ont montré toute leur pertinence. Cela dit, la crise est aussi une « bonne occasion » pour d’autres acteurs, porteurs de ‘solutions’ productivistes ; la Bolivie vient ainsi en mai de mettre fin au moratoire sur les OGM. pour les cultures du blé, du maïs, du soja et du coton.</p>
<p>La solidarité doit s’exprimer aussi à l’égard des femmes, qui portent pleinement le poids de la crise, à la ville comme à la campagne. Elles affrontent la situation d’urgence quand tout manque, et le souci de l’éducation des enfants qui ne sont plus scolarisés. Certaines sont  privées de leur emploi (ouvrières agricoles, vendeuses sur les marchés, travailleuses du secteur informel).  A la campagne, leur charge de travail s’en trouve plutôt accrue –tâches domestiques et travail agricole conjugués– Enfin, les violences de genre se sont  multipliées.</p>
<p>*****</p>
<p><strong>Note 6</strong> : voir sur ce point :</p>
<p><strong><a href="https://ccfd-terresolidaire.org/nos-combats/souverainete/crise-alimentaire/le-virus-affame-6736">https://ccfd-terresolidaire.org/nos-combats/souverainete/crise-alimentaire/le-virus-affame-6736</a></strong></p>
<p><strong>note 6b</strong> : Le Pérou (33 Mn habitants) connaît une crise sanitaire majeure ; en nombre de personnes touchées  c’est le pays le plus atteint après le Brésil, et son taux de décès  dû au covid était en septembre 2020 de 87 pour 100 000  (plus que le Brésil, le Mexique ou les Etats-Unis).  Ici se conjuguent les déficiences du système sanitaire et hospitalier, la précarité économique  et une incontournable promiscuité : « Comment se protéger dans un pays où près de 70% de la population travaille dans le secteur informel ? » interrogeait  en avril un article sur le site national :</p>
<p><strong><a href="https://ccfd-terresolidaire.org/actualites/covid-19/perou-amazonie-la-crise-6593">https://ccfd-terresolidaire.org/actualites/covid-19/perou-amazonie-la-crise-6593</a></strong></p>
<p>(cet article comporte une brève présentation de partenaire Manthoc, association d’éducation populaire,  partenaire du CCFD-TS)</p>
<h2><strong> 3. Et ici ..? Quelques aperçus  de l’intervention de Denis Lefèvre  </strong></h2>
<p>(extraits de l’interview conduite  par Jean Wambergue )</p>
<p>Denis Lefèvre  est journaliste et écrivain, spécialiste du monde  rural et agricole. Son dernier livre s’intitule: «<em>Des racines et des gênes : une histoire mondiale de l’agriculture </em>», 2018, Editions Rue de l’Echiquier<sup>note7</sup></p>
<p>Les constats qui précèdent nous invitent à nous interroger sur nos modes de production et de consommation, à mieux cerner les enjeux éducatifs et la couleur de notre action <strong><em>« ici ».</em></strong></p>
<p>En grippant les échanges commerciaux, l’épidémie de Covid-19 a aussi  révélé quelques –unes de nos dépendances  et remis en lumière certaines réalités nationales…</p>
<p><strong>Les villes françaises loin de « l’autosuffisance » :</strong></p>
<p>En 2017 le degré d’autosuffisance des 100 premières aires urbaines françaises est en moyenne de 2% Autant dire que la part du local  dans le total des produits alimentaires intégrés dans l’alimentation  urbaine reste marginale. En moyenne, 98% de la consommation alimentaire de ces aires est donc « importé ». Situation paradoxale puisque dans le même temps 97 % de ce qui est produit dans un rayon de 80-100 km autour de ces agglomérations  est « exporté » !</p>
<p>Cette autosuffisance varie selon les aires urbaines. Avignon vient en tête avec 8%, suivie par un petit groupe de villes situé autour de 6-6,5 %, comprenant notamment  Valence, Nantes, Angers, Saint- Brieuc.  Certaines aires  présentent  d’ailleurs un bon niveau d’autonomie pour <em>certains produits</em> : les fruits et légumes à Avignon (30%), les volailles et les œufs à Saint-Brieuc, les produits laitiers à Rennes.  A l’extrême opposé, les aires de Thionville, Forbach,  Compiègne et Creil, sont en queue de peloton avec des taux inférieurs à 0.2% <sup>note 8</sup></p>
<p>En moyenne, les habitants des aires urbaines consomment tout juste chaque année 15,50 euros par tête de produits locaux. On retrouve ici les contrastes régionaux : c’est davantage pour Avignon  où  55 euros  reviennent aux producteurs locaux, mais c’est moins d’un euro pour les  villes mal classées.</p>
<p>L’essentiel de la production agricole des aires urbaines est en fait incorporé dans des produits alimentaires consommés hors de leur territoire.</p>
<p>Au bout du compte, l’autonomie alimentaire des aires urbaines est souvent très  réduite, même pour de très grandes villes ; Paris  par exemple dispose seulement  de trois ou quatre jours de réserve.</p>
<p>L’amélioration de la situation peut emprunter plusieurs voies…</p>
<p><strong>Repenser la distribution </strong></p>
<p>Cela peut se faire en développant les « supermarchés paysans », « coopératifs », ou « 100% local », et par le soutien à la vente en « circuit court ».</p>
<p>Les AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) sont désormais bien connues. Le premier exemple de dispositif de ce genre est apparu au Japon, suite à un scandale sanitaire; des mères de famille ont établi dès 1965 les premières « coopérations »  pour disposer de produits alimentaires obtenus sans produits chimiques et exempts de mercure. En France, la création des Amap se fait en 2001, en réaction contre la « malbouffe ». On en compte aujourd’hui environ 3000, qui concernent 7000 producteurs et touchent 70 000 familles. Cela correspondrait à 15% de leur consommation alimentaire.</p>
<p>S’y ajoutent d’autres acteurs et modalités : des « entreprises » (comme les marchés forains, les tournées, les réseaux comme ‘la ruche qui dit oui’), ou ceux qui naissent ‘d’initiatives citoyennes’ (coopératives, cantines scolaires…).</p>
<p>L’idée est bien de nature économique : il s’agit de conjuguer un schéma de distribution direct (=le moins possible d’intermédiaires) <em>et</em> la<em> proximité géographique </em>pour le bénéfice commun des producteurs et des consommateurs. Mais on vise aussi à favoriser la transparence et l’équité des échanges, le lien social, et la préservation de l’environnement.</p>
<p>Les produits commercialisés sont encore majoritairement issus d’une agriculture traditionnelle. Local  n’est pas nécessairement synonyme de ‘bio’. La part du bio représente 6% des achats alimentaires  français. Mais il progresse vite dans les esprits et dans les comportements, comme dans la production ; l’agriculture bio en  France concerne  9.5% des exploitants et occupe désormais  8% des superficies agricoles.</p>
<p><strong>L’écho grandissant de « l’agriculture urbaine »</strong></p>
<p>Pour améliorer l’autonomie alimentaire on peut aussi chercher à rapprocher la production agricole locale de la demande des consommateurs résidents. Une première  façon de faire consisterait à réorienter l’agriculture locale environnante. Le potentiel agricole local pourrait être réorienté vers la consommation locale, ou modifié pour mieux coller  aux besoins locaux. Le potentiel des cent premières aires urbaines  pourrait ainsi couvrir plus de la moitié (en valeur) des besoins agricoles incorporés dans la consommation alimentaire.</p>
<p>La promotion d’une « agriculture urbaine » est une autre piste, tout à fait dans l’air du temps.</p>
<p>Pour diminuer la dépendance alimentaire  des villes entreprennent  ou envisagent de produire sur leur territoire une partie de leur alimentation,  via la création de jardins maraîchers, de vergers, de petits élevages, ou autres « fermes urbaines ».  C’est aussi l’une des solutions proposée par la FAO pour répondre aux besoins de la sécurité alimentaire dans villes de pays à faible revenu.</p>
<p>Il existe des précédents : les activités agricoles ont toujours existé en ville ou à proximité.  Mais les expériences et  projets contemporains s’inscrivent dans une perspective de reconquête territoriale, ouvertement « localiste», soucieuse de réduire la consommation d’énergie et les émissions de gaz carbonique, ou de  recycler les déchets organiques.<sup>note 9</sup> Ces  « initiatives de transition »,  lancées par divers acteurs –municipalités,  groupes de citoyens, associations&#8230;-, revêtent en outre une vocation pédagogique et une dimension sociale (favoriser les rencontres et les échanges).</p>
<p>Les lieux où se déploie cette agriculture urbaine sont en partie originaux : outre les potagers partagés, on sollicite les cours, les toits, et on verra bientôt des formes nouvelles  « d’agriculture verticale ». Les projets urbains doivent il est vrai surmonter quelques obstacles particuliers, tels que la faible  disponibilité et le coût du foncier, l’accès à l’eau, la pollution.</p>
<p><strong>Le gaspillage alimentaire: un autre enjeu majeur</strong></p>
<p><strong> environnemental, éthique et éducatif</strong></p>
<p>Dix millions de tonnes: c’est le poids estimé du gaspillage alimentaire annuel en France. Cela équivaut à  peu près à 6 milliards de repas, quand les ‘<em>Restos du Cœur’</em> en distribuent 140 à 150 millions !  Nous jetons 20 à 30 kg d’aliments par personne et par an, dont 7 kg encore emballés; un gâchis estimé à 108 euros par personne et par an.<sup>note10</sup></p>
<p>Ce gaspillage déconcertant s’effectue à toutes les étapes du circuit, de la production (un tiers du total) à la consommation (un autre tiers, restauration comprise) en passant par la transformation (21%) et la distribution (14%). Tous ces secteurs sont concernés, pour des raisons différentes: surproduction, récoltes laissées sur pied, calibrage strict et critères « esthétiques »,  rupture de la chaîne de froid, mauvaise gestion des stocks …</p>
<p>Le gaspillage alimentaire  est en réalité mondial, et coûte très cher : l’ONU estime qu’un tiers de la production agricole mondiale est gaspillée. Ce gaspillage pourrait pourtant être en bonne partie évité… et le monde pourrait envisager de manger à sa faim.</p>
<p>[Compte rendu  établi  par G. Jovenet, à partir de ses notes]</p>
<p>*****</p>
<p>Note 7 : Denis Lefèvre est issu du monde rural (Aisne) et s’intéresse particulièrement à son évolution. Il a écrit bon nombre d’articles et d’ouvrages. Sa synthèse récente, copieuse  et  très lisible &#8211; « Des racines et des gênes » &#8211; se déploie en deux tomes : 1. Du Néolithique à la deuxième guerre mondiale »  et 2. « La période contemporaine » (éditions Rue de l’échiquier, 2018), qui  existent au format poche.  D. Lefèvre s’est aussi beaucoup  intéressé  à <em>Emmaüs</em> (à son fondateur comme à son action) et engagé dans la vie associative.</p>
<p>Note 8 : Une soixantaine d’aires urbaines présentent des valeurs inférieures à la moyenne  générale de 2%. C’est en Bretagne et dans les Pays de Loire qu’on trouve le plus grand nombre d’aires urbaines présentant des taux d’autosuffisance  élevés.  C’est dans le Grand Est et les Hauts de France qu’on recense  la plupart  des aires les moins autosuffisantes.  Lille (3.16 %), Saint Omer (2.76), Béthune (2.17)  devancent Boulogne, Dunkerque ou Arras (entre 1,5 et 1,9 %)  en meilleure posture que Valenciennes, Calais ou Lens (moins de 1%).</p>
<p>Note 9 : Plusieurs villes comme Rennes ou Albi se sont récemment  lancées dans un projet « d’autosuffisance alimentaire » qui s’inscrit dans un ensemble d’enjeux de « résilience » territoriale : sécuriser les approvisionnements, diminuer la dépendance,  améliorer la qualité et la traçabilité des produits, réduire l’empreinte carbone</p>
<p>Note 10 : Sur ce thème du gaspillage, Denis Lefèvre a fait référence à l’ADEME, agence de la transition écologique   <strong><a href="http://www.ademe.fr/" target="_blank">www.ademe.fr</a>  </strong>, « çà suffit le gâchis » (12 octobre 2020).</p>
<p>Signalons aussi  le CeRDD,  centre de ressource du développement durable (groupement d’intérêt public)  qu’on retrouvera sur <strong>www. cerdd.org</strong> ,  et l’association France nature environnement<a href="http://www.fne.asso.fr/" target="_blank"> <strong>www.fne.asso.fr</strong></a>  qui proposent une documentation claire sur le sujet.</p>
</div>
<footer id="infos">Article publié par <span class="auteur">Guy Jovenet &#8211; CCFD Terre Solidaire </span>• Publié <time datetime=" 2020:10:20">Mardi 20 octobre 2020</time> • 33 visites</footer>
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		<item>
		<title>Débat autour du documentaire Faut-il arrêter de manger les animaux ? à l&#8217;aiguillage à Château-Thierry, le 17 décembre 2019</title>
		<link>http://www.denislefevre.fr/debat-autour-du-documentaire-faut-il-arreter-de-manger-les-animaux-a-laiguillage-a-chateau-thierry-le-17-decembre-2019/</link>
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		<pubDate>Tue, 07 Jan 2020 10:29:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.denislefevre.fr/?p=1429</guid>
		<description><![CDATA[Introduction et animation du débat Ce film, &#171;&#038;nbs [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Introduction et animation du débat</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ce film, &laquo;&nbsp;Faut-il arrêter de manger les animaux ?&nbsp;&raquo;, de Benoît Bringer, grand prix du Festival international du grand reportage d’actualité, nous interpelle au plus profond de nous-même de manière ni idéaliste, ni moralisatrice.</p>
<p style="text-align: justify;">On a tendance à penser qu’il s’agit de préoccupations nouvelles, parce que dans nos sociétés modernes l’on croit que l’on a tout inventé, alors que l’on ne fait que réinventer des questionnements essentiels. Or ce débat sur la relation animale, sur la consommation de chair animale, a traversé toutes les civilisations, même s’il prend des formes nouvelles aujourd’hui. De tout temps, dans toutes les civilisations, l&rsquo;homme a entretenu un rapport ambigu, parfois tabou à la chair animale. Les religions ont codifié des rites, ont instauré des interdits alimentaires, ont mis en avant le côté sacrificiel de la mise à mort de l’animal.</p>
<p style="text-align: justify;">Les Pythagoriciens, philosophes grecs, condamnaient le sacrifice animal. L’hindouisme, le bouddhisme, le taoïsme prônaient le végétarisme, comme également, au sein du christianisme, les pères du désert, les trappistes et les bénédictins&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Au XIXème siècle le débat sur l’hippophagie, (pouvait-on manger de la viande de cheval ?) a divisé la société. Des romanciers comme Victor Hugo, Larousse, le père du fameux dictionnaire, l’astronome Maupertuis, plaidaient pour le bien-être animal, et s’insurgeaient contre la conception de Descartes sur les animaux machines. Conception qui va inspirer les fondateurs de la zootechnie. Ces intellectuels vont susciter la création de la SPA.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant au végétarisme, Il suffit de regarder la liste des personnages historiques qui étaient végétariens. Et elle est impressionnante : de Platon à Lanza del Vasto, de Confucius à Kafka, de François d’Assise à Martin Luther, de Charles Darwin à Théodore Monod, de Georges Cuvier à Albert Schweitzer, de Virgile à Marguerite Yourcenar en passant par Pascal, Montaigne, Rousseau et Voltaire qui avaient au moins cela en commun, Lamartine, Tolstoï, Einstein et plus près de nous Robert Redford, Steve Jobs… Songer du peu !</p>
<p style="text-align: justify;">Le plus grand ethnologue français, Claude Lévi-Strauss a écrit : « Un jour viendra où l’idée que pour se nourrir les hommes du passé élevaient et massacraient des êtres vivants et explosaient complaisamment leur chair en lambeaux dans ces vitrines, inspirera sans doute la même répulsion qu’aux voyageurs du XVI et XVIIème siècles, les repas cannibales des sauvages américains, océaniens ou africains. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui a changé aujourd’hui, c’est qu’on est passé de préceptes religieux ou philosophiques à des considérations éthiques, environnementales, hygiénistes et de santé. Ce qui a changé encore, c’est notre rapport à la mort. La logique sacrificielle, la dimension sacrée de la mise à mort de l’animal a disparu. On le voit bien dans ce film. Ce qui a changé enfin, c’est l’accroissement de la consommation de viande depuis deux siècles. Car la consommation est restée plutôt faible durant les deux derniers millénaires. Et sans doute a-t-on consommée beaucoup plus de viande durant la Paléolithique, ce qui a permis à l’Homme du Paléolithique de survivre pendant périodes glaciaires, qu’au Néolithique où nos ancêtres chasseurs cueilleurs sont devenus agriculteurs et ont domestiqué le bœuf, le mouton et le cochon. Il n’y a guère qu’au XIVème et XVème siècles, après l’épidémie de peste, que le peuple a mangé plus de viande. Les historiens ont parlé de Moyen Age carnivore.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant les dernières décennies, on a industrialisé l’élevage, on a construit des abattoirs loin des centre-ville. Durant les Trente glorieuses, du fait de l’amélioration du niveau de vie, on a mangé de plus en plus de viande. Après la Seconde guerre mondiale on a gagné son bifteck, alors qu’avant on gagnait son pain. En 1890, on consommait quotidiennement 900 grammes de pain et 110 grammes de viande ; en 1985 on consommait 200 grammes de viande (un pic) pour un peu plus de 200 g de pain et, en 2019, 135 g de viande pour 120 à 130 g de pain.</p>
<p style="text-align: justify;">A partir des années 1980, la consommation a baissé, avec aussi un transfert sur les viandes blanches au détriment des viandes rouges. Le scandale du veau aux hormones dans les années 1970, puis la vache folle à partir de 1996, et les inquiétudes autour de Dolly, la première brebis clonée, ont accéléré la tendance.</p>
<p style="text-align: justify;">Au-delà de la consommation de viande, c’est le rapport à l’animal qui change. On est loin des animaux machines de Descartes. Depuis on a découvert que l’animal était un être sensible. Si bien qu’aujourd’hui la viande est très éloignée de l’animal, tant elle est transformée. On n’imagine pas servir des yeux de bœuf dans un restaurant, ce qui était le cas au début du 20ème siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces bouleversements touchent au-delà de la consommation de viande, les questions autour du bien-être animal, de la réintroduction d’espèces sauvages comme l’ours, le loup dans les espaces montagnards, du rapport à la chasse, à la tauromachie, au cirque et au zoo…</p>
<p style="text-align: justify;">En même temps, une société complètement végétarienne, ou qui privilégierait la viande cultivée in vitro en laboratoire, ce serait la fin d’une civilisation, la fin de l’élevage, des campagnes bouleversées par la disparition des prés qui sont très utiles pour la captation du CO2, alors que l’on accuse les vaches d’être un gros producteur de méthane, un des GES. Et je ne parle pas des conséquences sur nos paysages…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Débat avec </strong></p>
<p><strong>Benoît Bringer, journaliste réalisateur du documentaire, Sébastien Hincelin, agriculteur bio à Rocourt-Saint-Martin, Jean-François de la Monneraye, ancien médecin généraliste à Soissons, Thierry Guyon, éleveur à Epaux-Bézu, commercialisant en circuits courts, Philippe Meurs, Président d’arrondissement de l’Union des Syndicats Agricoles de l’Aisne, Benoît Perin, président de l’AMAP les Saveurs du Tardenois.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion du débat</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L’ampleur des enjeux actuel est telle (changement climatique, eau, sols, biodiversité…) que le temps est compté. Le problème est que les changements dans l’agriculture se font sur le temps long.</p>
<p style="text-align: justify;">Et à ce titre, l’agriculture est une activité qui apparaît en contradiction avec toutes les tendances actuelles, il est vrai difficile à déchiffrer :</p>
<p style="text-align: justify;">Une activité qui réclame du temps long dans un monde qui s’accélère de matière vertigineuse ;</p>
<p style="text-align: justify;">Une activité qui a connu des bouleversements considérables en sept décennies, notamment démographique…</p>
<p style="text-align: justify;">Une activité sédentaire dans un monde qui se nomadise de plus en plus ;</p>
<p style="text-align: justify;">Une activité très concrète, productrice de nourritures et de matières premières dans un monde où dominent les biens immatériels : le virtuel, la financiarisation de l’économie contre l’économie réelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Une activité en lien avec le vivant dans un monde de plus en plus virtuel ;</p>
<p style="text-align: justify;">Une activité ancrée dans les territoires au sein d’un monde globalisé fonctionnant en réseau ;</p>
<p style="text-align: justify;">C’est aussi une des rares activités de dimension globalement artisanales à être directement confronté au marché mondial. Du local au global ;</p>
<p style="text-align: justify;">C’est une activité qui pour plein de raison n’entre pas dans les schémas classiques de l’économie politique (libéral comme marxiste), et que l’on fait rentrer de force aujourd’hui dans un schéma libéral. Notons que les élites sont peu à même de comprendre les spécificités de l’agriculture ;</p>
<p style="text-align: justify;">Tous ces questionnements bouleversent notre rapport au vivant, notre rapport au temps, notre rapport aux territoires, notre rapport aux paysages…</p>
<p style="text-align: justify;">En même temps, c’est une activité qui est au cœur des enjeux de société, voire de civilisation : Environnement, santé alimentaire, aménagement du territoire, enjeux technologiques (OGM, clonage enjeux culturels (la question des paysages, la gastronomie…), enjeux économiques et sociaux…</p>
<p style="text-align: justify;">Une activité au cœur de toutes les contradictions et tous les paradoxes. Car entre vaches folles et Dolly, entre malbouffe et gastronomie, entre grande distribution et circuits courts, entre productions intensives et agriculture bio, entre mode de production familial et mode de production industriel, entre fonction nourricière et diversifications dans la production énergétique, la société s’interroge et les agriculteurs aussi. C’est un choix de société. Et je crois que de la manière dont on gèrera la question agricole et alimentaire, dépendra notre type de société.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, nous sommes tous responsables de la situation actuelle. C’est trop facile de pointer du doigt les seuls agriculteurs. A partir des années 1960, ils ont répondu aux demandes des politiques, des pouvoirs publics, des consommateurs qui veulent à la fois des prix bas et des produits de qualité. Aujourd’hui, le monde urbain, de plus en plus déconnecté des réalités campagnardes, semble croire que l’on peut tout changer d’un coup de baguette magique. Or il faut du temps et un accompagnement financier. Le contribuable est-il prêt à payer plus d’impôt pour une agriculture plus respectueuse de l’environnement ? Le consommateur est-il prêt à payer plus cher sa nourriture ? Les pouvoirs publics sont-ils prêts à proposer un nouveau pacte agricole, alimentaire, environnemental de même ampleur que celui engagé par Pisani dans les années 1960, mais à contre-courant ? En fait nous sommes tous un peu hypocrites !</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce contexte, pas sûr que le choix de victimisation tel qu’on l’entend aujourd’hui soit la meilleure façon de répondre à cette impérieuse nécessité de dialogue entre rats des villes et rats des champs…</p>
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		<title>Intervention pour les 20 ans du semencier Saaten Union,  Le 13 juin 2019</title>
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		<pubDate>Fri, 14 Jun 2019 12:08:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Introduction : 20 ans l’âge de raison, le bel âge, l’âg [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Introduction </strong>:</p>
<p style="text-align: justify;">20 ans l’âge de raison, le bel âge, l’âge de tous les possibles.</p>
<p style="text-align: justify;">20 ans, c’est important à l’échelle d’une vie d’homme,</p>
<p style="text-align: justify;">20 ans, un rien, l’infiniment petit, à l’échelle de l’histoire de l’humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pourtant, il s’en est passé des choses, durant ces vingt ans à tous les niveaux et en particulier au niveau de l’agriculture.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’accélération du temps</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En observant l’évolution de nos sociétés, on s’aperçoit que les quatre grandes angoisses qui traversent aujourd’hui la population française, mais plus largement la population européenne, voire une grande partie de la planète, à savoir :</p>
<p style="text-align: justify;">La mondialisation,</p>
<p style="text-align: justify;">Le terrorisme,</p>
<p style="text-align: justify;">L’avènement de la société numérique, et</p>
<p style="text-align: justify;">Les questions environnementales étaient quasiment méconnues, il y a 40 ans, et vont commencer à irriguer la société française, il y a seulement 20 ans, quand se créait votre société.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Force est de constater cette accélération du temps presque exponentielle qui fait qu’on a réalisé plus de progrès en agriculture lors des sept dernières décennies qu’au cours des huit millénaires qui ont précédé la Seconde guerre mondiale.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En effet, que de bouleversements au cours de ces dernières décennies ! L’année 1999 reflète cette transformation du monde, amorcée dix ans plus tôt avec la chute du mur de Berlin et les événements de Tian an men. 1999 voit l’entrée en vigueur de l’euro, la guerre du Kosovo, la démission de Boris Eltsine et l’arrivée de Poutine, le débat sur les OGM qui s’amplifie et, beaucoup de catastrophes naturelles et climatiques, déjà.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le grand chambardement des campagnes françaises</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est aussi le grand chambardement des campagnes françaises, cher à l’historien Fernand Braudel, qui perdure, voire s’accélère. Aucun autre secteur n’aura connu des bouleversements aussi importants, au cours des dernières décennies.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1/ Bouleversements démographiques</strong>, d’abord, le plus impressionnant : 30 % de population active agricole à la fin de la Seconde guerre mondiale, soit plus de 4 millions d’actifs,  moins de 3 % aujourd’hui soit un peu plus de 400 000 actifs. Les chefs d’exploitation ne représentent en 2018 que 1,8 % de la population active. En quelques décennies, les agriculteurs encore majoritaires dans la population au début du XXème siècle sont devenus une minorité, presqu’une infime minorité. Aucune autre catégorie socioprofessionnelle n’a connu une si importante érosion démographique. Ce qui se traduit par une prise de conscience douloureuse, d’autant plus mal ressentie que, dans le même temps, le monde se désarticule et qu’émergent aux extrêmes un modèle d’agriculture de firme obéissant à des logiques financières transnationales, sous-traitant d’ailleurs souvent l’ensemble des travaux agricoles à des prestataires, et d’autres formes alternatives (circuits courts, AMAP, permaculture…) souvent menées par des acteurs qui ne sont pas issus du monde agricole.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2/ Bouleversements technologiques</strong> : une vache qui donnait 1 200 litres il y a 50 ans en produit aujourd’hui huit fois plus tandis que des années 1960 aux années 1990 le rendement en blé augmentait d’un quintal par an. Notons que depuis les années 1990 il a tendance à stagner.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3/ Bouleversements professionnels</strong> : on est passé de l’état paysan au métier d’agriculteur, de l’exploitation familiale à des structures juridiques nouvelles. Et plus récemment, notons cette forme d’éclatement du monde agricole qui se voulait unitaire, avait une vision assez harmonieuse, portée notamment par des mouvements de jeunes comme la JAC (Jeunesse agricole catholique), la génération Michel Debatisse, depuis la modernisation des années 1960, mais qui, aujourd’hui, semble éclater entre des visions très différentes sur l’avenir de la profession.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4/ Bouleversements dans le poids électoral et la représentation politique</strong> : émergence dans toute l’Europe des idées écologistes et libérales qui vont marginaliser le monde paysan, autrefois très puissant politiquement. Il y a trois décennies, le poids électoral du monde agricole était important et dépassait le nombre des actifs agricoles, agrégeant les retraités de l’agriculture, les professions en lien avec le monde agricole : techniciens, vétérinaires, salariés des organisations professionnelles, et les enfants issus de familles agricoles, qui bien que devenus citadins, gardaient quelques affinités avec le monde agricole. Cet électorat représentait une part non négligeable de l’électorat de certains partis politiques. Aujourd’hui tout cela a éclaté. Cela se traduit également par un bouleversement dans l’équilibre du monde rural, avec une marginalisation de la population agricole dans les villages. Il y a quelques décennies les agriculteurs représentaient près de la moitié du total des maires. Ce n’est désormais plus le cas. Et dans certains villages, les agriculteurs ne sont plus représentés au sein des conseils municipaux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5/ Bouleversements sociétaux</strong> avec la fin des trente glorieuses, qui voient l’émergence dès la fin des années 1960 des mouvements écologistes, dans le sillage de la publication du livre <em>Le printemps silencieux</em> de Rachel Carson, une biologiste américaine, un best-seller  témoignant des dégâts du DDT sur la faune est un des épisodes les plus importants. John Kennedy qui avait lu le livre avait décidé contre l’avis de son ministère de l’agriculture d’interdire le DDT. Puis ce fut mai 1968, et dans les années 1970, la publication du rapport du Club de Rome, et la première candidature écologiste à une élection présidentielle en France en 1974, celle d’un agronome, René Dumont, professeur d’agriculture comparée à l’Agro de Paris, membre du Commissariat au Plan de Jean Monnet à la Libération, où il sera l’instigateur d’une politique agricole moderniste et productiviste, notamment la révolution fourragère…</p>
<p style="text-align: justify;">En même temps, il y aura la prise en compte dès les années 1970 de la question de la sécurité alimentaire, avec l’affaire des veaux aux hormones, puis quelques années plus tard, le tragique épisode de la vache folle, sur fond d’amiante, de Tchernobyl, d’affaire du sang contaminé et autres salmonelloses.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6/</strong> <strong>Bouleversements des équilibres économiques et géopolitiques</strong>. Avec l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan aux Etats-Unis et de Margaret Thatcher en Grande Bretagne, les idées keynésiennes (rôle de l’Etat dans les équilibres économiques) qui avaient marqué les politiques économiques et sociales des pays occidentaux depuis la crise de 1929 et le New Deal de Roosevelt, sont remplacés par les thèses monétaristes (F. Hayek et Milton Friedman)  qui prônent la fin de l’intervention de l’Etat, la libre concurrence, le marché… Déjà, dès la fin des années 1970, après les crises pétrolières (1973 – 1979) et la fin de l’énergie à bas prix, notons l’érosion ce que l’on a appelé l’Etat providence, les délocalisations et les débuts de la désindustrialisation, la baisse de la population ouvrière et, par la suite, une économie financière qui va s’imposer de plus en plus à l’économie réelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Une dérégulation qui touche toutes les politiques économiques et à laquelle la PAC n’échappe pas depuis la réforme de 1992 et de toutes celles qui vont suivre, jusqu’à la fin des quotas laitiers et récemment des quotas sucriers. Les négociations du GATT puis de l’OMC, l’élargissement de l’Europe, le « détricotage » de la PAC, vont ouvrir la porte à une concurrence exacerbée entre Etats-Membres et producteurs de ces Etats Membres. Loin des idéaux de paix, de solidarité, des Pères de l’Europe ! Lors de la négociation du Traité de Rome, instituant la Communauté européenne, le négociateur, Paul-Henry Spaak, un homme d’Etat belge, avait interdit aux ministres de l’Economie et des Finances des Six d’intervenir dans la négociation, pour éviter que chacun des pays ne soit tenté de négocier le bout de gras !</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours des 20 dernières années, le monde agricole a confirmé voire amplifié les tendances des périodes précédentes : agrandissement des exploitations (42 ha en moyenne en 2000, 64 ha aujourd’hui), montée en puissance de l’agriculture sociétaire, prééminence des productions végétales au détriment des productions animales qui avaient pris l’avantage durant les Trente Glorieuse, spécialisation accrue des exploitations et des régions, concurrence accrue entre les Etats-Membres de l’Union européenne, développement du bio (7,5 % des surfaces aujourd’hui) et des circuits courts, disparités des revenus entre exploitations, entre productions, entre régions qui ont tendance à s’aggraver, et des progrès en termes d’innovations qui tendent plus vers le qualitatif que le quantitatif…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Paradoxalement, alors que la population agricole ne cesse de baisser, l’agriculture se trouve plus que jamais au cœur des enjeux de société, voire des enjeux de civilisation : </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1/ Enjeux géopolitiques, économiques et sociaux</strong> avec la mondialisation, les relations Nord/Sud, les marchés des matières premières, la question de l’emploi, l’avenir de l’Europe, la financiarisation de l’agriculture, qui se traduit par les dérives spéculatives qu’on a connues en 2008 et l’accaparement des terres par des grandes firmes ou des Etats, notamment dans le tiers monde ; Et puis, bien sûr la question sensible de nourrir dix ou onze milliards de terriens d’ici 2100. Se nourrir est un besoin vital et la question alimentaire est avec les enjeux environnementaux, la plus essentielle.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2/  Enjeux sanitaires</strong> avec la sécurité alimentaire ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3/ Enjeux territoriaux</strong> avec les déserts ruraux et la métropolisation du territoire, et peu de transferts publics des régions riches vers les régions les plus pauvres. Et ce constat que plus on s’éloigne des métropoles, plus on est pauvre !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4/ Enjeux technologiques</strong> liés aux nouvelles technologies du vivant comme la transgénèse ou le clonage…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5/ Enjeux éthiques</strong> liés à ces nouvelles technologies, mais aussi avec la question du bien-être animal et la montée en puissance de modes de consommation (modes de vie) végétariens voire véganes…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6/ Enjeux culturels</strong> avec la question des paysages, des terroirs, de l’agriculture biologique et de la qualité gastronomique, la relation avec le monde sauvage : notamment avec la réintroduction du loup, de l’ours, du lynx… dans certaines régions de montagne, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes avec l’élevage pastoral.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7/ Enjeux environnementaux</strong> : de la question de l’eau à la dégradation des sols, du changement climatique à la protection de la biodiversité…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’agriculture est au cœur de tous ces enjeux, ce qui en fait un laboratoire de modernité dans la société. Bref entre vaches folles et Dolly, la première brebis clonée, entre malbouffe et gastronomie, entre grande distribution et circuits courts, comme les AMAP, entre productions intensives et agriculture bio, entre mode de production familial et mode de production industriel, entre fonctions nourricières et diversifications, notamment dans la production d’énergie, la société s’interroge, et en particulier, le monde agricole. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Bien des interrogations, sur fond de crise d’identité qui se traduit par, à mon avis, trois éléments :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1/ Le refus de l’Europe</strong> : après avoir été pionniers dans la construction européenne, les agriculteurs forment la catégorie socioprofessionnelle qui a voté le plus contre la ratification des traités européens (Maastricht en 1992 et le Traité Constitutionnel en 2005);</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2/ Le vote Front national</strong> qui ne cesse de croître au sein d’une population qui a été longtemps rétive aux idées d’extrême droite ;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3/ </strong>Et plus tragiquement, <strong>le taux de suicide des agriculteurs</strong>, supérieur à toutes les autres catégories socioprofessionnelles.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ajouterai à cela le fait que l’agriculture apparaisse <strong>à contre-courant des grandes tendances du nouveau monde</strong> et qui semble marquer la fin des sociétés post néolithiques, avec l’émergence d’une société de plus en plus digitale. Ceci dit : constatons que le monde agricole est très présent dans les réseaux sociaux. Il est l’un des mieux équipés en informatique, dès l’origine d’ailleurs, avec dès le début des années 1980, le développement de la télématique (le fameux Minitel).</p>
<p style="text-align: justify;">C’est l’activité agricole qui apparaît à contre-courant :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>C’est en effet une <strong>activité qui réclame du temps long dans un monde</strong>, qui, comme on l’a vu, <strong>s’accélère de manière vertigineuse</strong>.</li>
<li>C’est une <strong>activité sédentaire dans un monde qui se nomadise</strong>, en particulier aux deux extrêmes de la société : les très riches qui sont chez eux partout, et les très pauvres, les migrants ou les SDF, qui sont chez eux nulle part.</li>
<li>C’est une <strong>activité ancrée dans les territoires, dans les terroirs, au sein d’un monde globalisé fonctionnant de plus en plus en réseau</strong>.</li>
<li>C’est enfin une <strong>activité liée au monde du vivant dans une économie de plus en plus virtuelle, numérisée, digitalisée</strong>.</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;"><strong>Crise d’identité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au cours des vingt dernières années, certaines tendances ont amplifié ces pertes de repères que sont la disparition du lien entre famille et exploitation, les problèmes de transmission, la grande diversité des situations, et la marginalisation démographique, économique et sociale comme nous l’avons vu. J’ajouterai et je l’ai un peu évoqué tout à l’heure, cette évolution au sein des familles, où notamment autour de questions comme les questions environnementales liées à l’agriculture, le débat autour des phytosanitaires, il n’y a plus consensus. Et l’on peut s’en rendre compte au niveau des repas familiaux… Ce qui n’est pas facile à vivre. D’autant que, c’est une observation que j’ai pu faire, les agriculteurs ont la fâcheuse tendance de croire que si on leur adresse la moindre petite critique, l’on est contre eux… Ce qui ne facilite pas les échanges et le dialogue !</p>
<p style="text-align: justify;">Pour l’anecdote, mais oh combien révélateur de cette perte de repères, j’ajoute ce paradoxe de l’agriculture urbaine. Alors qu’au cours des décennies on a fait disparaître l’agriculture maraîchère dans ou près des villes. (Le quartier du Marais produisait pendant des siècles les légumes de Paris, mais aussi les banlieues proches. Et puis les politiques urbaines ont renvoyé les maraîchers toujours plus loin, avant de les faire disparaître !</p>
<p style="text-align: justify;">Alphonse Allais voulait mettre les villes à la campagne parce que l’air y était de meilleure qualité. Aujourd’hui l’agriculture urbaine se veut être un facteur de lien social dans les villes tandis qu’à la campagne le lien social a tendance à se déliter.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Reconquérir la biodiversité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Compte tenu de ce contexte nouveau, de ce nouveau paradigme, aux logiques souvent contradictoires, l’un des enjeux essentiels est : <strong>saurons-nous gérer la diversité</strong> ? : Diversité des plantes, diversité des espèces, diversité des races animales, diversité génétique, diversité des hommes, diversité des modes de production… Et, dans cette évolution, le monde des semences aura un rôle essentiel à jouer et devra gérer cette diversité pour répondre au mieux à des besoins différents. <strong>C’est une nouveauté, une révolution dans l’histoire de l’agriculture.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis la révolution néolithique, il y a dix millénaires dans le Croissant fertile, puis dans le monde sumérien, le paysan n’a cessé de chercher à favoriser la plante cultivée et ainsi éviter la concurrence dans l’accès à la lumière, à l’eau, à l’alimentation. Ce phénomène s’est accéléré fortement depuis la révolution industrielle, érodant considérablement la biodiversité. Je crois que nous vivons aujourd’hui la fin des sociétés post-néolithiques pour un nouveau monde dont on déchiffre assez mal les contours. et qu&rsquo;il nous faut apprendre à gérer la biodiversité. Ce qui n&rsquo;est pas sans conséquence sur l&rsquo;agronomie de demain.</p>
<p style="text-align: justify;">L’agronomie de demain sera une agronomie moins liée à l’énergie et à la chimie, donc une science beaucoup plus complexe à appréhender, mais aussi plus passionnante, je crois. L’agronome redeviendra l’homme de sciences et non plus l’homme d’une seule technologie ; il sera écologue en même temps qu’agronome. Il devra comprendre et analyser les mécanismes écologiques du vivant, prendre en compte le temps long de l’évolution de la biologie. Il sera un homme de terrain, mais aussi un homme d’humilité ; il lui faudra redécouvrir la complexité, réapprendre à gérer la diversité et à ne plus seulement voir la nature comme la loi de la jungle. Je trouve que c’est un beau challenge pour les agronomes de demain. Dans <em>Les dons précieux de la nature</em>, le botaniste et pharmacologue, Jean Marie Pelt montrait les lois de solidarité, de mutualisme, les symbioses dans le monde du vivant. Récemment Stefano Marcuso, l’un des fondateurs de la neurobiologie végétale, dans son livre <em>L’intelligence des plantes</em> nous décrit des plantes qui développent une sensorialité très développée, avec une quinzaine de sens de plus que nous, des végétaux qui respirent, perçoivent et émettent des sons, qui communiquent entre elles, développement une intelligence de réseau, inventant bien avant l’homme une sorte d’internet vert. Je crois que l’on a encore beaucoup à apprendre des végétaux, comme mieux comprendre les mécanismes de la photosynthèse, ou encore cette capacité des légumineuses à fixer l’azote de l’air en le transformant en azote ammoniacal assimilable par les plantes, qui, généralisée à l’ensemble des plantes agricoles, permettrait d’augmenter la productivité en respectant la nature, et ainsi de résoudre les problèmes alimentaires et énergétiques de la planète. Stéfano Marcuso déplorait dans son livre que seuls cinq laboratoires au monde ne se consacrent à ses recherches !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>En guise de conclusion, </strong></p>
<p style="text-align: justify;">ce petit clin d’œil au philosophe Michel Serres qui vient de décéder. A l’occasion de la dernière émission <em>Apostrophes</em> de Bernard Pivot, ce dernier avait demandé à chacun des 70 écrivains et intellectuels présents sur le plateau de choisir un mot, le mot qu’ils aimaient. Michel Serres avait choisi le mot <strong>ensemencement</strong>. Il avait alors fait remarquer : « Avec étonnement, j’ai vu que mes collègues écrivains avaient complètement oublié tous les mots qui les reliaient à la terre. » Ensemencement, j’aime bien aussi ce mot, qui témoigne d’un bel hommage au monde agricole et au monde de la semence. Et puis l’un des livres qui m’a incité à me lancer dans l’écriture des livres, c’est La Guerre des semences de Jacques Grall, journaliste au Monde et Bertrand Roger-Lévy, directeur de la communication à l’INRA, publié au milieu des années 1980, et le regard spectral qu’ils portaient sur ce secteur et vos métiers.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai peu parlé de semences parce que vous êtes mille fois plus compétents que moi mais j’ai essayé de recenser toutes les problématiques autour de ce monde des semences si passionnant, mais nous allons en parler, plus abondamment, plus précisément, plus techniquement et scientifiquement, maintenant.</p>
<p style="text-align: justify;">Je vous remercie de votre attention.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Comment définir la pauvreté ?</title>
		<link>http://www.denislefevre.fr/comment-definir-la-pauvrete/</link>
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		<pubDate>Mon, 10 Jun 2019 09:09:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>

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		<description><![CDATA[Intervention dans le cadre de Rencontre Citoy’Aisne, le [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Intervention dans le cadre de Rencontre Citoy’Aisne, le 27 avril 2019 à Soissons.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans nos sociétés devenues si complexes, l’on a tendance à simplifier les choses et à résumer une situation par un chiffre. C’est ce que l’on fait pour la pauvreté, en déterminant un seuil de revenu, à savoir 60 % du revenu médian, c’est-à-dire le revenu qui partage les deux moitiés de la société, une moitié de la population se situe au-dessus, l’autre moitié est au-dessous, cela donne comme seuil à peu moins de 1 000 € pour un célibataire. Cela concerne aujourd’hui 14 % de la population. <b>Le Robert définit la pauvreté comme l’état d’une personne qui manque de moyens matériels, d’argent, d’insuffisance de ressources.</b> Partout dans le monde on retient un critère économique, en termes de revenus, mais aussi en termes d’accès aux denrées de première nécessité, en termes aussi de patrimoine. Au niveau planétaire c’était le seuil de 1 dollar par habitant, il y a quelques années, seuil passé désormais à 2 dollars…</p>
<p style="text-align: justify;">Au-delà des chiffres liés au revenu, il y a bien d’autres aspects. Le revenu est loin d’être le seul critère pour mesurer la pauvreté ; la définition de la pauvreté comporte d’autres dimensions, elle est multidimensionnelle. <em>« Etre pauvre, ce n’est pas seulement être privé de ressources</em> », a écrit l’économiste indien <strong>Amartya Sen</strong>, un des grands penseurs contemporains, qui a beaucoup travaillé sur les problèmes de pauvreté. Jeune, il avait connu la famine au Bengale. Pour Sen, <em>le bien-être ne dépend pas seulement de ce qu’un individu possède, mais ce qu’il peut faire de l’horizon qui s’ouvre à lui et de sa liberté de choisir la voie qu’il veut suivre</em>. » Il définissait la pauvreté comme un déficit de capabilités de base (être bien nourri et être logé, prendre part à la vie de la communauté, pouvoir se montrer en public sans honte).En d’autres termes la pauvreté, ce n’est pas seulement des personnes qui sont en situation de faiblesse économique. Des tas d’événements peuvent survenir dans la vie de tout un chacun et peuvent avoir des conséquences importantes dans l’équilibre de la vie, équilibre social, équilibre économique, équilibre culturel… Cela peut être un décès, la perte d’un emploi, un divorce et tout ce qui peut être de la souffrance psychologique, de la souffrance intérieure. Plus généralement toutes les formes de solitude.Avoir des soucis financiers, quand on dispose d’un réseau, d’un carnet d’adresses, que l’on peut se débrouiller pour faire des dossiers, connaître les types d’aides dont on peut bénéficier, ce n’est pas la même chose quand on se retrouve seul face à ses difficultés…</p>
<p style="text-align: justify;">Pauvreté internationale. <strong>Esther Duflo</strong>, une économiste française qui vit aux Etats Unis et enseigne au MIT, elle a d’ailleurs conseillé le président Obama, sur la pauvreté, avait mis en évidence un critère pour définir la pauvreté, c’est l’accès à l’eau. Il y a d’un côté ceux (ou plutôt celles) pour qui l’eau est le souci permanent, la contrainte de tous les instants, parce qu’elle est d’un accès difficile et rare, qu’elle mobilise beaucoup d’énergie et de temps. C’est aujourd’hui encore le cas de millions de femmes en Asie et surtout en Afrique, des esclaves de l’eau, dont les journées sont rythmées par la corvée de l’eau, y consacrant plusieurs heures par jour. Pour leur rendre hommage à ces esclaves de l’eau, une jeune Gambienne avait décidé de courir le marathon de Paris, avec un bidon d’eau sur la tête. Dans certaines régions africaines, les femmes font en moyenne six kilomètres par jour pour aller chercher l’eau ; une corvée qui se fait au détriment de bien des activités plus émancipatrices comme pour les plus jeunes d’entre elles aller à l’école. Et puis il y a ceux, dont nous sommes, pour qui ouvrir le robinet est un acte machinal, d’une grande banalité parce que nous sommes dans des régions privilégiées dans l’accès à l’eau. L’eau est le reflet des inégalités planétaires. Une des questions clés est celle du peuplement de la planète : environ 21 % de l’humanité réside dans des zones arides, dans des steppes, où elle ne dispose que 2 % de la ressource en eau et bénéficie de 2,5 % des précipitations. C’est dans ces zones que la progression démographique est la plus forte. 3,5 milliards d’humains la moitié de la population mondiale ont accès à une eau qui n’est pas sûre, 1,8 milliard de personnes absorbent quotidiennement de l’eau impropre à la consommation. 2,6 milliards n’ont pas d’installations sanitaires adéquates. L’eau souillée est à l’origine de 80 % des maladies choléra, fièvres typhoïdes, hépatites… La qualité de l’eau est l’une des principales causes de mortalité dans le monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis la notion de pauvreté est très <strong>relative dans le temps et dans l’espace</strong>. Pendant des millénaires, nos ancêtres ont vécu dans un monde de rareté, et la pauvreté était un état très majoritaire. Le regard sur la pauvreté est donc différent. Le sentiment d’injustice naît de la comparaison, d’autant plus sensible qu’elle est proche. Alexis de Tocqueville écrivait dans De la démocratie en Amérique en 1840 : »Quand l’inégalité est la loi commune d’une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l’œil ; quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent. C’est pour cela que le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’inégalité est grande. » Ce qui nous permet de comprendre qu’aujourd’hui, les Français jugent les inégalités plus inacceptables que les habitants de pays beaucoup plus inégalitaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans l’espace, on ne vit pas de la même manière la pauvreté dans un pays dit riche et dans un pays en développement. Et les pauvres de certains pays riches peuvent être considérés comme des nantis par rapport aux pauvres des favellas brésiliennes et indiennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le temps, la pauvreté évolue. Dans les années 60 – 70 en France, les pauvres c’étaient avant tout les retraités du fait d’un minimum vieillesse très bas, et les handicapés ou les malades ; aujourd’hui, ce sont plutôt les jeunes, les familles monoparentales et les migrants.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pauvreté ressentie</strong>. C’est une autre approche de la pauvreté. L’on demande aux gens s’ils se considèrent comme pauvres, ou s’ils considèrent avoir vécu au cours de leur vie une telle situation. On obtient des résultats particulièrement édifiants. Une enquête menée par IPSOS pour le Secours populaire en 2018, la moitié des personnes interrogées disaient rencontré à l’époque une situation de pauvreté ou en avoir connu dans la passé. Ces personnes n’étaient que 30 % en 2009.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la société d’information dans laquelle on vit et dans des sociétés où les inégalités sont moralement injustifiables, l’on se sent toujours le pauvre d’un autre. Les jeunes qui regardent les salaires mirobolants des fonctionnaires, l’employé d’une firme qui voit son patron gagner en une journée ce qu’il a gagné durant toute sa vie professionnelle, cela suscite des tensions.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a aujourd’hui une pauvreté ressentie, dans un monde en pleine mouvance, sans perspectives (quatre des grands enjeux aujourd’hui étaient à peine connu il y a trois décennies : la mondialisation, le numérique, le réchauffement climatique et plus généralement les problèmes environnementaux, le terrorisme, étaient quasiment méconnus. Ce qui rajoute de l’instabilité. D’où cette pauvreté ressentie très forte. Un sondage effectué par la secours populaire récemment montrait que la moitié des personnes interrogées considéraient avoir vécu une période de pauvreté.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pauvreté et misère</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La pauvreté peut être choisie, pas la misère. Je crois que l’on est tous un peu des pauvres, on a tous nos fragilités. La misère, c’est ne compter pour personne Mais c’est la misère qui nous interpelle. « La misère n’est pas une fatalité, elle est l’œuvre des hommes et seuls les hommes peuvent la détruire&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bronislaw Geremek</strong>, un historien polonais, et homme politique proche de Lech Walesa et de Solidarnösc avait fait une partie de ses études en France et avait travaillé notamment sur la pauvreté au Moyen Age en France. <strong>La Potence et la Pitié</strong>. Il avait classé les pauvres en trois catégories :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les pauvres que l’on admire</strong> : les religieux, les moines parce qu’ils ont choisi la pauvreté comme absolu de vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les pauvres acceptables</strong> : ceux qui sont dans l’impossibilité de travailler car victimes de maladies ou de handicaps et que l’on se doit d’aider par charité chrétienne pour se racheter de ses fautes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les pauvres indignes et honteux</strong> qui pourraient travailler mais ne travaillent pas comme les vagabonds, très souvent victimes au cours des siècles de mesures répressives et parfois condamnés à mort.</p>
<p style="text-align: justify;">« Le monde semble peuplé à toutes les époques par des adeptes de la pauvreté volontaire qui louent l’abnégation et pas les apologistes du travail, de l’épargne et de la réussite matérielle, par ceux qui voient dans la miséricorde la vertu suprême. Ce qui change, ce sont uniquement les rapports de force entre ces différentes attitudes. »</p>
<p style="text-align: justify;">Je voudrais terminer cette partie définition, en la rendant encore un peu plus floue. L’abbé Pierre résumait souvent son action par cette phrase : Servir premier le plus souffrant. Il utilisait le singulier et le pluriel. Définition suffisamment large et floue, pour montrer la difficulté. Car le plus souffrant n’est pas forcément le plus démuni. Pour l’abbé Pierre c’était accueillir celui qui souffre, qu’il soit riche ou pauvre. Cela nous donne une grande liberté dans la manière d’accueillir les pauvres. Et nous sommes tous des pauvres, nous avons tous nos fragilités.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques mots enfin sur l’évolution de la pauvreté et de notre regard sur la pauvreté.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pendant des siècles l’assistance aux plus pauvres a été le fait des communautés villageoises (Moyen-Age), des organisations charitables comme Saint Vincent de Paul et de l’Eglise ou des Eglises.</strong> Avec cette idée mise en exergue par François d’Assise <strong>l’option privilégiée de l’Eglise pour les pauvres</strong>, dont se réclame très fortement le pape François qui a déclaré Les pauvres ne sont pas un problème, ils sont une ressource.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faudra attendre <strong>les Républicains de la Troisième République</strong> à la fin du XIXème siècle pour voir les premières mesures mises en œuvre, on appelle cela les mesures d’assistance aux nécessiteux, le solidarisme tel que l’avait inspiré un député républicain Léon Bourgeois qui place la solidarité comme le fondement du lien social et pour qui le bien-être de tous dépend de la solidarité qui nous lie aux autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Autre étape à la Libération, avec <strong>l’émergence de l’Etat Providence</strong>, ce compromis qui garantit une plus grande sécurité d’existence face aux aléas de la vie et au risque de pauvreté. L’aspiration à l’égalité sociale, anticipée déjà lors du Front populaire, le Conseil national de la Résistance. La protection sociale avec la création de la Sécurité sociale, avec au cœur le travail salarié. Le droit à la protection sociale est fondé sur l’activité professionnelle. A l’époque, l’on pense que par ces dispositifs l’on va éradiquer la pauvreté dans les pays développés. Dans les années 60, le grand défi, c’est la faim dans le monde, un terrien sur trois souffre de malnutrition. Le chômage est résiduel.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais dans les années 70, l’on se rend compte que <strong>la pauvreté n’a pas été éradiquée</strong>, qu’il demeure dans les sociétés riches des poches importantes de pauvreté. Les transferts financiers n’ont pas remis en cause les inégalités structurelles. Le constat est fait par des économistes et des sociologues américains, notamment <strong>John K Galbraith</strong>, qui constate que 20 % des Américains sont pauvres. « Pourquoi les gens sont pauvres ? Tant chez les individus isolés que dans des groupes importants de ruraux et de citadins, je ne trouvais pas d’explication convaincante de la persistance de la pauvreté dans une situation de bien-être général en progression, je compris pourquoi que plus tard. Selon la tradition économique établie ou néolibérale classique à laquelle je continuais d’être assujetti, la pauvreté, ou quelque chose d’approchant, restait la condition normale de la plupart des gens. »</p>
<p style="text-align: justify;">En France, si les inégalités ont tendance à se réduite, certains dysfonctionnements persistent. Des pans de la société sont remis en cause, on le voit à travers les révoltes paysannes et les grèves des mineurs des années 60.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1974, un haut fonctionnaire <strong>René Lenoir</strong> publie un livre <strong>Les exclus</strong>, c’est un best-seller, il est vendu à 100 000 exemplaires. Il montre l’inadaptation d’une grande partie de la population française (20 %) des handicapés et des retraités du fait d’un minimum vieillesse très bas.</p>
<p style="text-align: justify;">Après le <strong>second choc pétrolier</strong>, la donne change. On entre dans la crise, c’est la <strong>fin des Trente Glorieuses</strong>. Le chômage explose, et la précarité. Changements politiques aussi avec les élections de Mme Thatcher et de M Reagan, avec une nouvelle inspiration économique. Les Keynésiens ceux qui plaidaient pour l’intervention de l’Etat dans l’économie, pour faire vite, depuis le new deal de Roosevelt après la crise de 1929, sont remplacés par les Monétaristes, des économistes très libéraux qui plaident pour la fin de l’état providence, la baisse des interventions de l’Etat, le libre-échange… arrivent au pouvoir. C’est le point de départ d’un désengagement de l’Etat dans les politiques sociales, même si cela mettra plus de temps en France.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le retour de l’abbé Pierre</strong>, l’émergence de nouvelles associations comme les restos du cœur, les banques alimentaires, le Samu social, et puis toute une réflexion autour de cette paupérisation de la société. Il va y avoir un moment important, c’est le vote en 1987 au Conseil économique et social du <strong>rapport Wrezinski Grande Pauvreté et précarité économique et sociale</strong>. Ce rapport marque une rupture importante dans l’appréhension du problème de l’exclusion. Il tourne la page de l’assistanat, introduit les plus pauvres comme acteurs et partenaires indispensables de la réflexion et établit le lien entre destruction de la misère et respect des droits fondamentaux de l’homme. La pauvreté est considérée comme une atteinte à la dignité de la personne.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>C’est un texte totalement novateur en ceci qu’il fait apparaître la misère comme étant d’abord une violation des droits de l’homme.</em> », écrit Paul Bouchet, ancien président d’ATD Quart Monde</p>
<p style="text-align: justify;">Cela va donner naissance à diverses mesures dont le RMI votée à la quasi-unanimité, la loi sur l’exclusion, la loi Besson sur le logement des défavorisés et la CMU. ATD et Fondation Abbé Pierre.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis à partir du milieu des années 2000, le débat va se crisper. On dénonce l’assistanat. Les sans dents pour un président de la République, e cancer de l’assistanat pour un homme politique, le pognon fou pour l&rsquo;actuel Président.  Et puis ces conflits entre plus ou moins pauvres, entre travailleurs pauvres et immigrés, qui fait les choux gras du Rassemblement National. Le tout sur fond d’aggravation des inégalités, de déclassement d’une grande partie des classes moyennes, de montée de l’individualisme, de fragmentation de nos sociétés, comme le constate Jérôme Fourquet dans L’Archipel français.</p>
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		<title>La vie de l’abbé Pierre &#8211; à l’occasion de l’inauguration de la statue de l’abbé Pierre  à Lescar le 8/06/2019</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Jun 2019 08:46:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Cette statue de l’abbé Pierre symbolise un phare. Et l’ [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Cette statue de l’abbé Pierre symbolise un phare. Et l’abbé Pierre aura été un phare durant toute sa vie. Il le demeure. Un phare prophétique. Un prophète non au sens religieux du terme, mais dans sa version laïque de visionnaire, dans sa définition sociologique telle que l’exprimait Pierre Bourdieu, en 1993, lors d’une émission de la Marche du Siècle : « <em>Le prophète est un personnage extraordinaire qui surgit dans une situation extraordinaire, lorsqu’en temps de crise, de disette, de pénurie, lorsque les hommes ordinaires, en particulier la prêtrise, ne savent plus quoi dire, le prophète alors parle et dit des choses qui étaient refoulées… L’abbé Pierre est quelqu’un qui prend la parole avec véhémence, avec indignation… ainsi les soirs d’élections, dans l’immense silence bavard, se détache une parole qui dit quelque chose. Il comprend à l’avance des malheurs, et par le simple fait de dévoiler le caché, il anticipe nécessairement</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et Dieu sait si l’abbé Pierre a su anticiper.</p>
<p style="text-align: justify;">Au lendemain de la guerre, il pressent l’inéluctable mondialisation et devient président du Mouvement fédéraliste mondial.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant la signature du traité de Rome, bien qu’Européen convaincu, il craint que l’Europe alors en gestation ne s’éloigne trop des peuples, qui la composent.</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin des années 50, il met le doigt sur la faiblesse des puissants (les Etats-Unis notamment et l’Occident plus généralement) et la puissance des faibles anticipant les événements du 11 septembre 2011, les attentats terroristes.</p>
<p style="text-align: justify;">Au début des années 1960, dans un éditorial de Faim et Soif, , il prédit la crise environnementale et évoque le réchauffement climatique, alors qu’à la même époque, les climatologues évoquaient le début d’une période de refroidissement qui devait s’étendre sur plusieurs millénaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant les trente Glorieuses, il prévoit l’émergence des nouveaux pauvres et les phénomènes d’exclusion et d’aggravation des inégalités des décennies suivantes.</p>
<p style="text-align: justify;">En créant les communautés Emmaüs, il apporte un nouveau regard sur la manière d’apporter des solutions à l’exclusion en développant la dimension communautaire (le nous dans la conception personnaliste d’Emmanuel Mounier), la notion d’hospitalité absolue (chère à un autre philosophe Jacques Derrida), la réhabilitation de l’homme par le travail, le respect de la singularité de chacun, le brassage social au début d’Emmaüs, la prise en compte de l’homme dans sa globalité, le refus de l’assistanat et des subventions publiques…</p>
<p style="text-align: justify;">Il résumait Emmaüs ainsi : <em>« C’est une fabrique d’explosifs à base de récupération d’hommes broyés</em> », ajoutant : « <em>Regardez ce que les bons à rien, les plus pauvres types, les plus méprisés, regardez ce que avec des fonds de poubelles, nous avons été capables de faire</em> ». Et l’on ne peut qu’admirer de ce carrefour l’imposant village Emmaüs, ses combats, son projet…</p>
<p style="text-align: justify;">A ces fulgurantes intuitions, l’abbé Pierre mêle l’action. Il a été l’un des premiers, si ce n’est le premier, à vouloir combattre la misère, et à en dénoncer les causes ; en d’autres termes : promouvoir au-delà de la charité chrétienne, la justice, la solidarité et le partage…</p>
<p style="text-align: justify;">Au fil des années et des événements, l’abbé Pierre a été un personnage multiple, parfois homme de paradoxes voire de contradictions :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Il a été un enfant bricoleur, appelé « Castor méditatif » chez les Scouts et un adolescent plutôt perturbé qui exprime dans ses carnets sa souffrance et ses tourments ;</li>
<li>Il a été un moine capucin confronté à la pauvreté matérielle et intellectuelle la plus totale ; Son ami d’enfance, François Garbit lui écrit alors qu’il est au monastère de Crest : « <em>Tu me fais peur. Tant d’austérité m’effraie. Non l’austérité physique, mais l’austérité intellectuelle et spirituelle… Comment vivre continuellement sur de si hauts sommets ?</em>»</li>
<li>Il a été un résistant qui confectionnait de faux papiers pour faire passer les Juifs en Suisse ; Il passera notamment le frère du général de Gaulle, atteint de la maladie de Parkinson, puis sera résistant dans les maquis du Vercors et de la Chartreuse, avant de mettre en place un réseau de résistance vers l’Espagne. Pour cela l’abbé Pierre, son nom de résistant, avait pris comme pseudonyme le nom d’un comique de l’époque, Georges Houdin, et se faisait passer pour un généalogiste, chargé d’étudier les origines de Darquier de Pellepoix, le commissaire aux affaires juives de Vichy…</li>
<li>Il a été un prêtre aux propos souvent iconoclastes et anticléricaux qui disait sa messe tous les jours à 18 heures, quel que soit l’endroit où il se trouvait, et notamment lorsqu’il était dans un avion ;</li>
<li>Il a été un député qui a fait de sa maison de Neuilly Plaisance, une auberge de Jeunesse pour accueillir des jeunes européens désorientés après avoir appris l’existence des camps de concentration et des explosions nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki ; Il avait donné à cette maison le nom d’Emmaüs en référence à la désillusion des disciples du Christ, après sa crucifixion ;</li>
<li>Il a été ce remarquable communicateur, homme du Verbe, homme de radio et de télévision. Son appel sur les ondes de Radio Luxembourg (RTL aujourd’hui) le 1<sup>er</sup> février 1954, était un modèle du genre et devrait être étudié dans les écoles de sciences de la communication, de journalisme ou à Sciences Po.</li>
<li>Il a été un Européen convaincu, citoyen du monde et rebelle qui n’hésite pas à franchir les barrières de la légalité, s’il considère que son combat est juste ;</li>
<li>Il a été un chroniqueur avisé des maux de ce monde, dont on oublie souvent qu’il a créé une revue de grande qualité <em>Faims et Soifs, la voix des hommes sans voix</em>, tremplin dans les années 50 et 60 pour des journalistes qui vont devenir de grandes signatures de la presse comme Jean Lacouture, Jean-Marc Théolleyre qui sera le chroniqueur judiciaire du Monde pendant des décennies, Denis Périer Daville qui sera directeur du Figaro, ou encore François Chalais qui écrira dans Faims et Soifs ses premières critiques cinéma et Piem qui se lancera dans la caricature de presse…</li>
<li>Il a été un homme politique réformiste, mal à l’aise dans le manichéisme mais qui a su intégrer valeurs morales et spirituelles dans l’engagement politique comme avait pu le faire avant lui un saint Vincent de Paul ou un Robert Schuman, un Gandhi ou un Martin Luther King ;</li>
<li>Il a été celui qui a convaincu le général de Gaulle d’adopter le statut d’objecteur de conscience ;</li>
<li>Il a été un homme de dialogue aussi à l’aise avec les chiffonniers qu’avec les grands de ce monde. Il a été l’ami d’Albert Schweitzer et de Dom Helder Camara, de Robert Buron et de Jacques Delors, d’Albert Jacquard et de Théodore Monod ; il a admiré Robert Schuman et Pierre Mendès France, moins Charles de Gaulle ; il a travaillé avec Lord Beveridge, le fondateur de la sécurité sociale en Grande Bretagne, et Josué de Castro, un médecin brésilien, premier président de la FAO ; il a rencontré Nehru et Albert Einstein ; Charlie Chaplin lui a remis la moitié de la somme qu’il avait reçue du prix des partisans de la paix ; Il était proche de Yasser Arafat et de Shimon Pérès ;</li>
<li>Il a été un créateur boulimique, un lanceur d’idées qui a créé en France les boutiques alimentaires et Artisans du monde ; Et même l’on peut dire qu’ATD Quart Monde est né au sein de la cité de Neuilly. L’abbé Pierre avait fait appel à l’évêque de Soissons pour lui trouver un prêtre qui puisse venir l’aider. Ce prêtre, c’était le père Joseph Wrezinski. Mais ces deux fortes personnalités auront du mal à s’entendre et le père Joseph créera ATD Quart Monde. De même lorsque Coluche, qui avait été aidé pendant ses années de galère par l’association Emmaüs de Paris, lancera les Restos du Cœur, il tentera de s’associer avec l’abbé Pierre, mais les proches de l’abbé ne permettront pas la rencontre. A la fin de la première année des Restos du Cœur, Coluche, juste avant son décès accidentel, apportera le reliquat à l’abbé Pierre, qui présidera les obsèques religieuses de l’humoriste, quelques jours plus tard…</li>
<li>Il a été un solitaire passionné de montagne et de désert qui prisait aussi les assemblées et les plateaux de télévision ;</li>
<li>Il a été en même temps ce globe-trotter qui avait effectué de nombreuses fois le tour du monde, ce mystique qui aimait contempler les étoiles, et cet artiste qui écrivait des poèmes, peignait, sculptait, et faisait de la photographie :</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Et j’en passe dans cette vie si riche et si dense, diversifiée à l’extrême qui semble voguer au gré des rencontres, des événements et des hasards. « <em>La vie n’est pas un rêve, </em>aimait-il à répéter,<em> ni un plan d’homme ; elle est plus un consentement qu’un choix… La seule liberté de l’homme, c’est de tenir la voile tendue, ou de la laisser choir </em>».</p>
<p style="text-align: justify;">Et pourtant cette vie n’était-elle pas programmée dès l’adolescence ? A 15 ans, le jeune Henry Grouès s’interroge dans ses carnets intimes sur son destin : vie contemplative à la François d’Assise, ou engagement à la Napoléon. Oh quel orgueil ! ajoute-t-il ! En d’autres termes : le monastère ou l’action publique, la grotte ou le peuple ? Peut-être les deux car se succèdent au fil des années, retraites mystiques et engagements publics, vie contemplative et activisme politique remuant. Et quand il choisit l’un ou l’autre, l’abbé Pierre ne fait pas dans la demi-mesure, c’est passionnément et jusqu’à l’extrême, quitte à vivre ces moments douloureusement, qu’il s’agisse de ces six années de profonde solitude passées chez les Capucins ou de ce fameux Hiver 54, éprouvant tant physiquement que mentalement, jusqu’à la maladie, jusqu’à la dépression.</p>
<p style="text-align: justify;">Tel est le destin de ce jeune garçon qui, depuis l’âge de huit ans, voulait mourir, mais vécut passionnément jusqu’à 95 ans ; tel est le destin de ce jeune garçon qui répondait à une dame lui demandant ce qu’il voulait faire plus tard : je serai marin, missionnaire ou brigand. En fait il aura été les trois : marin en tant qu’aumônier de la marine à la Libération, missionnaire à travers toutes les communautés Emmaüs de par le monde, brigand pendant la Résistance.</p>
<p style="text-align: justify;">Jusqu’à la fin de sa vie, il aura gardé ce contact étroit avec la jeunesse. Son dernier écrit était une préface d’un livre qui s’adressait aux jeunes. Je me souviens qu’une des premières fois que je l’avais rencontré pour le livre Les combats d’Emmaüs, il avait affiché sur la porte de sa chambre ce papier manuscrit : « <em>Ici se trouve un gosse de 84 ans et demi, en grandissant il devient paresseux. Ne lui en demandez pas trop… Merci </em>». Preuve qu’il avait aussi de l’humour.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, face aux événements qu’il s’agisse des migrants, du réchauffement climatique, des inégalités grandissantes ou de la montée des populismes,  je me dis souvent que sa voix nous manque, tant il savait exprimer mieux que personne le refoulé, tant il savait s’adresser au cœur des gens. Sa voix, la voix des hommes sans voix, nous manque, comme nous manquent ses impatiences et ses insolences, ses colères et ses entêtements, son franc-parler et son indiscipline, son côté parfois cabotin et gaulois, sa capacité à imposer aux politiques un calendrier, sa jouissance à parfois défendre des brigands et à déstabiliser les puissants, et sa profonde humanité…</p>
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		<title>Emmaüs, pionnier de l’économie circulaire</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Jan 2019 12:54:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator><![CDATA[Denis Lefevre]]></dc:creator>
				<category><![CDATA[Billets personnels]]></category>

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		<description><![CDATA[Le mouvement Emmaüs a dès l’origine lutté contre le gas [&#8230;]]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Le mouvement Emmaüs a dès l’origine lutté contre le gaspillage, à contre-courant des trente glorieuses, mais anticipant les comportements aujourd’hui de bon nombre de nos contemporains, de plus en plus nombreux, vers plus de sobriété. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">En créant, il y a 70 ans le mouvement Emmaüs, l’abbé Pierre et ses premiers compagnons se sont montrés prophétiques sur bien des points, liant notamment lutte contre l’exclusion et lutte contre le gaspillage, en proposant de refaire une santé dans un cadre communautaire à des personnes que la société a exclues et en leur faisant retaper des objets dont cette même société ne veut plus. A l’époque, l’urbanisation génère de nouvelles habitudes avec la consommation de masse. L’on découvre les déchets, les plastiques et la poubelle. Dans ce contexte Emmaüs va jouer un rôle de pionnier dans les techniques de la récupération et du recyclage inventant le tri sélectif dès les années 1960, anticipant avec le bric-à-brac l’explosion des vide-greniers et des brocantes, puis des boutiques vintage et du e-commerce version le bon coin, et concevant l’économie circulaire, bien avant que les grandes entreprises ne s’y intéressent.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous ces éléments demeurent dans l’ADN du mouvement Emmaüs en France comme dans le monde. C’est notamment le cas au village Emmaüs Lescar Pau, la plus grande communauté Emmaüs de France, qui, sous la houlette de son fondateur et actuel responsable, Germain Sarhy, n’a pas cessé d’innover au cours des dernières décennies. La création en 2008 d’une recyclerie-déchetterie liée à la Communauté d’agglomération de Pau a permis le développement d’autres activités. Aujourd’hui, avec plus de 100 000 passages par an, (le samedi, ce sont entre 400 et 600 voitures), Emmaüs Lescar Pau recycle bon an mal an plus de 80 % des 85 000 tonnes de déchets apportés. Ce qui, du point de vue environnemental, permet d’éviter le rejet de 6 030 tonnes de CO2 dans l’atmosphère et donc de limiter d’autant les effets du changement climatique. Des objets en tous genres, des meubles de tous styles, des vêtements de toutes tailles seront réparés, restaurés dans les 27 ateliers que compte le village. Quant aux déchets verts, gravats et autres encombrants, ils seront recyclés dans le cadre de partenariat avec différentes entreprises régionales. L’objectif étant à terme de recycler 100 % de déchets.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cœur de l’économie locale et régionale, Emmaüs Lescar Pau compte rien que pour le recyclage plus de 160 partenaires revendiquant une stratégie gagnant/gagnant, comme le reconnaissait le maire de Lescar, Christian Laine : « Nous avons deux déchetteries sur la ville ; l’une, gérée par un syndicat, qui nous coûte de l’argent. L’autre, gérée par Emmaüs, qui ne nous coûte rien. »</p>
<p style="text-align: justify;">Au-delà de la gestion des déchets, le village Emmaüs Lescar Pau a aussi innové dans d’autres secteurs comme l’éco-construction, avec l&rsquo;édification de maisons en bois pour les compagnons ou encore, dans le souci de lutter contre le réchauffement climatique, de protéger la biodiversité et de défendre l’agriculture durable, avec la création d’une ferme alternative qui s’étend sur une trentaine d’hectares de terres et de prés, et permet une forte autonomie alimentaire (de 50 % pour les fruits et les légumes à 80 % pour la viande). Près de 200 repas sont pris chaque midi au réfectoire, sans compter le restaurant, et l’épicerie qui valorise les spécialités locales. Depuis peu, un atelier de transformation et de conserves et une boulangerie sont venus renforcer cette stratégie d’autonomie alimentaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Le village Emmaüs de Lescar-Pau qui a prospéré sur la folie consumériste tout en promouvant une forme de sobriété heureuse, chère à Pierre Rabhi, est devenu au fil des années un lieu de ressourcement créatif, qui accueille plus d’un millier de chineurs quotidiennement. C’est aussi un lieu futuriste d’échanges et de diversité, de rencontres et de convivialité, qui permet tout à la fois de déposer des déchets à la déchetterie-recyclerie, fouiner au bric-à-brac, se promener dans la ferme alternative, visiter les ateliers et, éventuellement, s’initier aux premiers rudiments de certains métiers, déjeuner au restaurant ou pique-niquer au milieu des animaux de la ferme, découvrir l’architecture originale du village avec comme perspective la magnifique chaîne des Pyrénées, s’offrir une petite crêpe, si l’on a un creux à l’estomac, ou boire une bière au bar, se distraire en écoutant un concert ou se cultiver lors d’une conférence débat sur les abeilles, la biodiversité, l’altermondialisme, la Palestine ou le changement climatique…</p>
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